<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600</id><updated>2012-02-16T04:06:30.980-08:00</updated><title type='text'>MUSTAPHA BENFODIL : UN ECRIVAIN A CHENOVE</title><subtitle type='html'>Bonjour! Vous êtes sur Benfodiland et ceci est mon QG électronique. Je viens d'Alger, et là, je suis en résidence d'écriture dans cette magnifique ville de Chenôve, du 03 mars au 30 avril 2008. Dans cette petite lucarne, il y aura chaque jour un portrait autour d’un visage, d’un destin, rencontré à Chenôve. Ainsi, au fil du temps, une galerie de photos va s’égrener, et, au final, cela donnera un bon album de famille. Entrez donc sans frapper, mes très chers ami (e)s bonbis.
Mustapha Benfodil</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>56</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-6218344041094623595</id><published>2008-05-30T05:40:00.000-07:00</published><updated>2008-05-30T05:42:14.050-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;En souvenir de notre atelier d'écriture&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Par: Nadine Piccolo&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;« Oh ! Désolé, désolé, je n’ai pas vu l’heure passer et je suis en retard ! Désolé, vraiment ! »&lt;br /&gt;Le vieil homme leva la tête lentement. Surpris, il sourit et détailla le jeune dégingandé qui se tenait debout sur le seuil de sa maison.&lt;br /&gt;- Entre, fais pas d’manière avec les heures, elles ont le temps de te grignoter avant que tu les respectes.&lt;br /&gt;Mustapha fit un pas. Ses yeux avaient du mal à deviner les contours de la pièce tant la pénombre de l’endroit tranchait avec la lumière vive du dehors. Il tordait son chapeau entre ses mains comme un enfant qui cherche le bon moment avant de se lancer pour réciter sa poésie à la maîtresse d’école.&lt;br /&gt;Monsieur Angelo était assis dans un large fauteuil, un trône de sage pour un humble personnage, image que le journaliste qu’était Mustapha, ne put que retenir.&lt;br /&gt;- Alors, je t’attendais. Tu m’as dit dans ta lettre que tu étais pressé de me rencontrer, c’est pas en restant sur le pas de ma porte que tu vas faire ma connaissance.&lt;br /&gt;Toujours fidèle à son image, l’humour en étendard, par ses mots il invita le visiteur à entrer. Sans se lever, il s’empara de la bouteille de vin cuit et servit deux verres, préparés à l’avance.&lt;br /&gt;Mustapha, assis sur le bord du banc, se délectait de l’instant. Il aimait par-dessus tout les premiers mots, les phrases qui donnaient rythme et chaleur à un entretien. Il avait eu bien du mal à obtenir ce rendez-vous. Non que l’homme en face de lui soit une figure tant réclamée qu’il faille patienter pour le trouver disponible, mais plus que cette journée, ce moment, était si important pour lui, pour son projet, qu’il avait refusé de précipiter les choses. De jours en dates, de mois en saisons, il avait tenu un carnet des « possibles » et c’était en ce matin d’avril, lune montante ou autre, allez savoir, qu’il se tenait enfin devant lui.&lt;br /&gt;Après un long moment de silence réciproque, il s’enhardit :&lt;br /&gt;- Voici ce qui m’amène. Vous avez par le passé écris de nombreuses nouvelles, des textes forts ou intimes qui tous étaient liés aux immeubles que vous avez vus construire et détruire ensuite. J’ai cherché de longs mois si vous aviez rédigé quelques lignes sur Charcot, une barre qui se situe à Chenôve en Côte d’Or, mais curieusement, je n’ai rien trouvé. Ces frères d’armes oserais-je dire, ont eu l’honneur de votre plume mais lui : pas ! Pouvez-vous m’en parler, ou me dire simplement pourquoi ???&lt;br /&gt;Le vieux ferma les yeux. Une liste variée défilait dans sa mémoire, classement des évènements, recensements des coups, des hommes, des voix, des jours à traquer l’évènement. Episodes qu’il avait traversés et qu’il avait chaque fois retracés en articles ou textes divers. Oui, il se souvenait… Charcot, le fier. Charcot à la proue d’un navire qu’était le mail. Charcot celui qui ne se laissa pas prendre, et pour cause…&lt;br /&gt;- Ah ! Tu me fais un drôle de cadeau mon gars ! On pense souvent que les vieux avec le temps perdent la mémoire ou qu’ils s’accommodent de la trier à leur façon. Si seulement je faisais partie de ces sages là quelques fois. Mais non ! J’hésiterais tout de même si c’était le cas, à y enfouir Charcot et tout ce qui me lie à lui depuis si longtemps...&lt;br /&gt;Mustapha se dandine sur le banc. Il ne pensait pas en venant dans ce petit village, qu’il allait déranger et surtout contrarier ce vieil homme. Sa timidité chronique liée à ses bons sentiments sont mis à mal en un instant.&lt;br /&gt;- Je suis sincèrement désolé si je vous ai blessé en vous peignant de mauvais souvenirs…&lt;br /&gt;Monsieur Angelo éclate de rire, il manque de renverser son verre qu’il vient de remplir pour la deuxième fois.&lt;br /&gt;- Non, petit, tu n’y es pas, ce ne sont pas de mauvais souvenirs, oh que non ! Si tu as du temps, je te raconte ! Assieds-toi dans l’autre fauteuil.&lt;br /&gt;Mustapha s’installe confortablement et Angelo commence à parler.&lt;br /&gt;- Vois-tu, je n’ai pas toujours eu cet air rugueux, ce front si plissé que les petits enfants parfois, me demandent s’ils peuvent y tracer des chemins au feutre non : un jour j’ai été je crois, un bel homme à ce que disaient les filles et à les voir arrondir les épaules, ralentir quand je passais près d’elle, faut croire que c’était un peu vrai. Moi, tu t’en doutes, je ne m’en rendais pas compte. Je parcourais depuis déjà de longues années toute la France, et même parfois un peu plus loin : l’Italie bien sûr, la Belgique quelques fois et l’Espagne. Tous ces voyages dans un seul but comme tu le sais déjà : écrire et écrire encore. Certains se spécialisent en roman de mer, d’autres en aventures montagneuses et bien moi, par le hasard de ma vie d’enfant qui tu ne le nieras pas, instrumentalise très souvent notre avenir, je me suis retrouvé du haut de mes vingt cinq printemps, une obsession en tête : écrire sur les immeubles, ceux qui avaient fait périr mon grand-père et voler le temps à mon père. Je les ai beaucoup haïs tu peux me croire mais curieusement, très vite, j’ai compris que ma démarche n’était pas de toucher ma douleur mais bien de comprendre, de vouloir saisir la mentalité des maçons, la parole de l’ouvrier qui construit pour l’autre, lui qui souvent, n’a pas grand-chose. Savoir aussi ce qui mûrit dans l’esprit de celui qui trouve son camarade mort au fond de la fosse ou qui laisse partir un compagnon, handicapé à vie. Comment fait-il pour remonter sur les échafaudages dès le lendemain ? TOUT tu m’entends, je voulais tout connaître et j’avoue qu’aujourd’hui, certaines paroles, certaines confidences, j’aurais peut-être préféré ne pas les entendre ! Ressers-nous, le vin ne fait du mal que si on le boit avec les lèvres minces, à contre-cœur.&lt;br /&gt;Mustapha un peu gêné, ressert Monsieur Angelo et lui, ensuite. Sa main tremble un peu. Le charisme du vieil homme le perturbe.&lt;br /&gt;- Chaque mois, je faisais un planning, comme on dirait aujourd’hui. Je notais toutes les informations concernant les constructions, celles qui débutaient, celles qu’on allait bientôt fêter, celles également dont l’avenir ne tenait qu’à un fil et dont les murs tremblaient d’avance, avant la destruction. Je traçais le plan de mes périples. Je tenais un carnet de voyage d’un genre particulier où le béton remplaçait la courbe des vagues, les murs bordaient les pages. Je ne prenais des vacances dans telle ou telle région, qu’à condition d’être sûr de pouvoir mener mon enquête au plus près. J’étais insouciant. Je commençai vite à croire que j’avais oublié la naissance de ma quête et c’était un peu vrai. Les plaies se referment si on leur en laisse le temps ou si on les aide, un peu !&lt;br /&gt;Puis un jour d’avril, j’ai appris qu’en Côte d’Or et là, tu vois où je veux en venir… Un immeuble de dix étages allait être déconstruit. Imagine ma joie : ça faisait deux ans que rien de semblable en France n’avait eu lieu. J’étais comme un gosse. Le soir même je préparai mes affaires, pris pellicules, appareil photos et autres bagages et le lendemain sans plus attendre, je partis pour la Bourgogne. Je connaissais déjà les lieux. Mes recherches m’avaient happé quelques années auparavant pour une autre barre non loin de celle-ci. Je trouvai un hôtel pas très cher et pas très éloigné du quartier et profitai des deux jours qu’ils me restaient, pour flâner, parler, recueillir témoignages et images à tout venant. Les démolisseurs sont toujours un tantinet cabotins et c’est donc avec bonhomie qu’ils me permirent de monter dans Charcot, de poser des questions et même de faire leurs portraits journalistiques : du Bonheur !&lt;br /&gt;Je réalisais dans ces moments-là la chance que j’avais, la liberté qu’était ma vie et le peu de contraintes que je m’imposais. Puis, le deuxième soir, parcourant les abords de l’immeuble, je surpris un jeune fille qui se faufilait sous le grillage maintenant apposé tout autour des murs. J’aurais pu passer mon chemin mais je ne sais pourquoi ce soir-là, je la suivis sans l’ombre d’une hésitation. Je marchais sans faire de bruit. Mes pas ne ressemblaient pas au battements de mon cœur qui allait, j’y ai songeai, explosé dans l’instant ! J’imaginais un grand frère me transperçant de sa fine lame, un ouvrier me tirant comme un lapin croyant qu’on venait lui voler son matériel, bref : je n’en menais pas large. Marche après marche, je me suis retrouvé bientôt tout en haut de la tour. J’étais si essoufflé que j’avais du mal à voir clair, mon dos courbé, les mains sur les genoux, je tentais de reprendre l’air et ma dignité. Quand la lueur d’une lampe attira mon attention. Je me plaquai contre le mur et tentai de voir ce qui se tramait tout près. Si tu n’as jamais vu de fée, si à ton âge tu ne sais pas ce qu’est le dessin d’une courbe féminine, si…&lt;br /&gt;A ces mots, Mustapha voulu gentiment protester. Dire son aimée, dire son amour pour elle mais Angelo ne s’interrompit pas pour lui laisser le temps d’évoquer la belle Amina. Celle qui savait s’effacer pour qu’il se détende, le soutenir pour qu’il s’appuie, le faire rire et l’émouvoir, aussi !&lt;br /&gt;- Quand je trouvai l’audace de regarder ce que le mur me cachait, j’eus un véritable choc ! L’implosion mon gaillard, n’est rien à côté de ce que mes yeux découvrirent. La jeune fille entrevue était là, bien là. Nue comme on peut l’être quand on l’est vraiment. Nue et belle, mais belle ! Je ne sentais plus mon corps ou si, mais… trop ! Je ne bougeais plus. Elle entra lentement dans une baignoire oubliée là. Comment l’avait-elle remplie ? ça, je ne pourrais le dire mais ce qui est sûr c’est qu’elle glissa dans l’eau comme un sirène. Ses rondeurs, ses longs bras que j’imaginais soyeux au toucher, me faisaient l’effet d’un cocktail pour soldats. Puis, alors que je me demandais où cette scène allait me mener, elle tendit vers moi la main. Non, ne soit pas tenté de rire. Ce n’est pas un conte. Elle m’invitait véritablement à la rejoindre. Je sais que les bonnes manières demandent à ce que les personnes partageant la même baignire fussent présentées avant mais, avions-nous le temps ? Charcot implosait le lendemain.&lt;br /&gt;Mustapha sourit. Il imaginait la scène, peut-être la pleine lune qui en rajoutait un peu !&lt;br /&gt;- Je ne suis pas très brave à vrai dire devant les filles mais une telle invitation ne pouvait prétendre à un refus. J’avais déjà vécu des « expériences » comme on dit, mais pas de véritable passion, pas d’amour fou dans ma vie. Là, je crois que j’en ai oublié mon nom, l’endroit où était mon hôtel et peut-être même, le but de mon voyage. Nous avons joué de nous, nous avons goûter la peau de l’autre, nous avons laissé la lampe s’éteindre et le jour nous surprendre, blottis, transis, réfugiés l’un contre l’autre. Puis il y a eu les bruits. Les hommes, les groupes de plus en plus nombreux de policiers et de gens du quartier. Tous s’agitaient. Tous plus matinaux que les autres jours pour préparer l’évènement. Ma charmante se redressa d’un bond. Elle était comme prise de panique. Elle tournait sur elle-même, toujours aussi nue que la veille. Je l’aidai à se vêtir et passai sur ses épaules le pull fin que je possédais. Avec tendresse, je tentai de la calmer mais rien n’y fit. Elle voulait une seule chose, redescendre rapidement. J’avais beau lui expliquer que l’implosion n’était pas pour tout de suite, de si bonne heure, elle ne m’entendait plus. Main dans la main, nous avons repris le chemin inverse. Craignant de nous faire prendre, nous avons pris mille précautions pour nous extraire de l’immeuble et pour nous cacher tout près. Je réalisai, dès les premiers rayons pâles tombés sur moi, que tout mon matériel photographique était resté à l’hôtel. Mes notes, mon inséparable carnet où je couchais toutes traces d’un exploit chaque fois que j’y assistais, tout était dans ma chambre. La réalité me surprenait. Je voulus prévenir ma tendre compagne de la nuit que j’avais un chemin à prendre, un but à atteindre mais quand je tournai les yeux, elle pleurait. Vrai ! De grosses larmes inondaient son visage sans qu’elle s’en cache pour le moins du monde. Devant ma surprise non feinte, elle me confia un morceau de vie un peu embrouillé dans lequel je retenus les mots qui me frappaient : pas voir, finir, jamais, fuir, peur, destruction, abri et tant de phrases qui les liaient que je dus l’interrompre gentiment.&lt;br /&gt;Voilà, tu sais tout, tu sais pourquoi je n’ai jamais écris sur Charcot et que je n’ai pas non plus d’images à montrer.&lt;br /&gt;- Mais elle finit là votre histoire ? L’avez-vous revue votre princesse ? Lui avez-vous dit un jour votre quête et raconté votre vie ?&lt;br /&gt;Au moment où le vieil homme allait répondre, une femme entra dans la pièce. Elle posa son panier de linge sur la table et donna avec vigueur, une poignée de main à Mustapha.&lt;br /&gt;- Il veut savoir comment s’est finie la journée de Charcot ?&lt;br /&gt;- Oh ! Canaille… tu ne lui as pas tout raconté quand même ?&lt;br /&gt;La vieille femme disparut dans la pièce attenante. Monsieur Angelo sourit à son invité rougissant.&lt;br /&gt;- Dis-moi au fait, pourquoi voulais-tu que j’écrive AUSSI sur Charcot ? Il y en a bien d’autres que j’ai dû rater depuis.&lt;br /&gt;Se remettant difficilement de ses émotions, Mustapha expliqua.&lt;br /&gt;- Je suis depuis quelques temps, oh ! pas pour longtemps, dans la commune qui l’a vu tomber. J’ai pu avec d’autres mains, écrire quelques pamphlets, notes, nouvelles et autres commentaires ou tranches de vies glanés dans les mémoires ou envies de chacun. Nous avons mis notre cœur dans cette rencontre et je voulais être sûr que nous vous étions en quelque sorte, fidèles ! Le temps à combler le chantier. Les gens du quartier ont presque oublié le décors qui était le sien, avant, mais nous avons voulu lui raconter son histoire, faire revivre un bateau de pierre, une tour qui par moment à repris vie sous la plume de chacun.&lt;br /&gt;- Dis-moi, quels sont ceux dont le nom forment ton groupe et qui ont fait, avec toi, ce bout de chemin tentant ?&lt;br /&gt;- Ils sont nombreux.&lt;br /&gt;- Oui mais moi, j’ai le temps !&lt;br /&gt;- Alors, il y a :&lt;br /&gt;Anne, elle écoute en penchant la tête, doucement, avec beaucoup de respect.&lt;br /&gt;Helen dont la clownerie n’enlève rien à la tendresse, bien au contraire.&lt;br /&gt;Joëlle flamboyante et décidée.&lt;br /&gt;Bruno réservé mais là, avec nous.&lt;br /&gt;Danielle qui se marie bientôt et porte cette date gaiement en elle.&lt;br /&gt;Pascale, elle m’a trouvé, elle m’a tenu la main durant mon séjour et je ne serais pas neutre en parlant d’elle ! Elle est si… Un grand cœur, une grande dame…&lt;br /&gt;Michèle qui se redresse, peu à peu.&lt;br /&gt;Roza, Roza qui ne se contente pas de nous gâter avec de bons gâteaux. Elle nous gâte aussi en mots, avec beaucoup d’humilité…&lt;br /&gt;Nadine, elle semble avoir trois vies et deux ou trois missions à mener chaque fois que je la rencontre.&lt;br /&gt;Fatima, aussi désolée que moi quand elle arrive, elle nous offre en retour chaque soir, son franc sourire.&lt;br /&gt;Sarah, si jeune et si vraie, dont les textes n’ont rien à envier aux grands !&lt;br /&gt;Patrice, il prend des notes et observe, sourit. Il a souvent du mal à repartir.&lt;br /&gt;Chantal qui cache ses talents d’écriture. Qui s’en défend presque !&lt;br /&gt;Marie-Luce, dansante, charmante.&lt;br /&gt;Aurélie, elle a commencer un chemin, certes difficile à parcourir mais à faire. Elle le fait !&lt;br /&gt;- Et bien, en voilà du beau monde !&lt;br /&gt;- Ce n’est pas tout. Si je peux vous dire encore.&lt;br /&gt;- Oui bien sûr, pardonne-moi si je t’ai paru impatient !&lt;br /&gt;- Non non, tout va bien. Je ne vous ai pas encore parlé de Yasmine, notre benjamine, petite furet tranquille qui tout au long de ces soirées est restée là, à attendre sans impatience, participant dans son silence à l’écriture familiale.&lt;br /&gt;Amina… que dire d’Amina ?&lt;br /&gt;- A lire tes yeux, ne me dis rien, j’ai déjà compris ce qu’elle est pour toi !&lt;br /&gt;Mustapha rougit de nouveau.&lt;br /&gt;- Continue, il va bientôt faire nuit et je ne voudrais pas que tu te perdes au retour.&lt;br /&gt;- Azzedine, oui je dois parler d’Azzedine. Des heures durant à œuvrer pour que telle chose soit faite et bien, ou que telle autre réussisse en temps et en heure. Il a été tout au long de cette aventure, le maître d’œuvre. Je manquerai de « mercis » quand je le quitterai !&lt;br /&gt;- Mais les quitteras-tu vraiment ? Tu en parles avec tant de complicité et d’émotion ?&lt;br /&gt;- Oui, je les quitte bientôt mais c’est avec une tendresse au cœur et une certitude qui m’aide véritablement à partir : je suis certain que je reviendrai et que je les reverrai, un jour prochain. Et si ce hasard ne se concrétise que tardivement, la vie est parfois ainsi faite, il est un fil qui nous relie, qui sert de chaîne mais pas d’entrave, c’est l’écriture que nous avons menée ensemble, les mots qui ont mijoté autour de la table et les rires oui les rires et les larmes aussi que nous avons partagés durant des semaines.&lt;br /&gt;- Va, va les retrouver pour la dernière fois alors si j’ai bien compris, et dis-toi que tu as ma bénédiction si je peux dire ainsi. Rien dans tes mots et ton attitude ne semble mauvais. Tu es de cœur et sache que les gens comme toi, je les respecte et les admire. Reviens quand tu veux, si tes pas te ramènent dans le coin et ce jour-là, apporte moi ces textes que vous avez rassemblés pour qu’ils ne fassent qu’un.&lt;br /&gt;Mustapha promis.&lt;br /&gt;Au bout du chemin il se retourna.&lt;br /&gt;Monsieur Angelo le regardait s’éloigner, sa compagne blottie contre lui, la tête tendrement posée contre son épaule.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;En mémoire d’un atelier fait&lt;br /&gt;D’artistes amateurs, mais passionnés,&lt;br /&gt;Créateurs aux sens aiguisés par l’émotion,&lt;br /&gt;Qui suivirent Mustapha,&lt;br /&gt;Ecrivain au grand cœur, dans une aventure&lt;br /&gt;Enthousiaste.&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Nadine&lt;br /&gt;29/04/08&lt;br /&gt;1h09&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-6218344041094623595?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/6218344041094623595/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=6218344041094623595' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/6218344041094623595'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/6218344041094623595'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/05/en-souvenir-de-notre-atelier-dcriture.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-5095397894638975687</id><published>2008-05-22T04:11:00.000-07:00</published><updated>2008-05-27T09:33:29.722-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SDw3z-1-swI/AAAAAAAAAW0/vbC3xY8vmKY/s1600-h/helen.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer;" src="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SDw3z-1-swI/AAAAAAAAAW0/vbC3xY8vmKY/s400/helen.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5205096635515712258" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;LA NOUVELLE DE HELEN RINDERKNECHT&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;&lt;strong&gt;Le bout de bois&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était un jeudi, un froid matin d’avril. Une terrible implosion gronda dans le ciel et, en un battement de cil, Charcot s’évanouit dans un nuage de poussière sous le regard embué de S.A.J. Il se frotta les yeux persuadé que ce qu’il venait de voir n’était qu’une illusion…. Mais c’était faux. il avait enfin compris…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous n’étions pas devant un sinistre mais devant une renaissance. Tout avait commencé il y a 40 ans quand il était arrivé pour emménager dans cet immeuble propre convoitée par tout le monde, le gens avait enfin de l’eau courante, des toilettes des papiers peint propres, un sol, du chauffage, une aubaine pour lui qui venait de sa campagne profonde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il rêvait de grand air et la construction de l’immeuble de neuf étage lui avait donné plein d’espoir, les gens allaient pouvoir vivre dans un même endroit, se parler se soutenir, il allait pouvoir aller demander du sel à sa voisine Amina, boire un thé, manger un délicieux couscous et repartir, ils allaient pouvoir se soutenir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Biensur les moments dur étaient aussi arrivés et quand il du accueillir son unique petit fils Amir après le décès de son fils et de sa belle-fille, il avait du relever ses manches de sa chemise, se montrer digne de son rang et lui apprendre les jolies choses de la vie mais aussi ses dures lois. Il lui avait préparer sa chambre au 4ième étage de la cage 4 une belle chambre de papier peint bleu avec des avions sur les murs, une table de nuit en forme de voiture, il s’était donné du mal pour accueillir Amir pour qu’il se sente bien, il avait économisé sur sa retraite maigre pour qu’il se sente lui aussi chez lui.&lt;br /&gt;Amir était arrivé un matin de décembre, il ne parlait pas, il avait perdu le gout de parler au moment ou on était venu le chercher à l’école pour l’emmener dans une famille qu’il ne connaissait même pas et pour lui dire que son papa et sa maman ne reviendrait pas du travail, il étaient partis au ciel.&lt;br /&gt;Mais SAJ avait tout prévu il était venu le chercher en vélo avec un joli porte bagage bleu et lui avait dis : « viens mon fils, je vais t’emmener dans un endroit ou tu auras des tas d’amis tu pourras jouer et jamais tu ne te sentiras perdu ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c’était vrai la première sensation de SAJ à son arrivé au pied de Charcot était paisible, comme un rève qui se réalisait et une nouvelle vie qui commençait. Madame de Souza lui avait apporté ses fameux macaronis et Betina, de la famille hongroise du 6 ième, lui avait préparer des guirlandes de fleurs comme s’il était arrivé pour des vacances.  C’était ce frisson de douceur qu’il avait voulu redonner a son petit fils.&lt;br /&gt;Quand Amir est arrivé au pied de l’immeuble, devant la cage 4, il s’est arrêté et a regardé longuement le centre commercial, et puis il a lâché la main de son grand père et est allé doucement , pas à pas, se coller à un emblème du quartier, le grand cèdre au pied de l’immeuble qui était pour lui le seul être rassurant dans ce nouveau monde inconnu.&lt;br /&gt;Il était grand, fort, ses grand bras l’enveloppait, rassurant ils allaient se lier bien plus qu’il ne pouvait l’imaginer à cet instant même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Même s’il n’était plus que trois appartement occupé de l’immeuble avant sa démolition il se sentait chez lui mais le temps était compté, la déconstruction comme il savait le dire, était prévue dans quelque mois…il n’allait donc pas rester longtemps mais SAJ tenais a être le dernier a partir d’ici.&lt;br /&gt;Arrivé dans l’appartement, tout était identique au souvenir de SAJ, madame de Souza et ses macaronis bien plus consistants qu’a l’époque, avec plus de gruyère plus de crème et de viande… les temps changent et c’était tant mieux.&lt;br /&gt;Betina, elle aussi était au rendez-vous, elle aurait manqué cela pour rien au monde un nouvelle arrivant, une nouvelle jeunesse un bol d’air frais. Elle avait remplacé les fleurs par des bonbons pour qu’Amir puisse profités pleinement de la guirlande et la savourer en découvrant petit à petit les nouvelles pièces qui allaient devenir sa nouvelle maison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La chambre apprivoisée, il alla jusque sur le balcon pour voir comment la ville se dessinait sous ses yeux, pas de métro comme chez lui, pas de périphérique mais beaucoup d’enfant qui jouaient dans le parc en bas des immeubles, le bruit de bus dans la rue, le monsieur qui se promène avec sa veste jaune fluo  pour ramasser les papiers par terre, et puis ce cèdre encore la, il esquissa un petit sourire pour lui dire merci. Il tourna la tête et son grand père était derrière lui avec les mains dans le dos. « Tiens mon petit, c’est un cadeau de bienvenue, il était dans l’appartement à mon arrivée dans un coin de ta chambre, et je pense donc qu’il te revient de droit, moi je ne dors même plus dans cette chambre et puis il te serra bien plus utile qua moi.&lt;br /&gt;Le grand père tenait dans ses mains, un……disons le un vieux morceau de bois qui ressemblait à un bonhomme, de la ficelle tenait ses bras et ses jambes, la jambe gauche était bien plus grande que l’autre, sûrement cassé avec le temps, mais ce bout de bois était quand même bien fait, un bouchon a la place de la tête avec des yeux dessinée au feutre et une bouche souriante et des petit pied en bouchon de bouteilles d’eau, de la ficelle n guise de cheveux, il avait tenu avec toutes ces années pensa Amir…. Quel drôle de bonhomme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Amir regarda son grand père comme pour lui dire : « mais Papy, je suis un garçon je suis même un gadji comme mes potes m’appelait et ces bêtises, ce n’est plus de mon age… ».&lt;br /&gt;SAJ avait bien vu la mine décontenancé d’Amir et rajouta « mon petit, prend bien soin de lui, ce vieux bonhomme est certes un peu usé, certes tu n’es plus un petit garçon mais il sera la pour veiller sur toi, on m’a même dit qu’il avait des pouvoirs magiques….foi de Papy SAJ »&lt;br /&gt;« Mais oui c’est ca c’est ca ….. » pensa Amir, il se dit que le vieil homme faisait son possible pour lui rendre la vie plus facile et accepta le cadeau sans vraiment l’écouter, il préféra prendre ses marques dans sa nouvelle chambre avec sa musique, et son mp3 sur les oreilles. Il posa le bonhomme dans sa valise ouverte, et lui souris ironiquement.&lt;br /&gt;Le « bout de truc » tomba lourdement dans la valise sa tête penchée vers la fenêtre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le soir venu, Amir ouvrit les yeux pendant la nuit le sommeil était long a venir et il ne se sentait pas chez lui, les bruits du périphérique lui manquaient, ils avaient certes entendu des jeunes rouler en moto dans les rues mais pour lui ne n’était qu’un partie de ses bruits habituels. il prit soin de ne pas faire de bruit pour ne pas réveiller son grand père.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les yeux ouverts il se disait que les voitures sur les murs c’était vraiment un peu trop et qu’il allait avoir la honte si ses nouveaux amis venaient chez lui…&lt;br /&gt;« Mais non ne t’inquiète pas ! Les avions, c’est joli et puis je le sais moi, ton futur copain Mustapha, a quant à lui des petits nuages car il a hérité de la chambre de sa sœur. Tu verras en arrivant dans sa chambre, il se confondra en des chuis désolée chuis désolé, vraiment »  de peur que tu ne le répète à tout le monde. »&lt;br /&gt;Les yeux écarquillés, Amir regardait droit devant lui en cherchant dans la nuit…&lt;br /&gt;-         Amir pensa …mais mais euh, vas-y qui parle ?&lt;br /&gt;-         - et bien, mon cher ami….&lt;br /&gt;Il ne peux pas me parler pensa Amir….tu ne peux pas parler……. Il entendit le crissement de la ficelle serrée et d’un instinct marqué, Amir se leva et suivit le bruit comme hapé par un appel au creux de son estomac qui le guidait… en un instant il se retrouva devant l’ascenseur et de l’ascenseur devant la porte d’entrée, le bruit indécent de la ficelle le guidait encore et il sortit dehors pour le suivre…..&lt;br /&gt;Arrivé dehors il leva les yeux il se trouvait devant le cèdre, ce grand bonhomme de bois (décidemment encore du bois……) se tenait devant lui et devant le cèdre le petit bonhomme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- écoute mon petit Amir tu es mon nouveau macaroni au fromage, ma nouvelle guirlande de bonbon, mon nouvel appartement mon hôte quoi… regarde le cèdre et touche le…&lt;br /&gt;Amir s’exécuta il posa la main sur la cèdre, rassurant comme au matin de son arrivée et en un claquement de doigt le sol l’engloutit et ses pieds s’enfonça dans le sol, un ascendeur mais celui la il n’en avait jamais vu des comme ca…. Un voix annonça vous étés arrivée au poste de contrôle cher Amir bonjour salamalikoum, bienvenito, buenos dias ,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Yahhaaaaaaa c’est trop la class hein ! «  le petit bonhomme surgit en sautant devant la porte qui venait de s’ouvrir !!&lt;br /&gt;Yo mec !! ca c de la bombe atomique !! et puis je suis deja la, un pro de la descente le bout de bois !!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Amir n’en croyait pas ses yeux mais sentait que le monde était différent à présent, il venait de passer de l’autre coté du cèdre… de la bombe atomique le bout de bois !!&lt;br /&gt;Il s’avança doucement, une musique de snoop Dog marchait en ambiance, ouah il connaît snoop dog le truc…&lt;br /&gt;Il était dans une salle des machines, une salle de conte, des postes de contrôle,  avec des tv, des écrans lcd des micros partout, au milieu il y avait un siège rouge en velours façon années 70 mais avec beaucoup moins de classe tout de même sûrement un truc récupérer chez emmaus.&lt;br /&gt;Le bout de bois venait de l’étonner mais il avait de drôle de gout pour la déco.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il avait deja vu des salles comme ca quand il avait visité le métro parisien en CM2 mais la, avec snoop dog en fond, jamais de la vie !! et puis un ciel étoilé venait se placer au dessus de sa tête, une salle de contrôle en plein air mais enterrée….il n’en revenait pas…&lt;br /&gt;Il remarqua une grosse molette sur le coté juché sur un socle et un énorme lecteur mp3  a coté… d’où sortait la musique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-         A ma droite tu vois les écrans sur Peguy enfin ce qu’il en reste j’ai encore un peu de travail mais j’avais mis un stagiaire sur le coup et c’est vrai il n’a pas assuré. Il ne reste malheureusement que les poussières d’étoiles à gérer mais Peguy est un gentil garçon il va déménager bientôt pour de vrai.&lt;br /&gt;-       &lt;br /&gt;Le petit bonhomme sauta sur le fauteuil en velours et tourna comme s’il venait s’amuser sur un cheval d’enfant dans un jardin.&lt;br /&gt;Yahhaaaaaaa !! tu vois ici c’est ton immeuble. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur une dizaine d’écran on pouvait voir les appartements des dernières familles encore la, les cuisine, les salons, les couloirs grâce aux caméras de surveillance, mises en place bien avant que les humains l’ai envisagé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Silence, on tourne !!!!!!! » s’ecria-t-il !!.&lt;br /&gt;Les deux individus se turent et un bruit de casserole se fit entendre :&lt;br /&gt;Regarde ce sont les premiers demolitator* qui viennent prendre les marques, l’immeuble va être démoli dans quelque mois et je pense qu’ils doivent commencer les travaux…&lt;br /&gt;les démolatators démontèrent une porte d’un appartement inoccupé, pour y entrer…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;yahhaaaaaa !!! d’un cri le petit bonhomme sautilla et cligna de l’œil&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Monsieur Gaudin, la porte !! Elle vient de réapparaitre devant nous, monsieur gaudin, monsieur Gaudin nous ne pouvons plus rentrer »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« mais….. mais…. Comment ? » pensa Amir&lt;br /&gt;-regarde ce n’est pas fini mon ami….&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les démolitators se retrouvèrent dans l’ascenseur et une voix douce leur annonce :&lt;br /&gt;« messieurs vous êtes arrivés au rez-de chaussé, veuillez sortir de l’immeuble sil vous plait ! salamalikoum, auviedersehen, ciao bye !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;*demolitator nom donnés par le bonhomme de bois pour désigner les professionnels du bâtiment architecte et autres démolisseurs prévus pour la déconstruction de l’immeuble.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- L’autre jour il on voulu arracher du papier peint dans l’ancien appartement de la famille Bilal et bien j’ai repapieté le mur d’un clin d’œil, avec les nuages de Mustapha, c’était drole ca alors !!! sur le derrière ils étaient… oui ils sont vraiment tombés sur le derrière….&lt;br /&gt;Amir, vient avec moi…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Amir suivit le bonhomme de bois jusque devant une porte au fond de la salle des contes, une porte de couleur jaune apaisante et douce, il ouvrit la porte et Amir émerveillé découvris un nouveau monde…. cette porte ouvrait sur un univers étrange avec un horizon vaste et on pouvait y voir des immeubles, sautillants, ils bougeaient comme de vraies personnes, ils volaient, jouaient au carte construisait des maisons et même des immeubles, des immeubles pour les immeubles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Amir avait ouvert les yeux sur …….. le paradis des immeubles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais… comment… c’est possible ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-         et bien tu vois ma mission ici, c’être d’être un reconstructeur de déconstruction&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Amir ne compris pas sur le moment mais le petit bonhomme ferma la porte et l’emmena près de la grosse molette…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Tu vois ca et bien, les démolitator pensent qu’ils ont le pouvoir, les petit tours que je joue c’est pour leur montrer que nous ne sommes pas que de la matière nous avons aussi des vies, par exemple j’ai aidé madame Betina a trouvé un travail de concierge dans l’immeuble, sinon elle allait devoir partir d’ici et il en était hors de question. Et puis l’appartement était tombé en dépression depuis le départ de l’ancien concierge alors il m’a demandé de trouver une solution, le pauvre il était triste a nous faire un dégât des eaux, j’ai du agir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Amir mon cher ami, le pays des immeubles est comme une nouvelle vie pour eux, ils peuvent enfin, partir léger, les locataires, sont relogés dans des endroits bien plus agréables et puis vogue la modernité après tout moi je redonne la vie, et toi tu es mon macaroni au fromage !!!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-         Yahaaaaaaaaaaa, le bout de bois sauta sur le fauteuil et prit Amir par la main, et d’un cou d’un seul l’ascenseur avec la musique d’ambiance, les enveloppaient.&lt;br /&gt;-         Vous êtes arrivé à la surface chers amis, bonne journée, aubregado, ciao asta vista baby……&lt;br /&gt;Ils se retrouvèrent a la surface au pied du cèdre un peu abasourdis par toutes ces nouvelle d’un coup tombés sur la tête d’Amir….&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Amir amusé se retourna vers le cèdre et pensa d’un ton un peu grave comme sharzenegger dans terminator……….  « i’ll be back » !!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un clin d’oeil et, Amir et le bout de bois, se trouvèrent de nouveau dans la chambre pleine d’avion…&lt;br /&gt;-         Je comprends les avions bout de bois, un nouveau monde il aura bientôt des ailes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Oui et toi mon petit Amir tu vas devoir accompagner ton grand père dans ce moment tu sais il est arrivé avec plein de joie plein d’espoir et aujourd’hui il va devoir partir il va voir sa maison devenir poussière&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-mais on pourrait lui montrer ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;non il ne peut pas savoir, sinon laisse tomber je vais être overbooké les journalistes les télévisions puis il ne pourraient pas comprendre, nous ne sommes que des objets pour lui  tu sais les regles sont bien strictes, je choisis une personne pour lui expliquer tout cela, toi tu vas le garder au fond de ton cœur, tu ne t’en souviendra pas après mais tu pourras ressentir les sentiments de ton grand père tu pourras connaître ses joies, moi je ne fais que remettre en état l’immeuble avant son départ, j’essaie de lui redonner une jolie robe, et quand ca fait boum !!!!!!!!!!!!!!! il s’enfonce sous le cèdre et part derrière la porte jaune. il aura comme ca , une nouvelle vie, sa vie d’immeuble quoi!!!!&lt;br /&gt;et tout le patacaisse des démolitators, c’est pour faire bien !!! Il se la joue grave eux !!!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Amir repris sa journée du lendemain en pensant a cette nuit un peu farfelue… mais en se disant que son grand père avait du passer des années magnifique entourée de gens affectueux et qu’il avait eu beaucoup de chance.&lt;br /&gt;Au petit matin il arriva vers Saj et lui assignat un bisous!!! Comme jamais il n’avait pu lui montrer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Foi de papy saj ca me fais plaisir…..&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;il avait lui aussi vu des phénomènes étranges mais il ressentait les choses sans vraiment pouvoir les expliquer…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le jour du badaboum arriva et Amir n’avait jamais revu le bonhomme de bois ils avaient démanger un mois après cette nuit si inattendue, Amir avait bien entendu que les démolitator avaient eu du mal a se frayer un chemin dans les couloirs, que plusieurs événements avaient retardé la démolition mais jamais de signe du petit bonhomme de bois, jamais un bruit de ficelle depuis cette nuit comme s’il avait finis sa mission…. Mais Amir savait qu’il ne serait pas loin au  moins pour veiller sur son QG.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;BADABOUMMMMMMMMM&lt;br /&gt;Une petite fille poussa un cri et se blottit dans les bras de sa maman. Un vieil homme laissa tomber une larme pendant qu’un homme brayait pour se donner un peu de constance, comme s’il avait eu envie d’exorciser sa peine, face à cet événement qui prenait l’attention de tous les cheneveliers. Ou peut-être voulait-il simplement avoir son moment de gloire lui aussi…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et le reste de la population applaudissait comme un nouveau souffle qui venait de s’immiscer dans leur cœur et leurs poumons des alvéoles plus claires plus moderne plus sereines.&lt;br /&gt;Parmi toute cette foule, SAJ les yeux levé dans le vague avait été frappé de plein fouet comme un zoom sur l’histoire un flashback, un moment ou son cœur s’était arrêté de battre il prit la main d’Amir et la serra très fort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour la première fois Amir parla et dit a son grand père :&lt;br /&gt;« SAJ PAPY, Le Cèdre qui veille sur Charcot et qui veille sur le Temps déploie ses branches comme une tulipe qui éclore, pour ouvrir ses larges bras verts au soleil »&lt;br /&gt;Et la lumière fut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Asta la vista ciao bye…… yahaaaaaaaaaaaaaaaaa&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Helen RINDERKNECHT &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-5095397894638975687?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/5095397894638975687/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=5095397894638975687' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/5095397894638975687'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/5095397894638975687'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/05/la-nouvelle-de-helen-rinderknecht-le.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SDw3z-1-swI/AAAAAAAAAW0/vbC3xY8vmKY/s72-c/helen.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-3655340006468292735</id><published>2008-05-15T09:27:00.000-07:00</published><updated>2008-12-23T08:53:05.907-08:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SDw2wu1-svI/AAAAAAAAAWs/1d3XLbPLKnk/s1600-h/patrice.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer;" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SDw2wu1-svI/AAAAAAAAAWs/1d3XLbPLKnk/s400/patrice.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5205095480169509618" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;LA NOUVELLE DE PATRICE EPERY&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Hystéries en Charcotzie&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au pied de la première cage de Charcot, une brochette de jeunes merguez en liesse, à commencer par Zobi et Zoba, siamois inséparables, tels les doigts de la main. Zobi, c’est celui qui dit ci, qui dit ça, et &lt;span style="font-style: italic;"&gt;cetera&lt;/span&gt;. Zoba, c’est celui-là qui fait comme le frère aîné, pointant &lt;span style="font-style: italic;"&gt;ad vitam æternam&lt;/span&gt; un majeur impudique à la manière du grand khouya – geste atavique poussé à son comble. Ceci dit, la vie des quartiers est faite de signes, pas toujours très catholiques, genre faire la nique au passant ou au chauffard. Car Zoba, c’est aussi le quèquet qui, faute de BMW, roule des mécaniques en Ferrari XL sur la voie publique, pendant que Zobi lui indique la ligne de conduite : tout droit et bien profond ! A ce petit jeu, Momo n’est pas en reste avec son sixième doigt hérité du bon Dieu, bien qu’il eût préféré l’avoir au bout du pied, zizouite oblige ! Remarquez, douze bagouzes rutilantes en guise de volant, wal-lah qu’ça fait trop classe !! Dommage que le R.M.I. ne permette pas de quitter le parking… surtout pour le dernier de la smala : Moustapha l’intello, rebaptisé Moustacha par les barbus en raison de son menton glabre un poil préislamique et d’autant plus ignorant des plaisirs de ce monde qu’il est épileptique :&lt;br /&gt;– Pi-lep-tique, ch’te dis, moi ! Ça veut dire qu’il va m’gerber partout dans la caisse si j’le laisse conduire, à cause de l’amiante ! Même qu’on va tous attraper la maladie si on change pas d’immeuble !, avertit Momo, du haut de son BEP en BTP.&lt;br /&gt;– Nique ta miante ! Zoba et moi, faudra nous kärchériser mais on bougera pas !&lt;br /&gt;– Tête de ma mère, on a trop d’souvenirs ici ! Nique ta miante !, confirme Zoba à grand renfort de gesticulations sans équivoque.&lt;br /&gt;– Tranquille, khouya, l’épilepsie, c’est une maladie congénitale qui…&lt;br /&gt;– … qui t’attaque taf-taf les glaouis et l’zob, quoi, style Gégène, explique Zobi avec la gravité du Musulman sur le point de se faire décapsuler…&lt;br /&gt;Coca Cola en bouche, tam-tam entre les cuisses, l’Afrique noire célèbre à sa façon la fin de l’esclavage, dans la cage d’à côté : rythmes déchaînés, déhanchements dégingandés, ondulations lascives de popotins subitement pris de spasmes convulsifs, lolos trépidants ballottant en tous sens sous les yeux envieux de voisines acculées aux youyous. A croire que le sourire Banania n’est pas une légende si l’on exclut les rappeurs encapuchés, prompts à fustiger la ghettoïsation et le travail en chaîne, collier de misère des « travorés » : bombyx fugitifs parfois séropositifs, dévorés par l’angoisse d’être sans papiers. Négritude chevillée au corps, caractère bien trempé, Amadou, alias Black Slammer, a la langue bien pendue :&lt;br /&gt;– On nous prend tous pour des doudous, en souvenir de nos ancêtres asservis ou tombés pour la Mère Patrie ! Inch’ Allah, y aura bientôt plus d’arbre à palabres et le macaque pourra passer de l’ombre à la lumière, sans matraque !&lt;br /&gt;– Yo, man !, vocifère Babylone, le cheveu en pétard :&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;La négraille, c’est pas du bétail !&lt;br /&gt;Le négrillon sortira du béton,&lt;br /&gt;Parole de griot, frérots !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;A deux pas de là, devant les portes du ghetto numéro &lt;span style="font-style: italic;"&gt;3&lt;/span&gt;, la COTOREP se met en branle : Ritals brisés fiers de participer au 40&lt;span style="font-size:78%;"&gt;ème&lt;/span&gt; anniversaire d’un bâtiment construit de leurs propres mains et à la sueur de leur front, Bougnouls boiteux encore meurtris dans leur chair d’éternels ouvriers corvéables à merci, Portugues pas bien gais à l’exception des jours de morue et de PMU – normal lorsqu’on est balayeur de père en fils et femme de ménage par tradition –, sans oublier les Français de souche, ceux d’en bas, Gaulois éclopés trop heureux d’être relogés sous peu, à la même enseigne que leurs compagnons d’infortune. Egalité, quand tu nous tiens !&lt;br /&gt;Loin d’employer leur temps à peigner la girafe et regarder les mouches voler, les colocataires de la dernière cage d’escalier, les fameux primo-arrivants venus massivement de l’Est, s’occupent à écumer rues et avenues en quête de niches d’intégration, vaille que vaille, coûte que coûte, et les bruits de couloirs vont bon train. Il paraît même que certaines filles habillées mi-touffe exerceraient leurs charmes à hauteur du SMIC, au grand dam des vertueuses déjà sur le qui-vive ! Personnellement, je me méfie des racontars, étant moi-même originaire du Liban, le pays aux mille et une confessions, dont la mienne :&lt;br /&gt;– My name is Cedrus !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un mois plus tard, le 17 avril 2008,  à 11 heures pétantes, Charcot s’offre un relooking façon 11 Septembre : djebel de pierres à portée de main, de quoi alimenter l’Intifada jusqu’à la solution finale : salam-shalom ! Sa Sainteté l’Imam Khomeiny n’avait-elle pas dit en son temps que le sang doit couler le long du chemin qui mène à la paix ! ? Mais écoutons plutôt les réactions de Zobi et ses sbires :&lt;br /&gt;– Zyva ! Comme i' nous l'ont morflé grAAAve, le Charcot ! C’est Beyrouth à la sauce bonbie, j’vous dis, moi ! !&lt;br /&gt;– Trop balaise l’éclate du bât' en moins de deux ! Tête de ma mère, les chtarbés qu’ont fait ça, i' z' ont au moins le bac de BTP !, s’exclame un Momo bouche bée.&lt;br /&gt;– Nique sa race, l’ingénieur de mes deux, c’est un fiuj ! Même que j’ai lu son nom sur le bolide du chantier : Ma-ni-tou, c’est comme Benichou ou Benamou !, surenchérit le zélé Zoba.&lt;br /&gt;Dieu soit loué, Mouss l’intello préislamique est là pour rétablir la vérité historico-linguistique :&lt;br /&gt;– Manitou, c’est l’nom d’une entreprise qui fabrique des monte-charges, qu’on appelle aussi manitous. Rien à voir avec les Juifs !&lt;br /&gt;– N’empêche qu’il est zarbi, ton manitou !, insiste Zoba, la moue pleine de suspicion.&lt;br /&gt;– Laisse béton !  Khouya ! Et si on allait zyeuter de plus près ? Yallah ! Yallah !, s’enthousiasme le binoclard de la bande.&lt;br /&gt;A l’ombre de mes branches déployées en majesté, une paire de monticules hérissés de picots rappelle bizarrement les Monts du Zab et semble faire l’admiration d’une tripotée d’Algériennes en émoi : gazelles ébahies devant autant d’érotisme en place publique, fatmas toutes chamboulées par le souvenir juvénile des années bled, Kabyles ridées fondant à chaudes larmes ; Harkis pétrifiés face à pareil spectacle de désolation, qui ne leur est pas étranger. Difficile d’évaluer le traumatisme mental, le mal-être que provoque la disparition soudaine d’un être cher, à l’image de feu ce moucharabieh géant, cette Tour de Babel où longtemps se sont côtoyés à l’unisson Blacks, Blancs, Beurs. Seule demeure la mémoire vivace, inextinguible, des âges de la vie, des émotions intimement ressenties ou partagées, chacun s’essayant à suivre sa destinée entre sagesse et folie : mektoub ! Le sort en est jeté !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Conscients de la fêlure maintenant visible, les marabouts plumeurs et autres diseurs à cœur ouvert s’abattent alors sur leurs proies avides de baraka et de p'tit chez-soi : l’heure de la reconstruction a sonné et il faut tourner la page.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Patrice EPERY&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;patrice.epery@tele2.fr&lt;br /&gt;Atelier d’écriture de M. BENFODIL&lt;br /&gt;Avril 2008&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-3655340006468292735?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/3655340006468292735/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=3655340006468292735' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/3655340006468292735'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/3655340006468292735'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/05/la-nouvelle-de-patrice-epery-hystrie-en.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SDw2wu1-svI/AAAAAAAAAWs/1d3XLbPLKnk/s72-c/patrice.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-3739962136159424102</id><published>2008-05-11T07:28:00.002-07:00</published><updated>2008-05-11T07:52:19.574-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCcHrjJEPwI/AAAAAAAAAWk/NmGIu7dYU2U/s1600-h/Photo+108.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5199132739571564290" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCcHrjJEPwI/AAAAAAAAAWk/NmGIu7dYU2U/s400/Photo+108.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;LE ROMAN DE CHARCOT/ LA NOUVELLE DE MUSTAPHA BENFODIL&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;&lt;strong&gt;Bienvenue chez les Bonbis&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;1 &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;C’était un jeudi, un givrant matin d’avril. Une terrible implosion gronda dans le ciel et, en un battement de cil, Charcot s’évanouit dans un nuage de poussière sous le regard embué de S.A.J. Une traînée de corbeaux effrayés par ce tonnerre foudroyant fusa de ce chaos de gravats d’un seul mouvement en agitant leurs ailes et en crossant en chœur tels des oiseaux de l’Apocalypse.&lt;br /&gt;« Le Cèdre est debout ! Le Cèdre est debout ! ».&lt;br /&gt;Hagard, le visage en sang, vacillant entre vie et trépas, le vieux SAJ alias Slimane Aimé Jobim de son nom complet (où semblaient se mêler les douze tribus d’Israël, de France et de Numidie) ne savait s’il devait pleurer Charcot ou se féliciter de retrouver sain et sauf son vieil ami le cèdre. Sonné, étourdi, il enlaçait l’arbre centenaire dans ses bras frêles en hurlant de plus belle comme un possédé : « Tu es vivant ! Tu es debout ! ». Du haut de ses 25 mètres, le Cèdre Totémique comme SAJ aimait à le surnommer, surgissait du champignon nucléaire tel un fantôme émergeant des ténèbres, majestueux, immortel, indestructible. L’emblème du Liban dressé devant ce bâtiment réduit en ruines, qu’on eût dit bombardé, rappelait Beyrouth un banal jour de guerre civile. Ou un mini 11 septembre. Oui, on dirait le 11 septembre grandeur HLM, Ben Laden en moins. « Voilà ce qu’on pourrait appeler un attentat pacifique ! », songea SAJ, pince-sans-rire, lui qui avait le bon mot pour chaque situation. Tout diminué qu’il était, il trouvait la force de faire de l’humour allez savoir où ?! Abasourdi, frissonnant, les oreilles explosées par l’implosion et bourdonnant d’un boucan infernal à vous pulvériser les tympans et les boulquies réunis, il s’empara, d’une main tremblante, d’un chiffon, non, plutôt…d’un empan de papier peint, oui, on dirait un pan de papier peint, non, c’est un drap, oui, un bout de drap c’est sûr, un drap qui dut être blanc autrefois, et qui était à présent tout sale, tout rikiki, maculé de béton en poudre. Slimane voulut se relever. Il eût voulu se saisir d’un plumeau et épousseter le monde autour de lui, mais pour l’instant, ses ultimes forces, c’est au cèdre qu’il les vouait. Il se proposait de faire une petite toilette au Cèdre Totémique dont les branches, d’ordinaire si vertes, viraient à présent au gris, au blanc ciment, à la purée de béton, tout sauf son éclat habituel enduit de chlorophylle. « Ils t’ont fait prendre une bonne douche de talc, ma parole » balbutia SAJ. Il n’avait pas porté sa main à l’écorce épaisse de l’animal vert que celui-ci s’ébroua de tout son long ainsi qu’un chien aspergé de farine. « Oh, oh, doucement l’ami, tu as failli m’écrabouiller, moi qui suis déjà dans un piteux état » grommela SAJ d’une voix éteinte en continuant obstinément à caresser de son chiffon imbibé de salive, le corps du cèdre maculé de poudre. De la poudre de Charcot, l’épave du Pourquoi-Pas ? se plaisait à dire SAJ qui connaissait par cœur l’histoire du bateau légendaire du savant voyageur qui aimait les expéditions polaires, les belles femmes et le rugby. Dans l’esprit fantasque de SAJ, il s’était toujours représenté qu’il n’habitait pas un immeuble mais qu’il voguait sur un rafiot en surfant sur les mers du monde. Il s’imaginait dans la peau d’un chef de quart ou le mousse d’un bateau fantôme chevauchant des mers houleuses en quête d’îles lointaines, des contrées exotiques, à travers des aventures périlleuses menées de front par le vaillant commandant Charcot.&lt;br /&gt;Quand le champignon se fût totalement dissipé et que le ciel retrouva un peu de sa clarté, la barre Charcot et sa montagne de gravats étaient totalement confondus à présent, dans l’esprit sonné et désarçonné de Slimane, avec la carcasse rouillée du Pourquoi-Pas gisant au fond de quelque mer polaire. Oui, on eût dit une mer asséchée, et au fond de son abîme venaient s’amonceler, dans la tête en bouillie du pauvre métèque, pêle-mêle, le bâtiment dans lequel il avait passé l’essentiel de sa vie et le bateau des cercles polaires qui s’était écrasé en 1936 contre des récifs affûtés, le tout sous le regard du commandant Charcot lui-même ou plutôt de son fantôme, en casquette et barbichette, planant nonchalamment sur ce tas de vies en miettes.&lt;br /&gt;Epuisé, vidé de ses forces, SAJ était étendu au pied du cèdre tutélaire qui se ploya de toutes ses hautes branches éclaboussées de poussière. SAJ était resté agrippé à l’imposant animal vert et l’on ne sut s’il était mort avec Charcot ou s’il respirait encor. Les corbeaux tournoyaient à présent au-dessus de ce spectacle en ruines en exécutant un cercle solaire et en battant la mesure avec leurs ailes sous le regard abîmé du Cèdre ou du fantôme de Jean-Baptiste Charcot.&lt;br /&gt;2&lt;br /&gt;Zak Le Black et Abdel Le Brêle s’engouffrèrent in extremis dans l’une des salles luxueuses du Cinérama où les attendaient Cristobal Le Drôle et Benoît Le Ronfleur. Le Cinérama : ainsi s’appelait le nouveau multiplexe érigé sur les décombres du lointain immeuble Charcot. Zak et sa bande n’étaient pas particulièrement cinéphiles, mais depuis que le cinéma était arrivé dans le quartier, c’était la fête tous les jours. Les derniers blockbusters (anglicisme dont la signification littérale est « qui fait exploser le quartier ») étaient projetés ici avant le Darcy ou l’Olympia à Dijon, et parfois, ils grillaient la politesse au MK2 ou l’UGC des Champs-Elysées, à Paris.&lt;br /&gt;Ce printemps-là, il y avait un festival ; un festival un peu spécial baptisé « La Foire aux Remakes », une grosse entreprise de recyclage de Déjà-Vu. Ainsi, les spins docteurs hollywoodiens nous fourguaient leurs restes, les chutes de leurs 35 mms pour faire durer le plaisir, soi-disant ; sorte de deuxième coup (ou même de troisième ou plus si vous avez le souffle) après un premier très bon coup. Moi, j’étais planqué juste derrière, et j’ai tout vu. Ce jour-là, il ne fallait absolument pas rater le dernier « Ocean’s 11 ». Le pitch ? Georges Clooney alias Danny Ocean, assisté de Brad Pitt dans le rôle de Rusty Ryan, son éternel acolyte, campait le personnage d’un gangster à la retraite sorti de sa torpeur pour aller initier de jeunes braqueurs à l’art du casse en savourant un Nespresso extrait d’une machine à présent démodée, tombée en disgrâce face aux nouvelles machines à café dont les clips publicitaires étaient des superproductions à eux seules, avec des filles aux jambes halées, exhalant un café à l’arôme exquis, valant tous les baisers du Brésil et d’Andalousie. Ce n’est pas moi qui parle, c’est la pub débile projetée vingt minutes avant le film au point de faire croire à Abdel Le Brêle que c’est ça le film. Les pubs s’enchaînent et le film traîne. Traîne. Et je te fais-ci, et je te fais ça, et je change ta vie d’une cuillère de Nutella et autres marques de merde 100% America ou Made in China resongea Abdel Le Brêle en faisant un grand effort pour gamberger en bon intello du ghetto sur les rites décadents du Temple de la Consommation. Pendant ce temps, je vous le dis, Benoît le Ronfleur roupille déjà tandis que Manu Le Chaud Lapin s’ononisait devant une nymphe dénudée qui se frictionnait le corps devant les caméras en faisant louange à une célèbre marque de cosmétiques que je ne citerai pas sans contrat, avec, à la clé, un tas de sensualité en latex et une tonne de botox sur le visage, les seins rembourrés d’OGM, toutes sortes de daubes et de conneries ; du genre de celles qui fardent votre quotidien pour vous le fourguer à dix fois son prix chez Leader Price. Les pubs s’enchaînent et le film traîne, traîne, au désespoir d’Abdel Le Brêle qui commence sérieusement à s’impatienter. « Hé, on n’est pas venus au supermarché, Yo ! » râle-t-il. « Ma grand-mère a fait les courses ce matin, merci ! » blague Cristobal Le Drôle. « Rien à foutre de votre marchandise de merde ! » peste Hocine de la barre Lamartine (à présent saucissonnée et réduite au tiers). « Ouais, c’est la technique je t’entube pendant que tu mates la pute amputée de ta race qui grimace comme une limace qui se tape ma choukroute » renchérit Abdel Le Brêle en faisant, comme d’hab, son as du slam mal inspiré. « Et le film, y commence quand les mecs, l’année prochaine. Pauvres cons ! » enchaîne Nicolas Le Branleur en envoyant des flocons de pop-corn sur la tête de Amel La Belle surnommée Mademoiselle Jamel parce qu’elle était foldingue de Jamel Debbouze.&lt;br /&gt;Le projectionniste se décide enfin à envoyer la mayonnaise parce que ça commençait sérieusement à chahuter dans le bahut. Pas trop tôt, mon gars ! Moi, j’étais là que je vous dis. Et le phénomène que je vais vous raconter, je ne l’ai lu nulle part. Je l’ai vu. J’en étais témoin. Wallah que je l’ai vu de mes propres yeux. Je ne l’ai piqué ni dans X-Files, ni dans Vidéo Gags.&lt;br /&gt;C’est parti.&lt;br /&gt;3&lt;br /&gt;Petite mise en situation : Danny Ocean flanqué de Rusty Ryan drive donc une sorte de Casse Academy. Il entraîne une bande de blancs-becs du milieu interlope amerloque à l’art du cambriolage. Edenté, bedonnant, ayant perdu jusqu’à son sourire de légende qui ferait chavirer le Titanic en haute mer, George Clooney fit ainsi irruption dans le plus grand casino de Las Vegas. Discrètement, la bande de jeunes loups prend position dans la magnifique salle de jeux. Danny jette un regard circulaire sur le méga casino, ses lustres somptueux qu’on eût dit taillés dans le diamant, ses tables rutilantes, ses machines à sous sonnantes et trébuchantes et ses hôtesses 24 caras qui se pavanent comme des altesses sérénissimes déguisées en show girls.&lt;br /&gt;Juste au moment où l’as du casse s’apprêtait à faire le coup du siècle à Las Vegas avec classe comme dirait Abdel Le Brêle et ses « rimailleries » primaires si je l’avais embauché comme narrateur, bref, juste au moment donc où Danny Ocean s’apprête à pénétrer dans la chambre forte la mieux gardée d’Amérique après des péripéties dont je vous passerai les détails, ne voilà-t-il pas que par un invraisemblable télescopage des sons, des destins et des images, l’ex-sex-symbol afficha un air con en lieu et place de son renversant sourire goguenard et craquant. Et pour cause : il se retrouva, lui, Brad Pitt et le reste de la bande comme par enchantement (ou désenchantement), oui, par un mauvais cauchemar, oui, un mauvais cauchemar, dans une piaule pourrie d’un couple de gendarmes à la retraite nichée dans un bâtiment lugubre datant de la deuxième moitié du XXème siècle, et regardant tranquillement un épisode de l’inspecteur Derrick. Les petits jeunes prirent peur et détalèrent à grande jambe par crainte de se faire coffrer par le fin limier de la police criminelle de Munich. Les deux vieux, eux, continuaient à regarder impassiblement leur série préférée sans broncher. C’était à n’y rien comprendre. Dans la salle, moi qui étais là, et qui voyais tout, je crus lire une expression de joyeuse stupéfaction sur certains visages. Les plus âgés gloussaient d’aise en reconnaissant sans peine la bouille d’André Lalarme, le regretté gendarme, mort il y a trois ans. « C’était un bon type », murmura quelqu’un. Les autres juraient à l’unisson que les braqueurs avaient échoué non pas dans quelque antre sulfureux de la Cité du Vice mais en un coin glauque qui ressemblait étrangement au « ghetto du cœur » de naguère comme l’appelait affectueusement SAJ dans un clin d’œil à Coluche dont l’auguste nom affublait l’agora du quartier. Nos jeunes freluquets, quant à eux, je veux dire Zak et sa clique, trouvèrent le montage idiot, et l’idée nulle, pour un poisson d’avril. « C’est même pas drôle vot’ truc ! » éructa Enzo dit Macaroni tandis qu’Abdel Le Brêle se mit à hurler, suivi par Zak, Cristobal, Benjamin, et Nicolas Le Branleur qui traita de « pauvre conne » l’hôtesse venue calmer la compagnie. Même Amel La Belle se départit de son flegme boudeur et se mit à brailler avec le troupeau.&lt;br /&gt;Et ce n’est pas fini.&lt;br /&gt;4&lt;br /&gt;La caméra, par un travelling langoureux, se glissa à présent dans l’intimité de l’appartement 59, escalier 3, 7ème étage. D’aspect cosy, l’appartement connaît une effervescence toute festive. Danny Ocean se retrouva ainsi, et sans y être invité, au beau milieu d’une fête de circoncision marocaine. Omar Le Homard, le mécano de l’immeuble Clément Ader, identifia immédiatement les personnages qui défilaient à l’écran. « Ouakha, qu’est-ce que je vois là ? Par hasard c’est pas le vieux Mabrouk et sa smala, là ? Ah ! Regardez les gars ! Wallah que c’est lui ! C’est Krimo Le Mou quand il était môme, et qu’il s’était fait tailler le prépuce chez Kristov le coiffeur roumain, vous vous souvenez ? Celui qui avait ouvert un salon clandestin dans sa piaule du 2ème étage, de la cage 5 » jacassait-il dans un private joke hilarant. A un moment donné, en affinant son observation, Omar Le Homard faillit tomber en syncope en reconnaissant sa propre bobine sur l’écran. Oui, c’était bel et bien lui, en train de se trémousser avec Mami, le benjamin de Mabrouk, sur une chanson raï de Khaled très roots : « Datni sakra edatni » (« j’ai été pris d’ivresse »). Le Mollah Omar se pinça plusieurs fois en serrant ses deux mômes, Farid et Fred. Il les serra de toutes ses forces et, bientôt, cœur de beurre qu’il était comme l’appelait Mabrouk, il ne retenait plus ses larmes, étranglé par l’émotion. Ses mômes ne comprenaient pas. Il éclatèrent en sanglots à leur tour en criant : « Oh, c’est toi papa ! C’est toi papa ! ». Le plus drôle, c’est que Danny Ocean lui-même semblait comme englué pour de vrai dans de ce curieux montage. Le voici demandant son chemin à Kristov le Roumain tenant dans sa main la quéquette de Krimo Le Mou. « Hey, what happens, gays ? Where I am ? What the heck is going wrong ? » bougonna le latin lover sous la moue circonspecte de Mabrouk et les siens qui le priaient de prendre place à la table des commensaux, bien que personne ne l’eût officiellement invité. « C’est le type de Péguy, non ? C’est pas celui qui était en prison, le petit nabab italien là, comment il s’appelle ? » lâcha Omar Le Homard dans le film, à l’adresse de Mabrouk. « On va, on va vous servir, vous inquiétez pas » lança ce dernier sous les rires hilares de la salle. « What the fuck is going on here ? » (Je traduis en simultané: « Mais qu…qu’est-ce que je fous ici, bordel?! ») fulmina de nouveau George Clooney, ne pigeant fichtrement rien à ce qui lui arrivait. Le sourire Nespresso de l’acteur le plus sexy d’Hollywood selon le magazine People édition de 2006 céda bientôt la place à un méchant froncement de sourcils doublé d’une expression renfrognée. C’est peut-être le docteur Doug Ross, le pédiatre au cœur tendre et au physique de séducteur qui était requis en la circonstance pour empêcher que ce connard de Kristov Le Boucher ne fît de la petite zigounette de Krimo Le Mou une verge molle au gland décapsulé.&lt;br /&gt;5&lt;br /&gt;Brad Pitt alias Rusty Ryan n’est pas mieux loti, on dirait, lui qui échoua pour sa part en pleine Bar Mitsva du petit Shamir à l’occasion de ses treize ans et un jour, comme le veut la tradition, dans l’appartement d’à côté. Le mari d’Angelina (Très) Jolie ne put que se résoudre à se joindre au repas familial, croyant avoir abusé du LSD. Réalisant que le réalisateur suprême s’était trompé de montage, il se mit à hurler de toutes ses forces en prononçant le nom du réalisateur terrestre Steven Soderbergh pour qu’il lui rende sa scène originelle. Retour à l’appartement d’en face dont un nouveau plan séquence décrivait la cérémonie de circoncision arabe avec force youyous et henné à volonté, les voisins qui dansaient, les voisines qui cancanaient dans la cuisine autour de Aicha et son jacuzzi qui avait déclenché une polémique passionnée dans la cité. C’était un été particulièrement chaud, cette année-là. « Tchu te souviens, Brigitte. Même que la voitchure de Véro elle a cramé tchellement qu’y fizait chô. » dit Aïcha en préparant ses boureks. Et de partir dans un commentaire décoiffant d’un épisode de Sex and The City rediffusé cet été-là : « Tchu te vois toi parler comme ça avec ton mari, Charlotte ? Peut-être toi oui, remarque. Wallah moi si Miloud me voyait juste regarder le générique, juste le générique, wallah il me couperait en deux. C’est ma fille qui m’a montré ça sur Intchernet. Tchu sais, avec Intchernet, tu peux même aller au hammam sans bouger de ta saige. Ce qu’elles se coiffent mal ces Ricaines ! Elles ont pas de coiffeuze dans le quartchier ou quoi ? Et pis, elles disent tout. Thu vois ma sœur Bakhta, hein Denise…Tcha vu quan elles se rencontent au café de Nouyok ent’elles ? Ba ba ba ba ba ! Commen elles font pour djire tout com ça ? Moi, Wallah j’oze même pas prende un bain la lumière allumée tellement j’ai la honte. » Et c’est pour ça que tu te baignes toute habillée dans le jacuzzi, on a compris…&lt;br /&gt;L’as du casse à Las Vegas avait désormais l’air penaud comme un premier de la classe. Le comble, c’est que ni Aicha, ni Bakhta, ni Brigitte, ni pas même Denise, l’accro aux séries télé, ne semblaient le reconnaître, lui, le Grand, le Beau, l’Irrésistible GEORGE CLOONEY, O suprême lèse-pipole, comme s’il était invisible. Des sons stridents de musiques mélangées, sourdaient d’une chaîne stéréo pourrie, sous les commandes du jeune Hakan Kebab et son clone Hasan Ketchup, les Turcs jumeaux de la cage 2 improvisés DJ. Ils passaient sans transition, de la kefta au merguez, du rap au raï, d’Aznavour à Mireille Mathieu, du chaâbi marocain à la variétoche orientale à coup de habibi machin kalbi, des chansons langoureuses de cœurs réduits en chiche-kebab et incendiés comme des brasiers tellement ils ont abusé des amours harissa. On entendait en même temps les piaillements criards des gosses, et on voyait parader des hommes chargés de plats de couscous garnis de tranches de viande fondante, un tadjine aux pruneaux fumant le paradis, et du petit lait, des gâteaux au miel et aux amandes, du bon thé à la menthe, huuum, qu’il sentait bon ce thé ramené droit de Fès. Il se serait damné pour en humecter ses lèvres, le Danny, mais tout cela lui passait sous le nez et lui excitait les papilles gustatives sans faire halte sous son auguste menton. La scène se déroulait sous les ricanements du cèdre que l’on pouvait voir rire sous cape à travers une fenêtre donnant sur la béance du dehors, et où l’emblème du Liban, mué soudain en silhouette anthropomorphique, semblait se bidonner royalement de tout ce cirque en tapant dans ses branches tout en mangeant sa part de tamina, pâte de semoule cuite et arrosée de sucre liquide, avec des dragées au milieu. Imitant son acolyte Brad Pitt, George se mit à son tour à brailler du nom du réalisateur suprême puis du régisseur terrestre pour le tirer de là : « STEEEEEVEEEEN ! » hurlait-il en hélant le metteur en scène et le metteur en signes. Il n’avait pas fini de prononcer le nom de Steeeeven Soderbergh qu’une énorme boule s’abattit sur l’appartement et foudroya l’immeuble. Celui-ci se mit à vaciller comme s’il avait reçu le 11 septembre sur la tête, et la cérémonie de circoncision de tourner à la boucherie humaine. Ce dernier plan, particulièrement chaotique, rappelait étrangement la dernière scène de Zabriski Point de Michelangelo Antonioni. Vous vous rappelez ? Cette scène qui se passait dans la Vallée de la Mort, et où l’on voyait une maison voler en éclats, et les corps qui voletaient en apesanteur en même temps que les produits de la société de consommation, pulvérisés avec le frigo. La fête termina, oui, en purée humaine que je vous dis, où se mêlaient le couscous au merguez, le tadjine d’agneau aux pruneaux, la tchektchouka musicale des frères Kebab, les gâteaux au miel, le bon thé à la menthe ramené spécialement de Fès, les piaillements des enfants, le jacuzzi de Aïcha et ses jacasseries, le tout, dans une incroyable bouillie rosâtre à présent aplatie par la grande boule qui devait symboliser au yeux d’Abdel Le Brêle qui suivait cela d’un œil torve et un regard hagard, elle devait symboliser disais-je les boules réunies de Brad Pitt et de George Clooney réunies. Ou peut-être leurs bourses de séducteurs mégalos qui avaient Hollywood à leurs pieds, avec ses agents, ses imprésarios, ses starlettes et ses majors, mais pas la dernière boudin de Charcot.&lt;br /&gt;6&lt;br /&gt;Et c’était comme ça tous les jours. Ce n’était plus le printemps du cinéma, La Foire aux Remakes ou tout ce que vous voulez, c’était le crépuscule des idoles, c’était la déconfiture des stars, c’était la destruction d’Hollywood. Dix ans s’étaient écoulés jour pour jour depuis l’écroulement spectaculaire de Charcot pour aller rejoindre dans l’abîme du temps l’épave putréfiée du Pourquoi-Pas ? et céder sa place au Cinérama Multiplexe, le temple de l’illusionnisme. Alors que le Cinérama s’ancrait dans le paysage après de houleuses péripéties, voilà que ce phénomène étrange venait gâcher tout. Et c’était le même phénomène dans chacune des trois salles de projection, avec des histoires à dormir debout. D’autres fois, c’étaient des histoires à dormir assis. J’ai tout vu, vous dis-je, vous pouvez me croire. Et à chaque fois, c’était les mêmes réactions, toujours vives, toujours passionnées, ballottées entre la stupéfaction et la grâce, avant de finir, tantôt dans l’hilarité générale, tantôt dans une grande pagaille. A chaque projection surréaliste, c’était le même étonnement sur tous les visages. Les jeunes du quartier étaient furax, et les plus consternés n’hésitaient pas à monter au créneau et montrer énergiquement leur protestation au sortir de la salle obscure en claquant la porte (mais les portes du Cinérama étaient toutes capitonnées et dotées d’un ralentisseur de choc pour prévenir des films chiants et sans sucre, et autres bides monumentaux pouvant provoquer des réactions brutales et des fermetures vigoureuses de la part du public).&lt;br /&gt;On notait cette année-là une réaction particulièrement violente de ce genre dont l’auteur, pour ne pas changer, n’était autre que Hocine de la barre Lamartine. Hocine était mordu de Sylvester Stallone. Il avait collectionné toute la saga de notre chère armoire à glace et ses légendaires pectoraux, qu’elles eussent pour nom Rocky Balboa ou John Rambo. Il avait réservé ses places longtemps à l’avance. Au final, il en sera pour ses frais en ce jeudi 17 avril 2018. Jugez plutôt. A l’affiche Rambo 12. Le synopsis ? Sylvester Stallone alias John Rambo, vétéran parmi les vétérans de toutes les guerres, depuis celle de 14 et des derniers poilus jusqu’à la guerre des étoiles, s’apprête à accomplir sa dernière connerie sur terre avant de tourner le Rocky 19. John Rambo atterrit ainsi en plein enfer irakien. Sa mission ? Faire libérer un gros ponte mondialisant de la compagnie Halliburton pris en otage par des chiites radicaux en partenariat avec Al Qaïda Peshawar.&lt;br /&gt;7&lt;br /&gt;John Rambo, autre papy croulant du cinéma d’action, se débarrassa de sa canne pour enfiler 120 kilos de matériel jetés sur ses biftecks flapis. 90 kilos de muscles postiches, de fulminations et de bluff, les biceps rembourrés de latex, le visage défiguré par l’abus de botox et de confiance en soi, le tout emballé de son légendaire rictus qui ne ferait même pas craquer ma grand-mère. Le voici bardé d’un véritable arsenal de guerre, entre automitrailleuses futuristes, grenades à fragmentation, chewingum plastiqué et pistolets automatiques accrochés à la ceinture, le visage ridiculement peinturluré, le bras tatoué de trucs ados, le torse tagué d’enseignes publicitaires, celles de ses sponsors, Halliburton en tête, tel un coureur de Formule 1. Juste au moment où il fracassa la porte d’une maison suspecte à Haditha ou Falloudja, voilà qu’il se retrouve nez à nez, à sa grande surprise, avec le vieux Bartoli devisant allègrement avec son vieil ami l’écrivain Rachid Habbachi dit Rachid Tchapagate parce que tous ses livres sont écrits dans cette langue autrefois parlée à Bône, pas Bonn, la ville allemande, Bône, comme ça, dite la Coquette, là-bas, en Algérie. Ancien pied-noir, Jean Paul Bartoli vécut longtemps à Bône où il est né. Rachid aussi est bônois pur jus, bien qu’il fût né à Philippeville. Les deux hommes ne se sont jamais rencontrés à Annaba. Pour tout dire, le vieux Bartoli avait quitté l’Algérie en 1962 dans le cafouillage sanglant que l’on sait. Devant l’exode massif des pieds-noirs, il erra à droite et à gauche avant d’atterrir à l’immeuble Charcot qui venait d’être construit en 1968. Le bon tonton Rachid, lui, est arrivé bien plus tard. Sa sœur habitait Charcot, et il était venu se faire soigner d’un cancer. Bartoli était aux anges de découvrir incidemment certain jour, à la foire du livre de Dijon, un bouquin de Rachid Habbachi, un roman entièrement écrit en tchapagate intitulé : « Là où t’y as des mots, bessif t’y en as des gros ». « Tu ois mon cher Rachid le destin com y est drôl’. Il é ma foi un peu maboule t’y ne trouv’ po ? » devait-il lui dire quelques années plus tard en rembobinant le film de leur rencontre.&lt;br /&gt;Rambo fracassa donc la porte d’un coup d’épaule qui dut lui coûter six os brisés, et, braquant son M16 belliqueux en direction des deux chérubins, il ne comprit rien au scénar. Il fit « stop stop stop » dans son américain mâché avec des R énormes roulés comme de gros pétards, sortit une copie du script de son gilet multipoches et chercha en vain à trouver trace de cette scène. Il se savait sénile, plus tout à fait jeune, atteint à moitié de la maladie d’Alzheimer et guère plus capable de faire mouche avec son rictus sicilien mais quand même ! Pas au point de se retrouver avec deux vieux pépés parlant dans une langue encore pire que le français, dans un taudis qui ne ressemble même pas à une maison de retraite. Et ce n’est même pas marrant. Ce n’est pas gentil pour les vieux pépés en plus, dont lui-même faisait désormais partie, notre catcheur senior. Il voulu jouer la scène jusqu’au bout et les mitrailler quand même mais son instinct syndical l’en empêcha, solidarité gérontophile oblige. Il tendit l’oreille en essayant de connecter les bribes de son français scolaire appris la veille des festivals de Cannes à cette conversation qui virait de plus en plus à la cacophonie italienne. Mais son moi italien résiduel ne comprit rien à ce charabia linguistique si ce n’est vaguement le mot « tchapagate » qui faisait référence à de lointains chasseurs de chats dans sa Sicile originelle. Les retraités commettent-ils des attentats ? se demanda-t-il « Faut se méfier de tout et de tout le monde dans ces pays chauds au caractère bizarre. Tolérance zéro qu’a dit le Grand Maboule qui tient les commandes à la Maison Blanche » médita-t-il à grand-peine. Se tenant dans un coin, voici un extrait de l’échange dont son oreille fut témoin :&lt;br /&gt;8&lt;br /&gt;Y cette année, t’ y seras, à Uzès ? Le vieux Simon, y m’a dit qu’y viendrait.&lt;br /&gt;Simon à la Saint-Couffin ? T’y veux rire ?&lt;br /&gt;Ça c’est ! La vie d’mes morts que c’est vrai ! Y vient à de bon que j’t’y dis.&lt;br /&gt;Tu le ois, toi ?&lt;br /&gt;Une fois la singlinglin mais je sais qu’y vient. C’est Gilberto qui m’y a dit et si Gilberto dit quèque soge, bessif que c’est vrai.&lt;br /&gt;T’y rigoule ?&lt;br /&gt;Ben non, j’rigoule po, joubasse.&lt;br /&gt;Simon à la Saint-Couffin, poh poh poh !!!&lt;br /&gt;Ah, ben, si c’est Gilberto qu’y l’ dit.&lt;br /&gt;Y va supporter le oiyage ?&lt;br /&gt;Même qu’y va ramener Kadour le Pichkdour.&lt;br /&gt;Kadour le pichkadour ?&lt;br /&gt;Oui m’ssieur !&lt;br /&gt;Sacré Kadour ! Y avait un gros schkoll dedans la tête !&lt;br /&gt;Diocane qué c’qu’il était timid’, le ratagaze comme son oncque Kamel.&lt;br /&gt;Y était pas bête le baouèle !&lt;br /&gt;Y avait juste la scoumoune.&lt;br /&gt;Tu te souviens de quand le pauv’ y avait été mis au piquet par Madame Picard, la patos avec un P majuscune au Lycée Saint-Augustin qu’on apellait Saint Augu à cause le saint qu’il a sa grande églisse là haut dessus la colline&lt;a class="sdfootnoteanc" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=7491219611317570600#sdfootnote1sym" name="sdfootnote1anc"&gt;1&lt;/a&gt; et que Madame Picard l’avait mis sur une jambe à causse qu’y était pas tellectuel comme ces z’aut’ patos. Elle était toute avec ses necs et ses zouzguef, notre M’dame de Cassis qui faisait plusse que des necs. Elle le traitait de féniant et de oiyou, lui, le pauv’y était tout rouge. Et pis d’un coup y en une traction d’seconde, le joubasse y fit toz et pis toz et pis brrrit et pis merde dans son froc. Il prit une sacrée ch’tata et l’icoule puait la merguez de caca.&lt;br /&gt;Et Gilberto, tu t’souiens Gilberto quand y avait arrosé le figuier de son jardin avec du pastis ?&lt;br /&gt;Oui, quan les pichkadours y te sont rentrés d’la calée. Tous y z’étaient gazes à bloc et Giberto il était plusse gaz que tous les z’aut réunis.&lt;br /&gt;Y gargouillait de pastis et pis y te les chantait les chansons dessu sa jeunesse qu’elles te parlaient d’amour et de mer. Y avait de tout à manger, du poisson en pagaille, même d’la langouste à de bon.&lt;br /&gt;Y était ivre et y prenait la bouteille et la vidait dessu le figuier pour que ça donne y disait d’aut’ bouteilles de pastis et d’anisette et y riait, et y pleurait et vomissait dedans sa gargoulette.&lt;br /&gt;C’est normal y buvait comme un trou. Dès qu’y garait son chabèque au bord de sa p’tite crique à la Caroube et qu’y se soûlait au pastis et à l’anisette.&lt;br /&gt;Et y parlait et y pleurait et t’y faisais ton spikologue.&lt;br /&gt;Y étais mal, tu ois, y disait y en a marre endigènes colons, colons endigènes, et y criait « Y a bon Banania ! », et y criait : « A bas Banania », « basta Banania ! » va saouar comment y savé que ça allait finir en gigantesse bordel cette tchatktchouka.&lt;br /&gt;Et quan y avait jeté Simon à la mer en dessus le chabèque juste avant qu’tu t’affogues ?&lt;br /&gt;Excuse-me, do you know Simon?&lt;br /&gt;C’était la voix de Rambo/Stallone. Il venait interrompre brutalement cette conversation qui projetait les deux hommes un demi siècle en arrière. Il était manifestement agacé par tout ce charabia : ses tympans allaient exploser par ce boucan grammatical. Le vieux Jean-Paul et le vieux Rachid se regardèrent, toisèrent l’intrus Monsieur Muscles qu’ils prenaient pour un gladiateur évadé de la Rome antique, puis, d’une moue commune, exprimèrent une dénégation. Rambo revint à la charge :&lt;br /&gt;J’ai entendu Simon. C’est le gars de la régie, hein ? Le petit Juif français, vous le connaissez ? Parce que là, je crois que je ne pige que dalle à l’organisation de ce plateau et…comment on dit « fuck off » en français ?&lt;br /&gt;En tchapagate tu veux dire ? Il a un schkoll dedans la cervelle comme Kadour le pichkadour, ma parole, hein Jean-Paul ? jeta Rachid.&lt;br /&gt;Eh, tu as de drôles de biftecks, mon gars ! enchaîna Jean-Paul. On vous donne quoi, un demi bœuf à chaque repas, les Amerloc’ ?&lt;br /&gt;Les trois hommes en étaient là lorsque, juste au moment où ils spéculaient sur le sort de Simon, une boule d’acier astronomique surgit du néant et foudroya l’assemblée de plein fouet, balayant d’un coup de boule ce fatras de rêveries bônoises. A moitié mort, la tête aplatie et le visage écrabouillé par la foudre métallique, Rambo eut juste le temps de former cette pensée qui défila en silence sur la bande son de son esprit en bégayant, avant de buguer à jamais : « C’est un attentat, un vrai. Il faut se méfier des vieux conteurs inoffensifs. Tolérance zéro avait dit le patron. » En off, la voix du commentateur reprit sa ritournelle : « C’était un jeudi, un givrant matin d’avril. Une terrible implosion gronda dans le ciel, et, en un battement de cil, Charcot s’évanouit dans un nuage de poussière. Un champignon nucléaire s’éleva dans le ciel et Charcot ressemblait à un cadavre vertical incinéré. Ses cendres amiantées se répandirent avec le vent, portées par un cortège de corbeaux élégiaques, sous un soleil lui-même noir, et dont chaque mémoire garda un grain immortel. Charcot parti ce jour-là rejoindre Péguy et les autres bâtiments-épaves au cimetière des immeubles et les mémoires déconstruites léguées aux mages d’Emmaüs. »&lt;br /&gt;J’étais témoin de cette scène et de bien d’autres.&lt;br /&gt;J’étais là, je vous le dis, et j’ai tout vu.&lt;br /&gt;9&lt;br /&gt;C’était la troisième fois en trois jours que ce phénomène arrivait. La Foire aux Remakes tournait à la foire aux spectres, ma parole. Chaque film était interrompu au milieu de son action la plus forte, mettons…James Bond avec sa nymphe du jour en train de la baratiner avec ses yeux de braise et s’apprêtant à échanger avec elle un sulfureux baiser suivi d’une scène moins collégienne quand, soudain, le même cirque survenait : des images qui n’avaient rien à voir, venues de nulle part, des images de salle de bains, de machine à coudre, de bars glauques et de barres avec deux R, comme hoRReur ; des scènes du marché du Mail, filmées au caméscope ou à la volée, montrant le marché du dimanche vantant à la criée ses humeurs bio devant des chalands nonchalants. Reportage en boucle de la ZUP. Des images du quotidien, plus plates que le trottoir, qu’on dirait péchées juste là, au centre commercial, dans le parking, dans la maternelle de l’école En Saint-Jacques ou dans les chiottes, ou dans les bars glauques, ou dans les barres avec deux R, comme coup de baRRRe, favelas verticales pour petit peuple HLM. Abdel n’avait pas connu ça, lui qui avait quitté môme Charcot pour un petit immeuble moins haut, moins large et moins drôle. Il avait pourtant l’impression d’avoir connu cette vie-là. Il a de vagues réminiscences qui ne lui inspirent d’ailleurs aucune nostalgie, alors là, zéro pointé. Il était embêté, et moi j’ai tout vu, il voulait déchiqueter son siège, son putain de siège qui ne voulait pas décoller, qui ne voulait pas l’emmener loin du Multiplexe, loin du Grand Mail, loin du petit peuple, loin des ZUP et son cinéma de dupes, loin des paysages viticoles coincés entre châteaux médiévaux et urbanités HLM, l’hypnotiser, l’endormir, l’enivrer, le faire rêver, l’emmener vers des contrées plus folles, plus frivoles, irréelles, magiques, avec des héros capables de tout, et des héroïnes plus douces que la cocaïne.&lt;br /&gt;Celui que les médias allaient surnommer Le Fantôme de Charcot s’immisçait clandestinement dans les salles de projection, s’interposait entre l’écran et le rêve, et soudain, tous les films étaient entrecoupés d’images bizarres. Tu es là à regarder tranquillement Le Davinci Code. Voici Tom Hanks alias Robert Langdon, ce célèbre symboliste américain crée par Dan Brown, qui pénètre dans le musée du Louvre à la demande du conservateur Jacques Saunière, dernier apôtre de la confrérie du Prieuré de Sion. Il découvre soudain le grand sénéchal décapité par un agent de l’Opus Dei. Le voici à présent scrutant attentivement la fameuse Cène de Leonard de Vinci. Brusquement, changement de disque : voilà que l’écran se trouve envahi par l’image de la Joconde campée par le visage de Maria de Sousa, la voyante portugaise de la Tour Renan représentée sous des airs de gitane. Le tableau cède à nouveau la place à la Cène où Léonard de Vinci avait immortalisé le dernier repas du Jésus de Nazareth entouré de ses douze apôtres à la veille de sa crucifixion. Par un détournement insolent, le Fantôme de Charcot persistaient à dire les médias, mettait à la place de Jésus et ses apôtres l’effigie de Charcot lui-même, oui oui oui, le commandant Jean-Baptiste Charcot je veux dire, entouré de SAJ à sa droite et de Santa Maria de Sousa, la voyante portugaise, à sa gauche. Le reste des moines étaient remplacés par des figures du quartier, et au-dessus de l’assemblée plane une mouette, celle-là même qui, d’après la légende, le commandant Charcot avait libérée de sa cage en sentant sa fin approcher suite au naufrage du Pourquoi-Pas ? devant les récifs escarpés d’Alftanes, au large de Reykjavik, en Islande. D’ailleurs, on notera que la table qui recevait le dernier repas de Charcot avait l’air d’être posée sur le pont d’un bateau. Robert Langdon qui examinait tantôt la toile, fut déconcerté au plus haut point de voir ainsi brutalement changé le contenu de la toile et il subodora, par erreur, que le secret que voulait lui livrer Jacques Saunière avant sa mort avait quelque lien avéré ou subliminal, avec le naufrage du commandant Charcot. Il se demanda au passage par qui était remplacé dans ce cas le personnage de Marie Madeleine, et qui campait le rôle de Judas ? L’histoire dit que Jean-Baptiste Charcot avait hérité de la petite-fille de Victor Hugo comme première épouse avant de la répudier Dieu sait pourquoi. Quant au traître, qui aurait vendu Charcot pour 30 pièces d’argent aux prêtres de l’économie de marché ? Qui lui aurait administré le baiser de la mort ? Mystère et boule de gomme.&lt;br /&gt;10&lt;br /&gt;Fatalement, ça devait dégénérer. Et moi qui étais là, j’ai tout vu. Ce n’est pas le Davinci Code qui déclencha l’ire volcanique du Grand Mail. A dire vrai, c’était un autre. Un autre remake de La Foire aux Remakes, le festival que tout le monde attendait. C’était le carton, LE remake, ZE film du moment. J’ai nommé : Bienvenue chez les Ch’tis III. Zak Le Black y était allé de mauvaise grâce sur insistance d’Abdel le Brêle et de Hocine de la-barre Lamartine (réduite au tiers comme je l’ai dit). Zak commença à pester contre le « cinéma des feuilletons méxicains » comme il l’appelle. Oui, pour lui, c’était du « soap cinéma », cette manie de vouloir à tout prix copier-coller un premier succès. « C’est toujours comme ça. Ils font un buzz avec une merde, ça devient une merle, et bientôt une perle du cinéma français. Ensuite ils prévoient la suite. Et ça ne s’arrête plus jusqu’à ce que ça redevienne une merde. Déjà, moi, quand j’ai vu une meuf à la place de Jamel Debbouze qui s’est décommandé à la dernière minute ça m’a gonflé. Ne manque que Mimi Mathy dans le rôle principal ».&lt;br /&gt;Mais cha ne va po un peu la tiête, biloute ? Echpèche de nig’doulle de Tiête ed’sot !&lt;br /&gt;11&lt;br /&gt;Zak Le Black est le filleul de SAJ. C’est Zakarias Amos Koulibaly de son nom complet. Comme son aïeul, il tient de tout et de tout le monde. Mi-arabe, mi français, mi-juif, mi-peuhl, mi-x, mi-y, mi-figue, mi-raisin, mi-fou, mi-raison, mi-fille, mi-garçon, mi-beur, mi-neur, mi-nable, mi-noble, mi-ton, mi-tout. C’est vrai que mathématiquement, ça ne tient pas la route. Mais, étant nul en génétique comme en mathématiques des particules, on s’en fout des détails, n’est-che-pas ? Cheu préfère vous vendre ce qu’il m’a vendu. ZAK est le petit-fich moral de SAJ, ch’est comme cha un point ché tout !&lt;br /&gt;Zak rêve depuis tout môme de monter un stand-up pour s’éclater, mais aussi pour séduire Amel Belle Belle Belle, la bombe anatomique puissance trois du quartier. Mais comme je vous le disais ce matin, le cœur de Amel Belle est pris. Je l’ai déjà dit : elle est foldingue de Jamel Debbouze. Et pour détrôner Debbouze, il faut se lever très tôt. Mais Zak n’est pas du matin. Et il le sait mieux que personne. Il sait que son Zaky Comedy Club n’est pas pour demain. Ni après-demain d’ailleurs. Du coup, personne ne veut miser sur lui, ce qui le met de mauvaise humeur et le rend parfois grognon et désagréable, même avec son pote Abdel.&lt;br /&gt;Dans le quartier, tous les garnements se bousculaient au portillon du Cinérama dans l’espoir de décrocher une place. 3, 2, 1, Soleil, euh, SILENCE ! Noir. Le film démarre. Kad Merad dans le rôle de Philippe Abrams, l’ancien postier muté à Bergues par mesure disciplinaire du volet I, est devenu papy, depuis, et il a même une petite-fille. Celle-ci veut à tout prix prendre la place de Claire Chazal qu’aucune force au monde, pas même le tsunami ni la Société Méditerranée de Démolition qui a superbement taillé en pièces le Charcot, n’arrivait à déloger du JT de TF1. La fille, campée par Sarah Forestier, héroïne de L’Esquive de Abdellatif Kéchiche et César du meilleur espoir féminin il y a très longtemps, mit son point d’honneur à devenir l’espoir de la meilleure présentatrice télé. Pour cela, elle s’inscrit dans la meilleure école de journalisme de France et de Navarre : j’ai nommé l’ESJ Lille. Manque de pot, le jour où elle débarque dans la capitale du Nord-Pas-de-Calais, ça tourne au drame. Il pleuvait des corps, pardon, des cordes. Sarah Forestier donc, alias Nadine Abrams, revient dans ce trou du Nord à la demande de son grand-père déposer une gerbe de fleurs à la mémoire de cette mère teigneuse jouée jadis par Line Renaud alias Madame Bailleul, la mère de Antoine Bailleul alias Dany Boon, morte depuis. Elle était venue en même temps y chercher la baraka, argua Philippe Abrams. Et voilà que, sous une pluie battante, elle percuta de plein fouet un jeune homme qui s’avéra être le fils de ce brave Antoine Bailleul, le claironniste de Bergues. Le rôle du fils est censé être tenu par le comédien Benoît Magimel. Nadine Abrams descend affolée de la voiture sous une averse de plus en plus forte, une giboulée de tonnerre de dieu qui cinglait férocement contre le pare-brise, et au moment d’examiner le corps de sa victime, sur qui elle tombe ? sur un vieux chérubin qui ressemble comme deux gouttes d’eau de pluie du Nord à SAJ. On dirait même que c’est lui. La tête de ma mère que c’est lui, c’est SAJ ! s’écrie à nouveau Omar Le Homard en serrant ses deux fils Farid et Fred de ses gros bras poilus de malabar. Oui. SAJ avait le visage ensanglanté sous les bah du public et la stupeur de Zak qui crut reconnaître, il ne rêvait pas, il ouvrait les yeux comme ça, j’étais là, le visage en sang de son grand-père tel qu’il avait été retiré des décombres de Charcot, et agonisant à l’ombre du cèdre. Zak avait alors tout juste huit ans quand ce drame était arrivé mais il se souvient de tout comme moi qui ai tout vu me souviens de cette scène-là, de l’ébahissement de Sarah Forestier, et de l’étourdissement du cèdre dix ans auparavant, et de la stupeur des corbeaux dont les croassements firent peur aux pigeons plus que la détonation elle-même.&lt;br /&gt;12&lt;br /&gt;Zak crut à une mauvaise blague et explosa en fureur. Il n’était pas le seul. Ce phénomène finit par agacer tout le monde. Excédé par tout ce cinéma – au sens le plus péjoratif du terme – Abdel Le Brêle prit son canif, et d’un coup sec, défigura le siège en skaï qui ne voulait pas décoller. Le cinéma entier, avec ses rideaux en velours, ses murs capitonnés, ses escalators mécaniques, ses toilettes chics, ses alcôves sexy, son bar design, ses affiches de films célèbre, ses posters de stars internationales, ses ambiances feutrées et son petit salon lounge très hype au fond, n’était plus à son tour qu’un cinéma HLM. Si la féerie ne fonctionne pas, à quoi bon tout ce cinéma, songea-t-il en VO. Oui, à quoi bon tout ce fard et tout ce clinquant si, au final, ça ne décolle pas, resongea-t-il en derby stéréo. Bientôt, Cristobal, Benjamin, Hocine et Enzo Macaroni se joignirent au commando des spectateurs séditieux. Un autre siège se vit défiguré, et un autre qui se voit arraché, et un autre vidé de ses chiffons, de son tas de Réel glauque dont ses entrailles sont honteusement rembourrées tels une nymphette qui mettrait un soutien-gorge plus grand qu’elle avec des boules d’éponge dedans. Les cris fusent dans la salle, les esprits chauffent, la colère gronde, on sonne l’insurrection. Le service d’ordre s’en mêle. Il s’avoue très vite dépassé. Quelqu’un a sorti son briquet. Seigneur, non ! Il va mettre le feu à la salle. Hakan Kebab se jette sur lui. Vite ! L’extincteur ! Affrontements entre un videur et Hocine de la barre Lamartine. Les jeunes en furie taguent tout sur leur passage : l’écran, le bar, les toilettes, tout. Echanges passionnés d’insultes, bastonnades, volées de bois vert ; un gars zigouille les pneus de la jolie caisse garée dans le parking derrière, en contrebas du petit immeuble élevé sur les décombres du François-Rude. Une autre voiture prend feu, et bientôt, plus rien ne va arrêter les insurgés. Le Cinérama avait pourtant bien fonctionné, hein ? Il faisait bien son rôle de nounou pour ados survoltés. Là, plus de cinoche, plus de printemps, plus de festival, plus de Foire aux Remakes ni de Fête aux Parodies. Bientôt, les CRS quadrillent le Cinérama et très vite, le quartier entier est sous surveillance policière. Il a fallu mobiliser les forces spéciales de la police pour empêcher les rebelles de mettre le feu au cinoche. Cellule de crise à la mairie. Le gérant du Cinérama est désespéré. Son affaire coule. Il menace de déposer le bilan « et adieu les joies du cinéma de proximité » menace-t-il. Un projet cher au maire.&lt;br /&gt;Sur son blog (chenovebondyblog), Myriam Albanot, la reporter amateur du quartier, consignait les moindres détails de ces jours houleux, les moindres péripéties de cette affaire qui prenait à présent les proportions d’un mystère national. Elle postait d’heure en heure, pêle-mêle, les photos des voitures en feu, les bastonnades, les barricades, et les cris de révolte des insurgés. En revanche, aucune des photos ou vidéos prises dans les salles obscures au moment où ces images bizarres venues de temps lointains venaient interférer avec celles du film en un « fondu-déchaîné » saisissant. Il ne fallait surtout pas s’attendre à voir Le Fantôme de Charcot dans ses œuvres et sa bouille irréelle postée sur Youtube. Sitôt l’image prise, on n’y voyait que le plan originel du film, et point de trace de ces intrusions en noir et blanc dans le boîtier.&lt;br /&gt;Les médias s’emparèrent du sujet ainsi que des oiseaux prédateurs fondant sur leur proie. Le Bien Public (comme toute la presse régionale et bientôt nationale) en fit ses choux gras. Le compte-rendu de l’envoyée spéciale du grand quotidien bourguignon donne froid dans le dos.&lt;br /&gt;13&lt;br /&gt;BIENVENUE CHEZ LES CH’TIS III&lt;br /&gt;Images étranges et montage macabre au Cinérama de Chenôve&lt;br /&gt;« L’arrivée de Bienvenue chez les Ch’tis III à Chenôve, un film attendu avec impatience par le public chenevelier, aura finalement pris une tournure abracadabrante. Le premier volet avait réalisé, rappelle-t-on, un record en France avec 20 millions d’entrées à sa sortie en 2008, tandis que le volet II, réalisé en 2012, caracolait au sommet du box office avec néanmoins un chiffre inférieur : 15 millions de tickets vendus. Malheureusement, le public, venu nombreux assister à la projection, en était pour ses frais. Les spectateurs ont été surpris de voir des images étranges interférer avec le film. On voit la petite-fille de Philippe Abrams percuter Benoït Magimel, et la seconde d’après, c’est le vieux SAJ qui apparaît.&lt;br /&gt;C’était un personnage emblématique du quartier du Mail dont les initiales renvoient à son nom, lui-même insolite : Slimane Aimé Jobim. Originaire d’Afrique du Nord, il avait, selon Pascale, une de ses anciennes voisines et néanmoins amies, participé à la guerre de 39 contre les nazis. Il était cheminot, précise un autre de ses anciens collègues. Il avait été mobilisé d’Algérie et enrôlé dans le régiment des Tirailleurs maghrébins. Mortellement blessé, il resta à Chenôve jusqu’à la Libération et s’établit ainsi en France. Il s’occupait de la ferme sur les ruines de laquelle fut élevé l’immeuble Charcot. Dans ses hallucinations, il affirmait, ajoute un témoin, qu’il avait été compagnon de voyage de Jean-Baptiste Charcot et son bateau Le Pourquoi-Pas ? qui avait exploré l’Antarctique dès la fin du 19ème siècle. Tous s’accordent à dire que c’était un personnage fantasque. Aux derniers jours de sa vie, Slimane réunissait les enfants du quartier au pied du cèdre dressé en face de l’ex-barre Charcot et leur racontait des histoires. Sa disparition fut brutale et avait suscité une vive émotion dans le quartier du Mail.&lt;br /&gt;Dans la salle, d’aucuns ont confirmé sans peine que le personnage renversé par Sarah Forestier était bel et bien Slimane. Au reste, l’analyse faite par le laboratoire de la police scientifique de Dijon corrobore bien cette hypothèse et affirme que c’est effectivement la même personne dont le corps avait été découvert gisant au pied du cèdre le jour de la démolition de l’immeuble. Notons que ce phénomène survient dix ans jour pour jour après la démolition de la barre Charcot. L’incident, rappelle-t-on, était clos, l’autopsie ayant conclu à l’époque à une mort par « traumatisme émotionnel » et guère des suites de l’implosion elle-même.&lt;br /&gt;Quoi qu’il en soit, la fête était gâchée hier, au Cinérama de Chenôve. L’effroi gagna la salle à la vue de cette image effarante, et dans le public, les commentaires et les explications – parfois fantaisistes – sont allés bon train. Certains évoquèrent même la possibilité d’un poisson d’avril de mauvais goût. On conclut à un montage macabre avec la complicité des employés du Cinérama. D’autres ont parlé de « malédiction de Charcot » et ont même cru voir dans ce phénomène la main de quelque esprit maléfique baptisé d’ailleurs « Le Fantôme de Charcot ». Pour eux, il ne fait pas de doute que « le cinéma est hanté ». L’implantation de ce cinéma multiplexe sur les décombres de Charcot avait, se souvient-on, provoqué force résistances à l’époque dans le quartier du Mail. La direction du cinéma a crié au sabotage. Toujours est-il que la qualité du montage demeure troublante. L’actrice Sarah Forestier, en soulevant le corps percuté, poussa elle-même un cri de frayeur en ramassant le corps de SAJ au lieu de celui de son partenaire qui devait lui donner la réplique dans le film, le comédien Benoît Magimel. Des escarmouches ont été enregistrées à l’interruption de la projection suite aux sifflements du public. Plusieurs arrestations ont été signalées parmi les semeurs de troubles. Affaire à suivre…»&lt;br /&gt;Elizabeth Eluard&lt;br /&gt;14&lt;br /&gt;De son côté, France 3 Bourgogne consacra un reportage aux « fantômes médiévaux » et autres « étrangetés gothiques », compile de témoignages recueillis auprès des habitants de nombreux villages de la campagne bourguignonne où l’on croit voir des « ombres malfaisantes » qui se dresseraient derrière toute sorte de phénomènes supposément surnaturels, allant d’une mauvaise récolte enregistrée en l’an 1956 jusqu’à une pressée miraculeuse ou des cépages douteux. Tout y passait. « La psychose a gagné toute la Côte d’Or et bientôt, le phénomène s’est répandu jusqu’en Franche-Comté et même au-delà. Des phénomènes « bizarres » nous sont ainsi signalés dans nombre de châteaux médiévaux où l’on croit voir des fantômes, des spectres de prétendus Chevaliers de la Table Ronde harnachés avec panache et autres apparitions romancées des Ducs de Bourgogne ! » ânonne le commentateur d’un sujet diffusé dans le 12/13 avant d’être promu à l’édition nationale devant la bonne réaction de l’audimat.&lt;br /&gt;15&lt;br /&gt;Sur Chenôve News Network (surnommée CNN-Bourgogne), une chaîne TNT, diffusion d’une enquête où Myriam, la bloggueuse de tout à l’heure devenue reporter pour de vrai, raconte : « L’enquête se poursuit sur les mystérieux phénomènes qui ont mis toute la Bourgogne en émoi. C’est la psychose. Voici quelques témoignages cueillis sur le vif dans plusieurs villages. » Le sujet est tellement bien ficelé que Myriam réussit à le vendre au célèbre magazine de reportages de France 2, Envoyé Spécial. Il est diffusé le jeudi d’après. « C’est une enquête exclusive signée Myriam Albanot » annonce solennellement Françoise Joly, la co-présentatrice de l’émission, flanquée de son éternelle collègue Guilaine Chenu, devenue grand-mère comme sa compère. Myriam suivait tout cela avec sa famille en exultant. Elle n’était pas peu fière de sa fulgurante ascension dans le gotha médiatique. La reporter chevronnée nous emmène d’abord dans un château des Nuits Saint George où un vieux affirme avoir vu surgir un personnage « exotique » (sic) de la Confrérie des Chevaliers de Tastevin dans sa version de 1934, année de sa création. Un autre a cru voir un épouvantail danser comme un échassier, juché sur ses pieds de bois. « Décidément, chacun arrive avec ses histoires de fantômes. Certains villages se sont vidés de leurs habitants, simplement pour avoir entendu des rafales de vent inhabituelles pour la saison » poursuit la journaliste, images de terrain à l’appui, montrant une bourgade complètement désertée, dont les maisons, tristement vides, arborent des volets condamnés. Dans un autre village, à Chateauneuf en Auxois, au donjon de ce château médiéval daté du 12 siècle, on nous montre un habitant qui affirme avoir vu de ses propres yeux les silhouettes de Philippe Le Hardi et de Pépin Le Bref. Là, un paysan soutient mordicus avoir aperçu un sénéchal revenant d’une partie de chasse avec sa cour, tandis qu’une vieille dame du village de Romagne témoigne de dos, le visage flouté et le timbre déguisé en voix d’homme, en disant entendre des voix étranges la nuit, des voix qui tournaient par moment au brouhaha, ajoutait-elle, et qui provenaient d’une ancienne commanderie de l’Ordre des Templiers. On se croirait dans un épisode des Trois Mousquetaires ou quelque aventure rocambolesque de Don Quichotte, commente Myriam. En parlant de Don Quichotte, un élève du collège Henry Berger de Fontaine-Française soutient face caméra, quant à lui, les cheveux gominés et des Ray Ban sur le crâne, avoir vu la sculpture métallique de Don Quichotte réalisée par le sculpteur argentin Carlos Regazzoni, se détacher de son socle et se mouvoir avec fracas, avant de se donner en spectacle dans un rodéo effréné. Le chevalier métallique et sa monture forcenée auraient pris ensuite la clé des champs, selon le même témoin stylisé, pour aller gambader au loin, dans les vastes contrées de notre divine Bourgogne.&lt;br /&gt;C’était Myriam Albanot en direct du Réel Onirique.&lt;br /&gt;16&lt;br /&gt;La police des Cinoches fut alertée. Elle inspecta la salle de projection, engagea une équipe de la série NCIS. Rien à faire. RAS. Des flics en combinaison de cosmonautes passèrent au crible toutes les bandes. Il n’y avait aucune anomalie patente. Ils passèrent des jours entiers à visionner les films. Tout se déroulait bien. Ils inspectèrent les fonds d’écran, vidèrent les fonds de bouteille, firent mariner les bobines dans du liquide phosphorique, firent soumettre les projectionnistes au détecteur de mensonges, rien n’y fit. Le mystère demeurait total et l’énigme têtue.&lt;br /&gt;17&lt;br /&gt;Et le commissaire Jacques Grisou de la BAF, la Brigade Des Affaires Farfelues, fut fatalement saisi de l’affaire.&lt;br /&gt;18&lt;br /&gt;Il n’en fallut pas plus pour exciter l’orgueil du commissaire Grisou, le fin limier de la BAF. Il ramona son nez deux minutes, un tic qui lui était plus cher que la cigarette ; s’en alluma une, justement, de cigarette, fit un tour autour du cinéma multiplexe, un deuxième tour, plus long, autour des tours et des barres alentour, revint sur ses pas, écrasa le mégot à moitié consumé, et dit : « Hum ».&lt;br /&gt;19&lt;br /&gt;Le commissaire Grisou, visage bouffi, yeux cernés, une carrure de catcheur ravagé par l’alcool ; parfaite caricature du mauvais flic ayant une montagne de remords sur la conscience, genre…Daniel Auteuil dans MR73 en pire, n’était pas près de jeter l’éponge, loin s’en faut. Il s’engagea même à élucider cette affaire avant la prochaine réunion du Comité de sécurité de la ville, réunion prévue dans trois jours. Il ne lui restait plus qu’une demi-lune avant l’expiration du challenge. Il s’isola dans la salle de projection et demanda à revoir le film. « Mais, commissaire… », « Quoi maiiiiis ? Vous êtes une chèvre ou quoi ? », maugréa-t-il, de mauvais poil. Une bouteille de Coco-Collo (comme on dit en ch’ti) et un sandwich jambon aux fromage dans sa besace, il se mit en devoir de visionner le film. Il le revit au moins cinq fois. RAS. Tout ce que racontaient les connards de journaleux était bidon, rageait-il. Il revoyait au ralenti, pas à pas, seconde par seconde, la scène où Sarah Forestier percutait sous une pluie battante le piéton ch’ti dès son arrivée à Bergues. Quand le pauvre bougre sortait sa tête du capuchon sous la pluie diluvienne, c’était toujours Benoît Magimel qui apparaissait, jamais SAJ.&lt;br /&gt;Le commissaire Grisou s’affala sur son siège, avec sa grosse bedaine de porc, et se mit à ronfler, justement, comme un porc. Il est 1h du matin. On a essayé de le réveiller, il grommela des injures et, dans un sursaut de bête fauve, sortit son flingue dans la gueule du videur sans s’en rendre compte. Réflexe de vieux baroudeur. Soudain, à un moment donné, il fut éveillé par le cri hystérique de Sarah Forestier percutant de plein fouet un type en K-way rouge sous une pluie violente avant de l’envoyer valdinguer sur la chaussée. De ses yeux entr’ouverts, il entendit la voix de Sarah Forestier hurlant : « Benoît ! Benoît, c’est pas drôle » puis « Ahhhhhhh ! » Et là, le commissaire voit enfin, de ses propres yeux, le visage de SAJ écrasé, ensanglanté, enserré dans les mains de la pauvre comédienne. « Monsieur ! Monsieur ! » « Mon Dieu, Benoît, où es-tu ? Benoît, qu’est-ce que j’ai fait ? Dany, arrête le tournage, j’ai écrasé un Ch’ti, un vrai, arrête ch’tai dit ! » qu’elle criait la demoiselle.&lt;br /&gt;Jacques Grisou avait lui-même enquêté, dix ans auparavant, sur la mort, dans des circonstances mystérieuses, du dénommé Slimane Aimé Jobim suite à la démolition de la barre Charcot. Il se souvient comment, dès le début, cet homme avait fait le mariole en empêchant tout le monde de dormir pendant plusieurs nuits de suite parce que Monsieur ne voulait pas quitter son appartement qu’il appelait sa vigie, lui qui s’imaginait, un peu patraque de la tête, un peu maboule, le timonier du Pourquoi-Pas ? le bateau du commandant Charcot. Et quand on avait réussi, à grand-peine, à le déloger, le vieux SAJ un peu – et même un peu trop – fou, alla trouver refuge sur la plus haute branche du Cèdre Totémique et n’en bougea plus. Même les pompiers ne parvinrent pas à le déloger car il menaçait à chaque fois de se jeter à la mer (sic) et aux requins du Pacifique. Et pour couronner le tout, le jour J, il nous légua un cadavre horrifiant en lieu et place du SAJ barje qu’il était. Mamamiya ! Ce n’était pas du 35mm, c’était un macchabée grandeur nature. Grisou se souvient de ce visage. Ce visage ensanglanté, recouvert d’hématomes, les yeux éteints, le regard tourné vers le ciel et comme souriant au cèdre.&lt;br /&gt;Le commissaire Grisou poussa un cri de triomphe et, excité comme un taureau en chaleur, il bondit de son siège en tapant sur le dossier de son fauteuil avant de gagner la sortie en trombe. Jacques Grisou avait sa petite idée derrière la tête. A 1h du matin, il alla frapper à la porte de la vieille Maria Alzira Lobo Antunès de Sousa, la voyante portugaise de la Tour Renan.&lt;br /&gt;Qu’il est long ton nom Maria, diable qu’il est long, fulmina-t-il en frappant à la porte de la mégère apprivoisée.&lt;br /&gt;20&lt;br /&gt;Il alla taper à sa porte, au 8ème étage de la Tour Renan où elle avait été relogée. SAJ était naguère son voisin d’étage à Charcot. C’étaient les meilleurs amis du monde, et cette vieille mégère que tout le monde redoutait pour ses pouvoirs cabalistiques, SAJ, lui, ne décampait jamais de chez elle. Il était même le spectateur le plus assidu de ses séances de spiritisme. Il se souviendra à jamais de ces séances chamaniques où, pour avoir une image plus nette de ce qu’elle nommait dans son idiome biscornu « La Sphère des Anges Déchus », elle avait disposé un vieux transistor, une console de jeux vidéos, un écran d’ordinateur antédiluvien ainsi qu’une télé reliée à une antenne parabolique, au milieu d’une panoplie de bric et de broc. Il pouvait alors voir, il en était témoin, des silhouettes bouger sur son écran, des voix qu’on eût dit d’outre-tombe, fuser du transistor, et il suffisait qu’elle remuât de quelques degrés son antenne pour qu’un revenant prît la parole devant un aréopage de spectres affreux comme dans le clip « thriller » de Michael Jackson, lui-même fantomatique et effrayant. On dirait une conférence de presse pour ectoplasmes et spectres loqueteux.&lt;br /&gt;Le commissaire Grisou n’hésita pas une seconde à frapper (ou sonner) à la porte de Maria de Sousa pour faire court, et j’aurais écrit « n’hésita pas à tirer de son sommeil Maria de Sousa pour faire court » qu’il eût surgit de derrière mon écran d’ordinateur pour me corriger en hurlant : « Et depuis quand les sorcières dorment, espèce de mauvais scribouillard! » (Il faut croire qu’il a coécrit le scénario de notre monde, c’est pour ça que ça pue le camembert pourri et le désamour des hommes plaqués par leurs femmes et boudés même par les putes).&lt;br /&gt;« Qui va là ? Vi né voyé pé qu’y é tar ? » hurla la voyante portugaise en entrecoupant ses cris de jurons lusophones taillés toutefois dans une langue qui n’est pas tout à fait celle de Fernando Pessoa. On dirait du portugais du Brésil. Je crois savoir d’ailleurs, moi qui sais tout de la vie de ces gens, que c’est elle, oui elle, Maria Alzira Lobo Antunès de Sousa, qui ajouta « Jobim » au nom de SAJ, sur un air de bossa-nova. Le fait est que c’est une grande fan de Tom Jobim. (Gaorta de Ipanema…fredonne le narrateur…)&lt;br /&gt;En reconnaissant la bobine de ce visiteur nocturne, elle se dégonfla avant de lancer :&lt;br /&gt;Ah, c’est vous ? Vous avez mangé votre montre ou quoi ? (avec un fort accent brésilien).&lt;br /&gt;Tu as les portugaises ensablées ou c’est juste pour me faire chier ?&lt;br /&gt;Mi Missiou Grézou, vé avé vé l’hére ?&lt;br /&gt;Zaâma comme si vous dormiez ! Je parie que vous êtes en pleine séance de tchat avec les Internautes de l’autre monde.&lt;br /&gt;21&lt;br /&gt;Maria le suivit non sans éructer quelques prières fulminantes, en maudissant Satan. Ce n’est pas la première fois qu’elle se mêlait des affaires louches. Elle était même grassement payée pour cela. Et puis, elle le lui devait bien. Sous ses dehors ronchons, Jacques Grisou n’était pas un grizzly mal léché. Il était même intervenu une fois pour tirer d’affaire son ami Miloud, un clando qui lui faisait les courses, et qu’elle hébergeait quelquefois.&lt;br /&gt;Maria de Sousa s’installa dans le cinéma. Il pleuvotait sur Chenôve. On envoya la bobine. Maria passa ses mains sur l’écran, sur les sièges, sur les murs capitonnés et les rideaux de velours. « Slimane, tu es là ? Je sais que tu es là. Réponds-moi. » Elle fredonnait en sourdine One note samba de Tom Jobim et Frank Sinatra. Elle visionna le film, et à la scène dite, Benoît Magimel remplit le plus normalement du monde son contrat. Le même scénario se répéta une dizaine de fois. Maria sortit bientôt le grand jeu. Encens, vapeurs, formules incantatoires. Rien n’y fit.&lt;br /&gt;Soudain, une voix. Une voix commerciale entonna : « Mot de passe erroné. Merci de réessayer. » Maria bredouilla encore des sons et réessaya derechef. Elle trouva le bon code mais au moment d’envoyer la communication, problème : « Votre forfait Wanadoo Outre Monde a expiré. Veuillez recharger votre conte » reprit la voix. Elle retenta de nouveau. « Vous ne pouvez pas effectuer cet appel, votre forfait Open Mondes a expiré. Veuillez recharger votre conte » insista la voix robotique. La vieille gitane s’empressa de recharger son crédit appels outre-tombe et reformula sa demande.&lt;br /&gt;« Qu’ils sortent, qu’ils sortent tous. Je ne veux que toi ! » fit brusquement une voix caverneuse. Maria semblait être la seule à l’entendre. Pendant ce temps, le commissaire piaffe d’impatience. A un moment donné, l’image de SAJ apparut sur un écran, d’abord brouillée, ensuite nette. Maria s’empara d’une espèce de télécommande et de son vieil transistor. Elle s’ingénia ainsi à régler l’image et le son. Elle parvint au prix d’un effort envoûtant à établir définitivement le contact avec le vieux SAJ. Et sans coupure publicitaire s’il vous plaît !&lt;br /&gt;Le visage de SAJ emplit soudain toute la salle. Il avait les cheveux blancs, la moustache en croc, le teint mat et les yeux noirs, petits. Il avait une barbichette poivre et sel comme celle du commandant Charcot et portait une casquette de marin comme son maître. L’image vacilla à nouveau, alors, à l’aide de sa télécommande, Maria chercha de nouveau la bonne fréquence jusqu’à ce que l’hologramme de SAJ se fût stabilisé. Il se présenta net comme le jour, sous les yeux éberlués de Grisou.&lt;br /&gt;Maria ? Ma vieille voisine du 69, la Portugaise ?&lt;br /&gt;Oui, c’est elle-même. Comment allez-vous mon ami ?&lt;br /&gt;Bien, bien. Qu’est-ce qui me vaut l’honneur de votre visite ? Pourquoi venez-vous importuner un pauvre mort dans son sommeil éternel ?&lt;br /&gt;Vos anciens voisins se plaignent de vous. Toute la ville est en émoi depuis que vous faites ces choses au cinéma. On en parle même à la télévision. Pourquoi ne les laissez-vous pas tranquilles ?&lt;br /&gt;S’ils ne salissent pas mon vieil appartement, ne foutent pas leur mayonnaise partout et ne fument pas en cachette dans les toilettes, j’arrête mon cinéma.&lt;br /&gt;C’est tout ? Alors, marché conclu !&lt;br /&gt;Marché conclu quoi. Ils vous ont relogée, vous ?&lt;br /&gt;Ben oui. Même que j’ai une vue sur la mer, et j’ai augmenté mes tarifs tellement ma clientèle s’est enrichie avec tous ces touristes ramenés par la Route des Vins.&lt;br /&gt;Tu viens me réveiller de ma mort pour me faire une page de pub ?&lt;br /&gt;Attends, je te passe le chef de la police, il veut te dire un mot.&lt;br /&gt;C’est qui, cet hurluberlu. Ah, c’est vous commissaire ? C’est bien vous, Grisou ?&lt;br /&gt;Le Commissaire prend peur. Il lève à peine les yeux vers l’écran. SAJ se met à le chambrer :&lt;br /&gt;Vous n’avez pas eu peur de m’examiner sous toutes mes coutures le jour de l’autopsie, vous avez même demandé à ce que mon crâne et mes viscères soient ouverts, comme si un bulldozer pouvait s’y cacher, et maintenant, vous faites votre petite vierge effarouchée devant un pauvre fantôme qui n’a même pas de sépulture décente où se reposer ?&lt;br /&gt;Mais…Mais vous êtes enterré au cimetière, l’un des plus beaux cimetières de Bourgogne. J’ai veillé moi-même à ce que vous ayez un caveau digne de vous.&lt;br /&gt;Mais moi, j’avais demandé à être incinéré et réduit en poussière comme Charcot. Et personne n’a respecté ma volonté. Alors, maintenant que mon esprit s’est réveillé, à vous de voir ce qu’il faut faire.&lt;br /&gt;Vous voulez juste être incinéré, c’est tout ?&lt;br /&gt;22&lt;br /&gt;Arrive Zak Le Black. Il rôdait dans le quartier et fut alerté par les voix qui montaient du Cinérama.&lt;br /&gt;Et vous, que…que faites-vous là, ho ?&lt;br /&gt;Laissez-le. C’est moi qui lui ai demandé de venir. C’est mon filleul, et vous n’avez pas intérêt à l’emmerder.&lt;br /&gt;Grisou se grisa et risqua cette rodomontade :&lt;br /&gt;Eh, mon vieux, autant vous dire tout de suite que je ne crois pas aux fantômes. Alors, c’est quoi votre truc, accouchez ?&lt;br /&gt;Voilà ce que j’appellerais une approche intelligente du sujet. Attrapez-moi si vous le pouvez.&lt;br /&gt;Mince ! Il a raccroché l’enfoiré !&lt;br /&gt;On ne parle pas comme ça à un fantôme ! Vous l’avez vexé, c’est normal.&lt;br /&gt;Maria dut renégocier avec SAJ. Elle actionna sa télécommande magique. Au bout d’un moment, il reparut. Aussitôt, Grisou, irascible comme il était, l’accabla de nouveau :&lt;br /&gt;Mais vous êtes mort, je ne rêve pas, je vous ai découpé moi-même en morceaux via la tronçonneuse du médecin légiste !&lt;br /&gt;C’est mon ami le Cèdre Totémique, le Cèdre qui veille sur le Temps et qui veille sur Charcot, qui m’a prêté son âme, ça vous va comme explication ? Il m’a irrigué de sa sève et je me sens revigoré comme si j’avais 20 ans.&lt;br /&gt;D’accord, d’accord. Trêve de blabla, sinon, vous allez me chanter que le Cèdre est le monteur en chef qui a truqué tous ces films. D’ailleurs, pourquoi faites-vous cela ? Vous ne voyez pas tous les problèmes que ça nous a crées ?&lt;br /&gt;Quels problèmes ?&lt;br /&gt;Les jeunes qui n’ont plus où aller, les voitures qui brûlent, vous ne captez pas TF1 là où vous êtes ?&lt;br /&gt;Des clichés. On a appelle ça des « clichés ». Vous n’avez pas vu Bienvenue chez les Ch’tis ?&lt;br /&gt;Et même « Bienvenue chez les Bonbis ! »&lt;br /&gt;Waw ! ça, c’est un titre, s’exclama soudain Zak Le Black, comme tiré d’un profond coma debout.&lt;br /&gt;Qu…quoi ?&lt;br /&gt;Grand-père, dites-leur.&lt;br /&gt;Je leur dis quoi ?&lt;br /&gt;Bienvenue chez les Bonbis ! Voilà un truc mortel pour mon stand-up. C’est grave ouaâr, votre titre, M’sieur le Poulet, ça déchire, vous me le prêtez ? Je vous le rendrai l’année prochaine, promis-juré !&lt;br /&gt;Maria de Sousa crut bon d’intervenir pour apaiser la situation :&lt;br /&gt;Et si tu nous disais maintenant ce que tu attends de nous pour goûter à la paix de l’âme, Slimane. Moi, tu peux tout me dire, hein, tu te souviens ?&lt;br /&gt;Je me souviens surtout de la grande canicule quand Aicha avait acheté ce jacuzzi gonflable, et que tu as failli te noyer dedans. Sans moi, tu aurais coulé.&lt;br /&gt;Oh, là, là ! Où est-ce que tu es allé chercher ça, vieux spectre vicelard ?&lt;br /&gt;Tu me l’as bien rendu en tout cas. C’est toi qui me déposais la nourriture au pied du cèdre.&lt;br /&gt;Tu ne voulais pas descendre. Ils avaient même jeté une grande échelle pour te ramener à terre, rien à faire. Les travailleurs de l’entreprise de démolition sont devenus tes copains.&lt;br /&gt;Ils y étaient pour rien, eux. Même le commandant Charcot leur aurait pardonnés.&lt;br /&gt;Oui, après tout, Pourquoi-Pas ?&lt;br /&gt;Le Commissaire Grisou s’impatiente. Il titre une énième cigarette avant de reprendre :&lt;br /&gt;Trêve de photos de famille. C’est pas les repas de quartier ici, OK ? Et si tu nous disais pour de bon ce que tu attends au juste de nous, pépé. Quelles sont tes revendications ?&lt;br /&gt;Mes revendications ? Poh poh poh ! Les grands mots. Moi, je ne demande rien. Je veux juste qu’on arrête de profaner mes restes. Demandez plutôt à Zakaria. Zak, demande ce que tu veux, c’est l’occasion ou jamais !&lt;br /&gt;Je te l’ai dit : Bienvenue chez les bonbis !&lt;br /&gt;C’est tout ?&lt;br /&gt;Oui, je veux virer Jamel Debbouze et jouer ici Bienvenue chez les Bonbis.&lt;br /&gt;Et ça va parler de quoi ? Tu crois qu’il y aura un Philippe Abrams qui va cracher sur la Bourgogne et faire la grimace en buvant le Beaujolais Nouveau, ou bien faire son chichi en sifflant du Chablis ?&lt;br /&gt;J’ai ma petite idée.&lt;br /&gt;23&lt;br /&gt;Zak réunit toutes les bribes d’images, les scènes de la vie d’antan, emmagasinées dans la bobine à souvenirs de son grand-père putatif. Bientôt, tous les habitants du quartier se mirent de la partie. Ils sortirent chacun tout ce qu’il avait de photos de famille, d’archives mémorielles ou anecdotiques, de vieilles vidéos numériques et autres cassettes VHS de l’âge de bronze high-tech. On mit tous ces clichés bout à bout et cela donna la plus belle saga de l’immeuble Charcot. Le Cinérama se mua en une vaste auberge espagnole pour cinéma familial. Zak, en monteur futé et affûté, recolla tout cela avec la sève du Cèdre. Et le stand-up qu’il voulait tant monter se transforma en un vrai film à succès qui allait bientôt détrôner au box office Bienvenue chez les Ch’tis III. Le film eut un retentissement international et fut même racheté par la major de George Clooney. Il fit tellement de recettes qu’on eut assez d’argent pour rafistoler tous les immeubles du quartier, et l’on s’est même arrangé pour faire douze trous dans les tours de sorte qu’à tout moment, le soleil pouvait rentrer par les douze portes du jour comme au palais de l’Alhambra et rayonner tout autour sans avoir l’air de nous jouer un tour.&lt;br /&gt;24&lt;br /&gt;C’est ainsi que le Fantôme de SAJ ou de Charcot s’apaisa, et la paix revint régner dans le quartier, et sur les vignobles alentours, et dans les châteaux médiévaux et les donjons anciens. La sculpture métallique de Don Quichotte revint à sa place et les corbeaux se firent discrets. La ville ne connut plus de phénomène étrange, et Myriam ne parla plus que de choses ordinaires auxquelles elle s’évertua tout de même à chercher (en vain) quelque côté maudit ou lumineux. Abdel Le Brêle et sa bande reprirent leurs habitudes et il n’y eut plus ni bus brûlé, ni cinoche tagué, ni élu entartré. Pas plus qu’il n’y eut de dérèglement dans le déroulement des saisons : ni automne mauve, ni vendanges amères. On fit des bacchantes, on engagea une campagne publicitaire à 1 million d’euros pour réconcilier le public avec le Cinérama et on rémunéra grassement la vieille Maria Alzira Lobo Antunès de Sousa, tandis que Jacques Grisou fut promu commissaire en chef de la BAF, la Brigade des Affaires Farfelues. On fit une fête à La Maison des Aînés ; on fit une ode à Charcot et on lut une belle oraison, à titre posthume, à la mémoire de Slimane qui reposait, désormais, définitivement en paix. On déterra ses os et on lui aménagea une sépulture écolo, un caveau en roseau, au pied de son ami le cèdre, conformément à sa dernière volonté.&lt;br /&gt;Et le sépulcre en roseau devint un mausolée : le mausolée de Sidi Slimane Ben Charcot.&lt;br /&gt;25&lt;br /&gt;Je vous ai raconté, moi, le Cèdre, cette histoire, afin de faire honneur à l’épopée de mon ami SAJ et à son vénérable maître, le Commandant Charcot. A présent, avec votre permission, je vais regarder tranquillement Bienvenu Chez les Bonbis. Je n’ai ni grand écran, ni lecteur DVD, mais je peux compter sur les pouvoirs dont la nature nous a gratifiés, nous autres, les arbres hauts et dotés de la faculté de lorgner par les fenêtres. Il a fait du bon travail, ce diablotin de Zak, mon protégé, vous ne trouvez pas ? J’entends résonner la voix du commentateur au clap final ; on dirait la voix de SAJ qui me rend hommage comme si j’étais une vieille relique ou l’épave du Pourquoi-Pas. « Le Cèdre qui veille sur Charcot et qui veille sur le Temps déploya ses branches comme une tulipe qui éclôt, pour ouvrir ses larges bras verts au soleil. Et la lumière fut…»&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Chenôve, le 30 avril 2008&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;a class="sdfootnotesym" href="http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=7491219611317570600#sdfootnote1anc" name="sdfootnote1sym"&gt;&lt;em&gt;1&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;em&gt; Passage largement inspiré comme toute cette séquence, de la littérature « tchapagate » de mon ami l’écrivain Bônois Rachid Habbachi, particulièrement son livre intitulé : « Là où t’y as des mots, bessif t’y en as des gros ». Qu’il soit ici remercié. &lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-3739962136159424102?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/3739962136159424102/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=3739962136159424102' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/3739962136159424102'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/3739962136159424102'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/05/le-roman-de-charcot-la-nouvelle-de_11.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCcHrjJEPwI/AAAAAAAAAWk/NmGIu7dYU2U/s72-c/Photo+108.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-4141271471474210873</id><published>2008-05-11T07:28:00.001-07:00</published><updated>2008-05-11T07:42:59.817-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCcFsTJEPuI/AAAAAAAAAWU/MvZRnal3gWI/s1600-h/Aur%C3%A9lie.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5199130553433210594" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCcFsTJEPuI/AAAAAAAAAWU/MvZRnal3gWI/s400/Aur%C3%A9lie.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;LA NOUVELE DE AURELIE FERRARI&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Maman Charcot, Maman je t’aime&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;« C’était un jeudi, un pluvieux matin d’avril. Une terrible implosion gronda dans le ciel et, en un battement de cil, Charcot s’évanouit dans un nuage de poussière sous le regard embué de SAJ ».&lt;br /&gt;Mais faisons un saut en arrière dans le temps pour voir ce qui a traversé l’esprit de SAJ et le mien avant la destruction de Charcot. J’étais agrippée à son bras protégée sous son parapluie. Cette mort imminente n’était pas sans nous en rappeler une autre, celle de ma mère. Je m’appelle Aurélie, et ma rencontre avec SAJ date d’il y a plus d’un an et demi. Je parle de notre vraie rencontre, celle ou nous avons échangé plus qu’un bonjour ou un bonsoir. Je revenais de la clinique, le visage ravagé par les larmes. Je venais de quitter ma mère qui était hospitalisée à Chenôve pour une opération qui au départ devait s’avérer bénigne. Je ne sais pas comment j’ai parcouru le chemin qui me séparait de Charcot. Il ne me restait que mes réflexes pour arriver à mettre un pied devant l’autre, parce que consciemment, je n’en avais plus la force. Je devais avoir une dégaine effrayante, je suis sûre que j’ai du faire peur à tous ceux que j’ai croisé, mais ça je m’en foutais pas mal et de toute façon, je n’en avais pas conscience.&lt;br /&gt;Je grimpe avec difficulté les marches jusqu’à la porte de notre appartement lorsque je croise SAJ, mon voisin de palier. Je n’avais aucune envie de m’étendre en politesses et en salamalecs divers. Je baragouine tant bien que mal un « bonjour » un peu sourd, et SAJ, que je ne connaissais pas m’a arrêté dans le couloir. Il ne s’est pas contenté de me dire bonjour, non, il s’est campé devant moi et m’a saisi par les épaules. L’effet de surprise a stoppé mes larmes car je ne m’attendais pas à un tel acte de la part d’un inconnu. Je ne comprenais pas ce qu’il me voulait. Où plutôt, si, je comprenais. Du haut de ses 1,90 m (au jugé, c’était vraiment un grand homme, dans tous les sens du terme), et il en imposait.&lt;br /&gt;« Qu’est-ce qu’il se passe, parle moi… » Je n’avais aucune raison de me confier à un inconnu, mais là, à cet instant précis, c’était le père que je n’avais jamais eu, le confident dont j’avais besoin, là, maintenant, tout de suite. J’étais sous le choc, j’ai ravalé mes sanglots et le premier mot qui est sorti, c’est celui que ma mère, du fond de son lit d’hôpital m’a rapporté, le diagnostic fatal, ce gros mot, ce coup de poignard dans le cœur : « CANCER ». Nous étions là, tous les deux dans ce couloir, et moi je lui racontais ma vie qui s’écroulait. Et ça me faisait du bien. M’ouvrir sur l’extérieur, voilà quelque chose de nouveau pour moi.&lt;br /&gt;Je suis arrivée à Charcot à l’âge de 5 ans, avec ma mère. Mon « géniteur » venait de nous laisser tomber, nous avions quitté la maison familiale pour nous installer ici afin de nous reconstruire, vivre et grandir. Nous avons vécu en vase clos, en autosuffisance. Nous n’avions besoin que l’une de l’autre pour vivre. C’était plus que ma mère, c’était tout, ma moitié. Et là, en un fragment de seconde, tout mon univers foutait le camp. Je ne sais pas combien de temps nous avons passé dans ce couloir, mais ça m’a fait un bien fou. Il m’a écouté, et en fait, c’était tout ce dont j’avais besoin.&lt;br /&gt;Je passerais sur l’année de maladie et d’agonie de ma maman. L’année la plus horrible de toute ma vie. 365 jours de souffrances dissimulées, de larmes étouffées, de fausse bonne humeur, de petits morceaux de courage intercalés de grandes phases de désespoir. Comment soutenir sa maman, la rassurer, quand soi-même on n’en mène pas large et qu’on est morte de trouille. Et ben on fait comme on peut, on fait et puis c’est tout ! Moi j’essayais de lui faire plaisir en lui concoctant ses petits plats préférés. J’adorais faire à manger. Moi qui montre et exprime peu et mal mes sentiments (je suis un peu une handicapée du cœur), chaque plat, c’était ma façon à moi de dire « je t’aime ». Malheureusement, dès que je me mettais aux fourneaux, j’avais toujours en arrière pensée que c’était peut-être la dernière fois qu’elle mangerait de tel ou tel plat. De quoi vous flinguer tout entrain culinaire ! D’ailleurs, la dernière chose que ma maman ait mangé, c’est une part de ma célèbre tarte aux pommes. Je ne sais pas si elle avait encore bien conscience de ce qu’elle mangeait, mais en tout cas, ça a été ma dernière preuve d’amour mangeable. A noter que depuis ce jour, je n’ai plus jamais refait cette tarte. Quand les docteurs m’ont dit d’arrêter de lui donner à manger, j’ai vraiment su que c’était la fin. Effectivement, elle est morte ce soir là, à 23h30, dans mes bras. Là était ma dernière preuve d’amour réelle, la tenir tout près de moi pour la rassurer et l’accompagner dans son dernier voyage. A son dernier souffle, j’ai hurlé. Oui, moi qui suis d’ordinaire d’un naturel discret, j’ai hurlé tout ce que j’ai pu, comme si tout ce que j’avais retenu pendant un an sortait à cet instant précis. Les médecins et les infirmiers m’ont calmé comme ils ont pu, assez difficilement je dois dire. Une fois les premières démarches faites et s’êtres assurés que je ne ferais pas de bêtise, ils sont tous partis et m’ont laissé seule, en face à face avec le corps de ma mère, déjà préparée et habillée de sa plus belle tenue. Elle qui était si élégante, je l’ai faite la plus belle possible, c’était important.&lt;br /&gt;Mais peu de temps après le départ de la dernière infirmière, j’ai entendu qu’on toquait doucement à ma porte. Tu m’étonnes, avec tout le raffut que j’avais fait, pas surprenant qu’on vienne voir ce qui se passe. Je vais ouvrir, sans réfléchir plus que ça qu’il est minuit passé et que je suis seule avec ma mère morte, allongée dans le salon sur un lit médicalisé. C’était SAJ. Je l’ai fait rentrer. Nous n’avons pas eu besoin de mots. Il savait très bien ce qui c’était passé. Il a aperçu ma mère. Il s’est découvert (il portait toujours un étrange petit chapeau sur la tête), et s’est avancé vers ma mère pour lui rendre un dernier hommage. Je n’ai pas compris ce qu’il disait, car il s’est adressé à elle en arabe pendant des minutes qui m’ont semblées bien longues. Après nous sommes allés nous réfugier au chaud dans la cuisine (porte fermée et gaz ouvert pour faire monter la température car j’avais du ouvrir les fenêtres et éteindre le chauffage, conservation du corps oblige, et au mois de février, ça caille vraiment). Nous avons alors beaucoup discuté tous les deux autour d’un thé. Il ne voulait pas me laisser seule dans l’appartement. Il est reparti au petit matin, après que les pompes funèbres aient emporté le corps de ma petite maman chérie. Malgré son absence, pour moi, son corps est toujours là, dans cette pièce que je ne peux désormais plus traverser sans être assaillie par d’horribles visions. Les jours qui ont suivis, il n’y eu pas seulement SAJ qui me rendit visite, il y avait aussi sa femme, Amina, ainsi que les voisines de palier qui avaient été mises au courant par cette dernière. Il y avait la famille italienne composée de Sofia, mariée à Raffaello, peintre en bâtiment (ça ne s’invente pas !) et de leurs trois filles, trois petites brunettes un peu bruyantes mais mignonnes au demeurant. Il y avait aussi Ermelinda, la portugaise, mariée à Narcisso, maçon de son état ; mais eux n’avaient pas d’enfants. Et dès cet instant, une incroyable solidarité dont je ne soupçonnais pas l’existence jusqu’alors et dont seuls les méditerranéens sont capables s’est mise en place. Ces trois femmes que je ne connaissais pas, si ce n’est comme SAJ, un salut dans la cage d’escalier ou bien encore au marché du dimanche, se sont mobilisées pour me venir en aide. Et quand je vous disais que pour moi, faire à manger était un geste d’amour, et bien ces femmes fantastiques m’ont prouvé, à tour de rôle, tous les jours, qu’elles m’aimaient. Bien évidemment, moi je n’avais ni la force, ni l’envie de cuisiner : pour qui ? Pourquoi ? Alors elles se sont toutes relayées pour m’amener de bons petits plats : Amina et son couscous parfumé du vendredi ou bien de délicieux tajines de légumes. Ermelinda m’amenait toujours des plats à base de morue (moi qui pestait auparavant tous les soirs quand je rentrais à l’appartement de sentir ces odeurs de poisson). Je ne suis toujours grande amatrice de morue, au grand désespoir d’Ermelinda, et ce n’est pas faute de nombreux essais et de recettes toujours différentes : quand on sait qu’il existe, selon un proverbe portugais autant de façons d’accommoder la morue que de jours de l’année, vous imaginez mon désarroi ! Malédiction ! Mais ce que je préférais, c’étaient les lasagnes de Sofia et son célèbre tiramisu. Devant lui, je ne pouvais pas résister et ça elle s’en était rendue compte, alors elle en a usé et abusé la vilaine !&lt;br /&gt;Dans ce couloir de la cage d’escalier n°5, au troisième étage, une nouvelle famille, ma nouvelle famille de cœur était née. A eux tous, ils ont réussis à me rendre le sourire et à me redonner peu à peu le goût de vivre, ou plutôt de survivre. Oh, ça n’a pas été facile tous les jours… Le pire pour moi, c’était le soir. Moi qui avais déjà le sommeil fragile, maintenant le sommeil était devenu un trésor que je cherchais mais que je ne trouvais plus. Quelques fois, Amina venait me voir le soir. Elle aussi se couchait tard, une fois toute sa petite famille endormie (elle avait tout de même six enfants, tous nés à Charcot), elle trouvait encore le courage de venir me voir. J’adorais ces moments volés que l’on passait toutes les deux, moi sous ma couette et elle, assise au bord de mon lit, tout près de moi. Je sentais son odeur si particulière, mélange d’épices et de parfum capiteux et je sentais ses longs cheveux me chatouiller agréablement la joue. Elle me racontait sa vie, pour que moi j’oublie un peu la mienne. Elle était arrivée en France en 1970 à tout juste 20 ans. Elle venait rejoindre SAJ, venu travailler comme beaucoup en France. Elle et SAJ étaient originaires du même petit village en Algérie, Relizzane. Ils s’étaient connus petits et s’étaient mariés très jeunes. Elle m’a raconté ses difficultés d’intégration, les regards durs, les réflexions, les gestes de tous ceux qui avaient peur de la différence. Mais elle me racontait aussi le bonheur, oui, le bonheur qu’elle avait eu e s’installer à Charcot, de la bonne ambiance et de la solidarité dont elle et son mari avaient pu profiter dès leur arrivée. Cette même solidarité, Ermelinda et Sofia m’en faisaient quotidiennement profiter. Comme un sorte de cadeau, qu’elles se sont faites un devoir de transmettre à leur tour à quiconque serait un jour en difficulté. Depuis ce jour, je me suis d’ailleurs faite la promesse de suivre leur exemple, et d’essayer autant que possible, d’aider mon prochain avec cette gentillesse et cette humilité dont j’avais bénéficié.&lt;br /&gt;Je me tenais toujours agrippée à SAJ qui avait refermé son parapluie car le soleil brillait maintenant. Le décompte fatal venait de commencer. Nos regards oscillaient entre Charcot et le Cèdre qui se tenait devant lui, bien droit et bien fier. Pour moi, c’était bien plus qu’un arbre. Plus qu’un symbole, c’était la dernière demeure de ma mère. Une fois incinérée, c’est ici que j’avais choisi de disperser les cendres de ma maman. Ce lieu peut paraître saugrenu, mais pour moi, c’était une évidence. Ma maman aimait tant ce Cèdre, cette bouffée de verdure aux branches tournées vers le soleil qui l’emmenait en voyage virtuel dans des pays lointains, elle qui aurait tant aimé découvrir les pays chauds, le Liban pourquoi pas ? Alors elle comme moi, nous passions des heures à le regarder ce Cèdre, à travers nos fenêtres, horizon d’un avenir que nous espérions meilleur. Ce qui est amusant, c’est que j’ai appris que nous n’étions pas les seules à passer des heures à contempler ce monstre vert. Amina, Ermelinda et Sofia en faisaient autant. Chacune chez elle s’accordait une pause pour l’admirer. Cet arbre, c’était un peu notre oxygène à toutes, notre moyen d’évasion pour s’échapper d’un quotidien parfois pesant.&lt;br /&gt;D’ailleurs, pendant notre dernier été à toutes à Charcot, nous aimions nous retrouver aux dernières heures de la journée, profitant de son ombre et de sa fraîcheur pour papoter un peu. C’était devenu un rituel. Puis, nous avons toutes du être relogées. D’une volonté commune, nous avons toutes trouvées notre petit nid sur le Mail. Et oui, une nouvelle comme l’était la notre ne pouvait pas concevoir de se séparer ! Nous avons même continué à nous retrouver au pied du Cèdre après nos déménagements successifs, et nous nous sommes jurés qu’il en serait encore ainsi après l’implosion de Charcot.&lt;br /&gt;Tous ces souvenirs sont repassés furtivement dans ma tête : les derniers instants de ma maman, ma vie à Charcot, avec ou sans elle, ces rires, ces odeurs, ces naissances et ces morts…Il en a vu cet immeuble pendant ses quarante ans de vie, de bons et loyaux services. Il pourrait écrire un roman… qui sait, « pourquoi pas ? ». Il faut maintenant lui dire adieu, et à travers lui, je dis adieu à ma mère une nouvelle fois ; mais je sais que je la retrouverai, au pied du Cèdre, quand je viendrai y déposer une rose, une Ronsard (sa préférée), et parler un peu avec elle. Cet arbre, gardien des âmes et des pensées de beaucoup va subir une terrible secousse, mais je sais d’avance que je peux compter sur lui, qu’il va rester droit pour continuer à veiller sur nous tous. Ca y est, Charcot a disparu, mais pas nos souvenirs qui ne se dissiperont pas en même temps que la poussière.&lt;br /&gt;« Le Cèdre qui veille sur Charcot et qui veille sur le temps déploie ses branches comme une tulipe qui éclot, pour ouvrir ses larges bras verts au soleil. Et la lumière fut. »&lt;br /&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Aurélie Ferrari&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-4141271471474210873?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/4141271471474210873/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=4141271471474210873' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/4141271471474210873'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/4141271471474210873'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/05/la-nouvele-de-aurelie-ferrari-maman.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCcFsTJEPuI/AAAAAAAAAWU/MvZRnal3gWI/s72-c/Aur%C3%A9lie.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-7498870401176771466</id><published>2008-05-11T07:28:00.000-07:00</published><updated>2008-05-11T07:34:44.423-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCcDpDJEPtI/AAAAAAAAAWM/xYyOYYSOddg/s1600-h/Derni%C3%A8re+s%C3%A9ance+045.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5199128298575380178" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCcDpDJEPtI/AAAAAAAAAWM/xYyOYYSOddg/s400/Derni%C3%A8re+s%C3%A9ance+045.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;LA NOUVELLE DE ROZA ZAMOUN&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Croisement des destins&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était un jeudi gris, un matin d’avril. Une terrible implosion gronda dans le ciel et, en un battement de cils, Charcot s’évanoui dans un nuage de poussière sous le regard embué de Sliman Aït L’HADJ, un vieil homme qui y habitait depuis sa construction, et de son neuve Ali, qui lui, quitta cet immense immeuble lors de la décision de sa démolition.&lt;br /&gt;Devant ce tas de ruines, Ali pousse un soupir en se remémorant son heureuse vie, parsemée de moments quelque peu amertumes dans ce bâtiment. Il se tourna vers son oncle, le regard nostalgique:&lt;br /&gt;« Tu sais mon oncle, je me souviens de ces journées passées avec ta fille sous le pied du Cèdre à nous amuser sous ton regard protecteur. Ces moments resteront à jamais gravés dans ma mémoire…&lt;br /&gt;_C’est vrai que c ‘était le bon vieux temps mon petit, mais, maintenant, tu as une famille et un travail, il faut que tu t’en occupe, ne te laisse pas envahir par cette tristesse qui te ronge.&lt;br /&gt;_ Je sais, mais, lui prenant les mains, il commença a lui raconter avec enthousiasme, tu te souviens de mon arrivée pour la toute première fois d‘Algérie , lorsque j’étais encore tout petit, je n’avais pas 5 ans.&lt;br /&gt;_ Oh ! Ça oui ! Tu étais tout triste de quitter le pays dans lequel tu a appris la vie. C’était en quel année déjà? Je ne me souviens même plus, ma mémoire fait encore des siennes! »&lt;br /&gt;Pris d’un petit rire furtif, Ali lui répondit:&lt;br /&gt;« Mais non mon oncle !! Ne dis pas ça! C’étais en 68, au mois de décembre. C’est vrai que je n’étais pas vraiment heureux à notre arrivée moi et ma mère, dans l’appartement de mon père qu’il avait louer quelque temps avant notre arrivée. Je me souviens de cette journée d’hiver, quand on a quitté ma tante sur le seuil de la porte dans un silence déchirant les murs. Sur le chemin de l’aéroport, je voyais cette magnifique chaîne de montagnes derrière moi, que je n’allais pas revoir de si tôt. A mon arrivée, notre nouvel appartement me semblait vraiment maussade et trop silencieux, mais lorsque j’ai vu ce merveilleux arbre devant la fenêtre de ma chambre, majestueux et intimidant à la fois, me rendit tout à coup heureux. Il ressemblait étrangement au chaîne qui se tenait juste à la porte d’entrée de notre maison en Kabylie. J’avais l’habitude de lui confier tous mes secrets, et le quitter m’avait brisé le cœur, et, grâce à ce Cèdre, ce sentiment de sécurité m’est revenu, il m’a remonté d le moral.&lt;br /&gt;_ Heureusement que cet arbre était là donc, sinon, je ne sais pas ce que tu serais devenu ! Ce ne serait pas grâce au Cèdre que tu n’as pas baissé à l’école? Je ne te cache pas que ce qui m’inquiétais le plus était ton adaptation dans cette nouvelle société totalement étrangère. J’avais peur que tu ne puisses pas suivre, et que tu sois exclu de tes camarades car tu ne parlais pas leur langue.&lt;br /&gt;_ Oui, c’est vrai, c’est grâce au Cèdre, mais aussi à mes voisins qui fréquentaient la même école que moi et qui m’ont ouvert grand les portes de leur amitié. Je pense tout particulièrement à François, mon voisin d’en face qui adorait venir voir ma mère faire son couscous à la main. Ces gestes répétitifs le fascinaient, il lui semblait que c’était une danse vraiment très étrange. Ah, j’adore ces bons moments, mais la dureté dans laquelle je suis arrivé m’a fait détester cet immeuble, seul le Cèdre me manque depuis toujours.&lt;br /&gt;_ Tu m’étonnes, je te comprends! Mais pourquoi est-ce que tu es resté après le retour de tes parents en Algérie?&lt;br /&gt;_ Mais parce que mon père voulait garder cet appartement il l’aimait trop, disait-il. Il retournait en Kabylie pour se ressourcer après tant d’années d’usure. Il m’a obligé à rester ici, pour le lui garder et je ne pouvais pas refuser, car je faisais des études et je ne pouvais pas me permettre de déménager. Je ne te cache pas que… Lorsqu’ils nous ont demandé de quitter ces logement pour cause de destruction, ça m’a fait un bien fou! Je me sentais soulagé et libre. Je pense même que je suis le seul a me réjouir de sa disparition. J’ai réussi a me détacher du Cèdre et à pourvoir faire ma vie sans devoir me confier à un arbre dès que je me sens mal. Mon rêve maintenant, est de pouvoir fonder une vie stable sur cette terre d’accueil qui m’a construit et détruit les mauvais moment de mon enfance.&lt;br /&gt;_ Eh bien j’espère que ton rêve se réalisera un jour mon cher Ali! »&lt;br /&gt;Sur ces mots, Ali se pencha sur les débris de Charcot pour en ramasser un bout de ciment pour ne jamais oublié cet immeuble dans lequel il a vécu la deuxième partie de sa vie. Sliman Aït L’HADJ et Ali partirent pour aller boire un café avec leurs amis qui les attendaient au bar en laissant le Cèdre qui veille sur Charcot et qui veille sur le Temps déploya ses branches comme une tulipe qui éclot pour ouvrir ses larges bras au soleil. Et la lumière fut.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Zamoun Roza, avec la collaboration de sa fille Sarah, collégienne de 15 ans.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-7498870401176771466?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/7498870401176771466/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=7498870401176771466' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/7498870401176771466'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/7498870401176771466'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/05/la-nouvelle-de-roza-zamoun-croisement.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCcDpDJEPtI/AAAAAAAAAWM/xYyOYYSOddg/s72-c/Derni%C3%A8re+s%C3%A9ance+045.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-2632615886119994036</id><published>2008-05-08T13:39:00.000-07:00</published><updated>2008-05-08T13:43:02.992-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNlxN1CAJI/AAAAAAAAAV8/HOc6F5GMbqg/s1600-h/Anne.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5198110291115770002" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNlxN1CAJI/AAAAAAAAAV8/HOc6F5GMbqg/s400/Anne.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;LA NOUVELLE DE ANNE PHILIPPE&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;&lt;strong&gt;Terre de Charcot&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« C’était un jeudi, un froid matin d’avril. Une terrible implosion gronda dans le ciel et, en un battement de cil, Charcot s’évanouit dans un nuage de poussière… Lentement, les habitants de la ville que l’on appelait alors Chenôve, reprirent leurs esprits, réalisèrent ce qu’ils venaient de voir pendant ces quelques secondes de temps suspendu, laissèrent s’écouler leurs larmes ou éclater leur joie. Une période de leur vie était révolue et la chute du monstre de béton en symbolisait la fin. Tout à leur émotion, ils reprirent, en file indienne, le chemin de leur vie présente »…&lt;br /&gt;Bouche ouverte, les yeux dans le vague, les enfants écoutaient l’aïeul. Ils s’étaient réunis, comme chaque soir, après le cérémonial des tâches quotidiennes, autour de S.A.J, ou Slimane Aït Joseph, si vous voulez lui donner le nom que la tradition a transmis.&lt;br /&gt;Depuis quelques années, déjà, il s’installait dès la nuit tombée, au pied du cèdre. Il étalait sa natte, bien soigneusement, s’adossait à l’arbre, posait devant lui la caisse et en sortait, l’un après l’autre, les livres à l’aspect fragile. Certains avaient perdu leur couverture, d’autres des lambeaux de pages. On voyait combien leurs propriétaires successifs avaient tenté de préserver ce bien précieux à grands coups de papier collant, de coins cartonnés, mais leur décrépitude révélait leur âge.&lt;br /&gt;Un à un, les enfants s’approchaient. Timidement d’abord, munis d’un coussin ou d’une natte, croquant dans leur gâteau de céréales, ils s’installaient confortablement à leur tour, formant un cercle autour de S.A.J. et se préparaient à l’écouter une partie de la nuit.&lt;br /&gt;C’était un rituel, maintenant, depuis que la caisse de livres était arrivée entre ses mains. Il avait aussitôt tenu le rôle du diseur de récits communs, transmis de génération en génération, ou qu’il puisait dans les livres et dans sa mémoire, et dans la mémoire de la mémoire On raconte même qu’il y avait jadis un lieu, pas très loin du cèdre, au nord, où ces livres étaient vivants. Des hommes, des femmes, des enfants, venaient en ce lieu lire ces livres et se les échanger.&lt;br /&gt;SA.J. racontait donc les histoires de ces anciens temps. De ses récits ressuscitaient les vies des anciens, des histoires d’hommes, de familles, au temps où tous vivaient dans des constructions en hauteur, les uns au-dessus des autres, les uns à côté des autres. Alors, les hommes se regroupaient selon leurs origines, on les distinguait : ils avaient les rites de leurs tribus, selon qu’ils venaient d’Afrique, d’Asie, d’Europe… Parfois, les familles se mélangeaient et cela aboutissait à de belles histoires d’amitié, mais cette évolution a été longue et douloureuse. Les récits de S.A.J. rappelaient aux enfants que le monde, même s’il était plus vaste était bien divisé.&lt;br /&gt;Leur communauté actuelle résultait de nombreux métissages et les visages tendus vers le vieil homme portaient les traces d’une lointaine ascendance. Fatou-Li, Yasmine, Mehdi, Gabriel, Aimée, et les autres, frères et sœurs, de sang et de peur…&lt;br /&gt;Leur société, d’ailleurs, n’avait que faire d’une quelconque appartenance à un groupe ethnique. L’enjeu vital monopolisait toutes les énergies et les adultes avaient trop à faire avec l’ennemi envahissant pour risquer de fissurer une solidarité maintenant établie ; le soir venu, ils se reposaient, épuisés par les luttes du jour ; et les enfants disposaient de quelques heures de calme consacrées aux récits de S.AJ., leur maître, leur modèle. Ils tiraient de ces heures sous le cèdre la leçon de leur vie future, ils y puisaient le courage du lendemain et leur sagesse d’enfants soucieux.&lt;br /&gt;L’histoire préférée des enfants était celle d’un navigateur. Il aurait vécu bien avant l’ère des hautes constructions. Il construisait des voiliers et sillonnait les océans, moins étendus alors, à la recherche de nouvelles terres. Avec son équipage, il affrontait les eaux glacées des pôles, aux deux extrémités de la Terre.&lt;br /&gt;Il n’était pas rare que l’on entende renifler lorsque S.A.J., la voix chancelante, en arrivait à la mort du navigateur. Celui-ci avait disparu avec tout son équipage en revenant d’une mission dans les eaux de l’Arctique, tout au nord de la terre, là où l’on pouvait voir dériver de grands blocs d’eau glacée. Seul un homme de l’équipage avait survécu et avait pu témoigner des derniers instants du navigateur. Celui-ci était resté digne et courageux devant la mort. L’homme avait notamment rapporté un épisode devenu célèbre. Voyant que la mouette recueillie par l’équipage et enfermée dans une cage allait périr noyée, le navigateur avait réussi à la libérer avant que le bateau ne s’écrase sur un récif particulièrement menaçant.&lt;br /&gt;Ce navigateur se nommait Jean-Baptiste Charcot. Il vivait il y a cinq siècles et avait consacré sa vie à l’exploration des mers extrêmes et à l’observation des êtres vivants qui les peuplaient. Parmi les avancées qu’il avait offert à la science de l’époque, se trouvait une nouvelle terre, une île dans les eaux polaires, aujourd’hui disparue, qui a longtemps porté son nom. Il était si célèbre que longtemps après sa mort les hommes donnèrent son nom à l’une de ces constructions en hauteur où vivaient des familles.&lt;br /&gt;Il y en avait plusieurs, à l’époque, de ces constructions et beaucoup portaient des noms d’hommes célèbres, des écrivains, des musiciens, des scientifiques ; d’autres avaient été gratifiées de noms de fleurs. Peut-être voulait-on persuader les hommes qui y vivaient que leur univers était fait d’harmonie et d’ouverture.&lt;br /&gt;La grande habitation de Charcot se trouvait là, à l’endroit même où sont assis S.A.J. et les enfants, et déjà le grand arbre, le cèdre, veillait sur les habitants. Déjà, il offrait aux hommes un lieu de réunion, un appui à leurs existences, un réconfort dans leurs horizons de béton. On dit que lorsque les hommes ont commencé à démolir les hautes constructions et à quitter ces lieux où leurs identités se perdaient, le béton a été réduit en miettes mais le cèdre est demeuré, abritant longtemps les gravats dans lesquels les chats errants avaient trouvé un refuge à l’image de la communauté humaine qui venait de quitter les lieux. Et c’est depuis qu’il avait été contraint de cohabiter avec la haute construction, que le cèdre s’était mis à étaler ses branches vers le nord, vers la lumière, hors du périmètre ombreux de l’immeuble, comme on disait alors (on disait aussi « bloc », « barre », « achélèmes », « gratte-ciel » ou « tour » quand ils étaient très hauts… C’est ce que l’on lisait dans les livres de S.A.J.). Il avait conservé tout au long des siècles cet aspect penché, cicatrice de 40 années d’aliénation.&lt;br /&gt;C’est un siècle après leur départ, enchaînait S.AJ., que l’univers des hommes avait commencé à se modifier. On les avait avertis, pourtant, ils ne pouvaient pas dire qu’ils avaient été surpris, qu’ils ne savaient pas, qu’ils ne pensaient pas que des prévisions aussi catastrophistes pouvaient se réaliser. Pourtant, des experts, mobilisés en cohortes, étaient intervenus et avaient parlé dans tous les médias que les hommes partageaient alors pour communiquer entre eux ; ils avaient prédits tels des Cassandres inspirés que la planète ne supporterait pas longtemps encore ce que les hommes lui faisaient subir. Ils s’étaient armés de chiffres, de graphiques, de cartes, c’était facile alors : des machines calculaient à leur place et produisaient des estimations de tous les phénomènes à venir.&lt;br /&gt;Peine perdue ! La grande majorité des hommes étaient restés sourds. Ils avaient continué à exploiter et épuiser les ressources de la Terre. Ils avaient consommé et rejeté le fruit de leur consommation.&lt;br /&gt;La terre, impuissante à écarter plus longtemps encore la chaleur des hommes, avait cédé. Déréglée, elle s’était laissée submerger.&lt;br /&gt;Peu à peu, les glaces chères à Charcot s’étaient répandues dans les océans. Et des montagnes de glace, cela fait des quantités démesurées d’eau douce répandue dans l’eau salée. Et il n’y avait pas que les glaces des pôles, toutes les neiges éternelles avaient rejoint les océans, grossissant des flots déjà houleux. De plus en plus rapidement toutes les prévisions avaient été largement dépassées. De sept mètres par an, au temps du grand immeuble de Charcot, gagnés sur les terres habitées, on était passés à dix mètres, puis quinze, puis vingt. Les hommes avaient du quitter leurs terres, leurs patries : ils étaient devenus des réfugiés climatiques ; des rivages, des terres, des villes, des paysages avaient disparu, profondément engloutis. Inexorablement, la mer reprenait sa place et reformait une nouvelle géographie, comme une Pangée des temps modernes. Les fleuves n’avaient plus de delta où se jeter, ni même d’embouchure ; disparus, les estuaires, les abers ; envahis les fjords ; seules leurs sources procuraient encore une eau douce devenue rare et précieuse.&lt;br /&gt;Le moindre îlot de terre, surnageant encore à la surface abritait une colonie humaine prête à l’abandonner lors d’une nouvelle grande marée, telle cette Terre de Charcot, ainsi baptisée par les ancêtres de S.A.J. Elle avait la superficie d’un ancien plateau et sur sa plage, abrité au creux d’une calanque, se dressait l’antique cèdre. Elle dissimulait des familles dans ses moindres recoins, entassées dans des cavernes creusées à même la roche ou des abris de planches, de rondins et de bois flotté. Chacun avait organisé sa vie du mieux possible et la solidarité régnait, indispensable à la lutte quotidienne contre l’eau montante.&lt;br /&gt;Pourtant, le temps du départ était revenu. L’eau léchait maintenant les pieds du cèdre, plus habitué à la douceur de la pluie qu’aux agressions du sel. Il fallait se résoudre à abandonner ce lieu chargé d’histoires.&lt;br /&gt;Pour les consoler, S.A.J. racontait aux enfants comment leurs lointains ancêtres avaient, eux aussi, un jour, rangé dans des cartons toutes leurs affaires, fait leurs adieux aux murs qui les avaient longtemps accueillis. Passés les premiers instants d’émotion et de détresse, à l’idée de savoir que leur univers s’envolerait en poussière, ils s’étaient apprêtés à réinvestir d’autres habitations, pas très loin, pour ne pas quitter le quartier, pour garder un œil sur les débris de Charcot. Déjà, ils avaient subi le déracinement même si leur ailleurs les comblait. Par la suite, au fil des siècles, c’étaient ceux d’en bas, de la plaine qui avaient fui devant la montée des eaux. Ceux-là avaient moins de chance, ils n’avaient pu emporter que l’essentiel, juste ce que les embarcations pouvaient charrier. Ils étaient arrivés par vagues sur le haut plateau et s’étaient entassés avec les autres dans les pauvres cabanes. Le plateau, autrefois si vert et ombragé, était dépouillé continuellement de ses arbres, par ces réfugiés, et la chaleur devenait insupportable.&lt;br /&gt;Alors, ici aussi, il fallait envisager de partir, de se lancer dans la quête de nouvelles terres. Plus à l’ouest, peut-être, vers une montagne aux lacs profonds, ou au sud, là où l’on dit que les neiges furent éternelles. Après, il faudrait aller plus loin encore, tout au bout de l’Europe, vers l’Asie.&lt;br /&gt;Un matin, ils devraient adresser un dernier adieu à leur Terre, avant de la voir elle aussi sombrer. Et le cèdre qui veillait sur Charcot et qui veillait sur le Temps déploierait ses branches une dernière fois comme une tulipe qui éclot, pour ouvrir ses larges bras verts au soleil. Ne resteraient plus qu’eau et lumière.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Anne Philippe&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-2632615886119994036?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/2632615886119994036/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=2632615886119994036' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/2632615886119994036'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/2632615886119994036'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/05/la-nouvelle-de-anne-philippe-terre-de.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNlxN1CAJI/AAAAAAAAAV8/HOc6F5GMbqg/s72-c/Anne.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-1332517838117878582</id><published>2008-05-08T13:35:00.000-07:00</published><updated>2008-05-08T13:38:12.827-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNko91CAII/AAAAAAAAAV0/WvKgYik1zls/s1600-h/Fat.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5198109049870221442" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNko91CAII/AAAAAAAAAV0/WvKgYik1zls/s400/Fat.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;LA NOUVELLE DE FATIMA ACHAB&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Onirisme et réalité&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;C'était un jeudi, un inoubliable matin d'avril. Une terrible implosion gronda dans le ciel et, en un battement de cils, Charcot s'évanouit dans un nuage de poussière sous le regard embué de S.A.G.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;" Dors Mohamed, demain inch'Allah, madame l'assistante nous emmène dans notre nouvelle maison, une grande maison ! Tu verras, on sera bien mon fils : tu auras une chambre pour toi et ta sœur. La dame, elle a dit que la maison est toute neuve, on sera les premiers à l'habiter, tu te rends compte ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Babek (ton papa), il travaille dur et demain tu seras un homme oulidi (mon fils)! Tu aideras ton père comme un grand ? Tu sais oulidi, ton père il t'aime fort. Tu sais, il dit toujours : "mon fils, tu es comme mon frère qui n'est pas à mes côtés et comme mon père que je n'ai plus!"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour ton papa, la famille c'est important, tu comprends ? Il t'a raconté son long voyage avant d'arriver en France, ses misères laissées derrière lui, en Algérie, le pays où il est né, où nous sommes tous nés. Babek, il a tout fait pour qu'on soit réunis tous ensemble aujourd'hui. T'es content d'être avec ton papa maintenant ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Demain, la dame, elle vient nous chercher tous avec ta sœur et on partira d'ici. La nouvelle maison, elle est belle et on habitera au 7ème étage, ça sera tout en haut. Et tu iras à l'école à la rentrée, la dame m'a dit que c'était juste à côté. T'as de la chance toi! Je t'ai déjà raconté quand j'étais petite, je marchais beaucoup pour aller à l'école. On traversait la forêt longtemps avant d'arriver à l'école. Toi, tu seras juste à côté, tu ne seras pas fatigué et tu travailleras bien, ya ouldi. Tu as vu, la dame, elle t'a donné un beau cahier, des stylos et un beau livre, un livre de contes…"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me suis endormie et peut-être maman n'avait pas fini.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, en me réveillant, j'entendais mon papa, il parlait à ma maman, la cafetière italienne sifflait et l'odeur du café nous embaumait. Je n'entendais pas ma maman parler, mais les bruits de tous ses gestes, ses pas, ses touchers. Elle était là avec papa. Je me suis retournée du côté du lit de ma sœur et Fatima avait les yeux ouverts. Elle attendait que je me réveille. On s'est fixé du regard et en même temps, on a bondi du lit. La dame allait venir nous chercher !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la cuisine, papa s'exclama : "Oulidati (mes enfants), vous êtes réveillés ?" Il me frotta le dos, pris ma sœur Fatima dans ses bras et je rejoins maman qui me prit, elle aussi, fort dans ses bras tout en m'embrassant dans le cou.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mes parents respiraient la joie, ils souriaient à tous et à tout. Avec Fatima nous étions heureux. Nous savions qu'il allait y avoir quelque chose de bien aujourd'hui et surtout que ça avait l'air important, cette nouvelle maison !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maman nous apprêta comme elle l'avait fait quand nous étions partis en France, mais là, nous nous inquiétions moins avec Fatima, car elle ne pleurait pas. Oui, elle avait pleuré avant de partir d'Algérie, car il y avait sa maman qui ne venait pas avec elle. C'est ce qu'elle nous avait expliqué et souvent elle se rappelait et elle pleurait à chaque fois. Là, elle ne pleurait pas. Elle souriait, elle était belle. Elle avait tout préparé : les valises, les sacs et elle avait mis ses chaussures. Papa, il était descendu dehors, je crois qu'il attendait la dame.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me souviens que c'était long. Avec Fatima, nous étions impatients de voir avec papa, la dame revenir et notre devenir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne me souviens pas comment était la maison que nous avions quittée, à part qu'il y avait là-bas, à Dijon, rue Thurot, du parquet en bois qui craquait sous nos pieds et surtout il faisait plus froid et les toilettes étaient communes à tous les habitants, dans une cour en bas de l'escalier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'était fini tout ça ! C'était drôlement mieux cette nouvelle maison. Avec Fatima, nous étions affamés d'espace et là on ne pouvait rêver mieux. Maman, tous les jours, elle l'habillait, la réchauffait. C'est vrai, habiter tout en haut c'était génial. Nous regardions la vie d'en haut et d'en bas. La famille Charcot s'agrandissait tous les jours jusqu'à se remplir à souhait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous n'avions plus le parquet bruyant, mais nous étions toujours aussi bruyants. Souvent papa et maman nous rappelaient à l'ordre et au respect de nos voisins du dessous et du dessus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hors école, nos modules "Citoyenneté" et "Bien vivre ensemble" on les a appris dans notre cage d'escalier, puis celle d'à côté et plus on grandissait, plus notre périmètre s'élargissait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maman recevait souvent des dames à la maison qui lui apprenaient à s'orienter dans sa ville, dans sa vie. Après chaque passage de ces dames, avec Fatima nous étions contents, nous savions qu'ensuite maman allait encore, avec nous, découvrir une nouvelle aventure qui, aujourd'hui encore, m'envahit de bonheur. L'apprentissage, la connaissance de l'autre, de l'endroit. Un grand voyage au sein de Chenôve aux escales diverses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'école, ma plus belle et fidèle rencontre. Maman, elle nous racontait son école française en Algérie, ses plus beaux souvenirs, sa liberté, son bel héritage, notre plus bel héritage ! La rentrée, les rentrées d'écoles se multipliaient et je les savourais au fur et à mesure que les années défilaient. Le courant d'air Péguy, Charcot, Algérie m'a porté jusqu'à aujourd'hui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons grandi avec un là-bas et un ici, le déchirement et l'attachement. Je crois que c'est ainsi que l'on se construit… Tous les stades de mon enfance étaient bien remplis. Chenôve est ma maîtresse d'école, ma maîtresse de vie…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd'hui, on dit de l'immigré au citoyen, ou encore du citoyen à l'immigré. Dans les deux sens, il y a un chemin de vie. Mes parents, enfants d'Algérie, aux enfants de Charcot ;moi, d'enfant de Charcot à l'immigré d'Algérie. Enfin, je ne sais plus, mais c'est bien ainsi.&lt;br /&gt;Maman a quitté sa maison d'enfance, sa maison de maman et un jour sa maison de grand-mère aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La vie est comme une enveloppe postale, elle voyage, s'arrête à différentes stations et nous sommes tous des facteurs aux diverses casquettes. Nous y apportons tous un message.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Charcot a été et n'est plus. La mort fait partie de la vie. De l'élévation, jusqu'à la démolition. A côté, la renaissance, la reconstruction et cela à l'infini. L'homme a un capital ancestral de survie, ses ressources, l'amour et la vie, l'amour de la vie fait de la magie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La nature, sa fidèle compagne, témoigne de ses péripéties à celui ou celle qui saura la regarder, la respecter, la raconter. Ce cèdre du Liban à Chenôve, déraciné pour être replanté, c'est moi, ma sœur, maman, papa le voisin, la voisine, le copain, la copine, lui, elle, vous, nous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeudi 17 avril 2008 à 11h00, tous nous n'étions qu'un, tous en même temps témoins de la mise à mort de Charcot, de la peine de la mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et le cèdre de Charcot est encore en vie…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce cèdre qui veille sur Charcot et qui veille sur le temps déploya ses branches comme une tulipe qui éclot, pour ouvrir ses larges bras verts au soleil. Et la lumière fut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Pour mon frère Mohamed,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;Fatima Achab&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-1332517838117878582?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/1332517838117878582/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=1332517838117878582' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/1332517838117878582'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/1332517838117878582'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/05/la-nouvelle-de-fatima-achab-onirisme-et.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNko91CAII/AAAAAAAAAV0/WvKgYik1zls/s72-c/Fat.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-6692425072265341303</id><published>2008-05-08T13:25:00.000-07:00</published><updated>2008-05-08T13:31:36.195-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNjD91CAHI/AAAAAAAAAVs/hGP999gSeug/s1600-h/MichÃ¨le.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5198107314703433842" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNjD91CAHI/AAAAAAAAAVs/hGP999gSeug/s400/Mich%C3%A8le.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;LA NOUVELLE DE MICHELE&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;&lt;strong&gt;BEBERT, POLO et CHARCOT…&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était un jeudi, un froid matin d’avril. Une terrible explosion gronda dans le ciel et, en un battement de cils, Charcot s’évanouit dans un nuage de poussière sous le regard embué de S. A. Joseph Il observe la foule Quelques minutes plus tôt :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« -Bonjour, toi aussi tu es au rendez-vous ? coment vas-tu, depuis le temps que nous nous sommes pas vu !&lt;br /&gt;-Bonjour, mon bon Polo, moi ça va doucement, avec l’âge on ne rajeunît pas, et nos artères non plus. Mes os me font souffrir, je ne ferais plus les javas de l’époque, tu t’en souviens ? qu’est-ce qu’elles ont pu rouspéter nos femmes pour nos sorties nocturnes, et nos états d’enivrement. Incapables de remonter les escaliers, limite du comas. Je ne regrette rien, nous en avons bien profiter et heureusement, regarde tout ce qu’il se passe maintenant. Ils démolissent des lieux de vies de centaines de famille alors que des personnes couchent encore dans la rue. Ils emploient le même procédé que pour le « Péguy ».Ah, quel malheur tout ça.&lt;br /&gt;-Eh oui, le progrès, c’est cela aussi Bébert. Détruire les vieux bâtiments pour construire de nouveau, à l’échelle plus humaine, disent-ils. Mais la destruction de « Peguy » nous permet de profiter d’un espace aérer, le centre est plus agréable. Nous profitons tous de cet embellissement.&lt;br /&gt;- Oui, tu as raison, tout est plus clair, et les rayons du soleil atteignent facilement la galerie.&lt;br /&gt;- Il faut voir le bon côté des choses. Les habitants du quartier, après la nostalgie, sont heureux en glanant sous le centre et ses environs. Il faut reconnaître que cela est plus agréable. Souvent, les gens extérieurs avaient un sentiment de « ghetto », où se rencontraient que des voyous ! De plus, regardes : nous sommes toujours là et nous pouvons témoigner de nombreux évènements, nous avons cette chance. Nos enfants prendront la relève comme nous l’avons fait avant eux. Ils ont grandi au milieu de ces grandes tours, et leurs enfants profiteront d’un cadre plus accessible, plus humain. C’est la vie, et ni toi ni moi n’y changeront quelque chose. Il faut reconnaître le bon côté des évênements ! Pour de nombreux habitants des années soixante dix, « Peguy » restera dans leur cœur avec tous leurs souvenirs.&lt;br /&gt;-Veuillez m’excuser, Messieurs, que se passe t-il ici ? J’arrive tout juste de Périgueux rendre visite à ma sœur. Par quel chemin puis-je accéder pour me rendre rue Armand Thibault ? Je suis perdu avec ces rues barrées, ces policiers, et cette foule ?&lt;br /&gt;-Bonjour monsieur, avez-vous du temps ?&lt;br /&gt;-Oui… , quel évènement attire autant de monde ?&lt;br /&gt;-Restez donc près de nous, répondit Bébert. La ville fait imploser le Charcot, là, en face, la grande barre, vous la voyez ?&lt;br /&gt;-Alors je reste, merci. Oui, je l’aperçois, dire qu’il a fallu que je fasse 700 kilomètres pour assister à la destruction d’un immeuble ».&lt;br /&gt;Il décide de rester, tout en écoutant nos deux compères, Bébert et Polo.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bébert, avec sa canne et son béret. Nous le reconnaissions de loin, toujours l’échine légèrement courbée en avant, son teint hâlé, ridé par le soleil, les années et son travail dans les vignes. Il commença à l’âge de 11 ans, et les horaires étaient loin de ceux que l’on connaît maintenant. Les 35 heures, personne à son époque n’y aurait même songé. Il fallait rapporter le pain pour la famille, se chauffer, se loger, à cette époque ce n’était pas chose facile. Bébert est un bon vivant malgré son âge, et ne manque pas de discuter avec un passant, même si il ne le connaît pas. De nature très gaie, il aime plaisanter, boire son petit verre, faire sa petite partie de cartes, et raconter les petits potins du coin. Il était né dans le Bourg, ainsi que son frère et ses sœurs. Ils avaient habité un deux pièces au rez-de-chaussée d’une bâtisse de la rue Jules Blaizay. Il y avait passé toute son enfance, avec sa famille. Il témoigne souvent de ce temps qu’il regrette. Il se rappelle de la guerre, les bombardements, les allemands ... Il se souvient de la construction de cette Z. U. P. qui empiéta sur les petites rues, sur les vignobles. Parfois, des habitations furent démolies au nom de ce progrès. Mais son village de naissance se tient là, toujours debout, sans que rien ne vienne troubler sa quiétude : L’église et sa place, le cimetière, les rues et ruelles… Bébert aime se retrouver dans ce bourg et nous raconte… Sa ville de Chenôve, il y tient comme un diamant, sans jamais y être parti, ni du village, ni de la Z. U. P. Il faut reconnaître qu’avec tous les chats du quartier, il a du travail pour les nourrir, sans oublier ces propres petites bêtes à quatre pattes. Les pigeons, font parti de la vie de Bébert car il ne manque pas de leur jeter des croûtons de pain.&lt;br /&gt;Les chats n’étaient pas si nombreux au Bourg, mais dans le « nouveau » Chenôve. Il y avait emménagé dans les années 1970 lorsqu’il se maria. Son épouse, Pierrette, était d’origine parisienne, et ne quitta plus la Côte. Elle apprit grâce à Bébert à connaître et aimer cette région d’adoption. Elle est restée employée au centre commercial Saint-Exupéry durant 26 ans. Ils avaient eu deux enfants, nés à Chenôve, à la maternité, où de nombreux enfants virent le jour. Pierrette, très discrète, s’occupait de sa petite famille et sortait très peu. Les courses étaient rapportées de son lieu de travail, pourquoi y retourner, disait-elle ; mes journées de congés ne sont pas assez longues pour tout faire. A sa retraite, ses enfants avaient quitté la contrée depuis longtemps. Pierrette et Bébert vécurent quelques merveilleuses années. Leurs enfants et petits enfants ne manquent pas de revenir pour une petite visite ou les vacances. Le destin voulu que Pierrette décède 8 années après. Bébert reste seul, mais toujours aussi souriant, blagueur et continue ses sorties journalières. Il quitte « Charcot » pour un appartement plus petit, au rez-de-chaussée, dans le quartier des « fleurs ». Cependant, il ne manque pas une occasion pour retourner au « village » du bourg et au « village » du Charcot. Il passe par le centre Saint-Exupéry boire son café, discuter le coup, acheter son tabac à pipe, sans oublier le pain et le journal. Il lui arrivait aussi de faire un détour à la boucherie, disparue depuis. Aujourd’hui, il ne peut qu’être présent devant cet évènement. Après la fermeture du dernier café restaurant du vieux village, le décès de nombreux camarades, toujours des deux « villages », c’est cette arche, où il est si souvent passé qui va disparaître.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Polo, né au Portugal, il est venu s’installer à Charcot, il y a bien longtemps, avec sa femme Maria et ses deux filles. Elles sont mariées depuis et vivent dans la banlieue dijonnaise, afin de ne pas être éloignées des parents. Polo travaillait comme maçon, partait le matin très tôt avec sa gamelle. Il ne rentrait que très tard dans la soirée. Souvent, ses filles étaient déjà au lit. Maria, embauchée par les H. L. M. nettoyait les paliers, les escaliers, les entrées de ses grands ensembles. Plus les années passaient, plus le travail était dur. L’employeur demandait du rendement et certains des locataires ne respectaient plus ses lieux de vies. Maria ne regrette pas sa retraite. Avec Polo, ils passent de bons moments dans cet appartement qu’ils habitent depuis tant d’années.&lt;br /&gt;Difficile de quitter cet H. L. M. Charcot, pas assez d’argent, les logements dans le privé sont hors de prix. Et, à bien y regarder, nous ne sommes pas si mal à Charcot malgré quelques moments mouvementés. Certains voisins sont devenus des amis, les uns vont chez les autres, et vice vers ça. Pourquoi partir, Polo et Maria n’y pensent même plus. Peut-être un jour, quand les petits enfants seront grands. Les années passent, Charcot devra disparaître, Polo et Maria sont toujours dans leur logement même si quelque fois exprimé le désir de s’en aller. Cette fois, plus le choix, il faut à présent quitter les lieux. Partir, de nombreuses questions, ce n’est pourtant que du béton. Mais il s’est chargé d’histoires, toutes différentes les unes des autres. « Charcot », petit village sur quelques mètres carrés et de dix étages. Ne vous inquiétez pas, Polo et Maria sont bien relogés. Ils sont restés sur Chenôve, c’était leur souhait. Ils ont un peu de nostalgie, mais qui n’en n’a pas. Là, ils sont bien. Ils rencontrent toujours leurs anciens amis, et font connaissance de leur nouveaux voisins, qui pour certains, arrivent de Charcot ! Maria occupe ses temps libres à aménager son intérieur, participe à de nombreux projets organisés par la municipalité, bref… ce qu’elle n’avait pas toujours pu faire lorsqu’elle travaillait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bébert s’interroge à voix haute !&lt;br /&gt;- et la Mado avec son mari Gilou, que son-ils devenus ? Ils avaient bien eu trois gars ? Te souviens-tu lorsque l’aîné a eu son accident de voiture. Nous pensions tous qu’il ne s’en sortirait pas. Il est resté dans le coma longtemps. Grâce à Dieu, il nous est revenu, oh ! plus d’un après. As-tu des nouvelles de lui, Polo ? Dernièrement, j’ai entendu dire qu’il s’est amouraché d’une des filles dont les parents ont longtemps vécu à « Peguy ». Ils habitent ensembles, et logent rue Ernest Renan. Tu vois, eux aussi sont restés à Chenôve. Je crois même qu’elle attendrait un bébé pour juin ou juillet. Avec la fermeture de la maternité, elle va accoucher au « Bocage ». Quelle tristesse, il n’y a plus de vrais « Bonbis », à moins qu’elle le fasse à domicile ! Tu vois, de nombreux services partent de notre ville, mais nous, nous restons, nous l’aimons notre commune. Il faut dire que de bonnes choses sont organisées, et ses jeunes, jamais contents. Nous n’avions pas tout ça à notre époque, mais nous étions aussi heureux. Des conneries, tout le monde en fait. Mais, la, ils dépassent les bornes !&lt;br /&gt;-Il faut bien que « jeunesse se passe ». Tu sais, Bébert, nous aussi nous avons bien profité et les parents n’étaient pas toujours fiers. Rappelles toi les nombreuses fêtes au Bourg. C’est là que certains copains ont trouvé leur femme. Et à Charcot, nous savions tous faire la fête. Un vrai village sur une très petite surface mais quelle hauteur. La première visite au dixième étage, Maria et moi, nous fûmes très impressionnés devant ce paysage. C’était merveilleux, grandiose, rien ne pouvait cacher l’horizon. La ville de Dijon était toute petite en étant très vaste à la fois. Là, je me rendis compte de l’étendu de tous ses immeubles et ses milliers de personnes qui devaient se loger.&lt;br /&gt;-Au fait, Mado et Gilou, ils avaient bien un chien ? demande Bébert.&lt;br /&gt;-Ils en eu deux ou trois. Le dernier est toujours là. Il a suivi leurs maîtres pour déménager au nouveau quartier, tu sais, le « clos des marronniers ». Ils ont un petit logement, F2 ou F3, au rez-de-chaussée. Une grande terrasse, avec un coin de pelouse où ils peuvent mettre des fleurs. Mado est très heureuse car elle adore la nature. Je me souviens elle alignait des pots sur le bord de fenêtre de cuisine et son balcon. Il y en avait partout. A Charcot, c’est ce qui lui manquait le plus. De la place pour son « hobby », ses fleurs ! Ils pensent encore à Charcot, mais sont heureux dans leur nouvelle demeure. Ils ont installé une table et des chaises de jardin. L’été dernier, tu pouvais les apercevoir, Gilou lisant, et Mado, tricotant pour ses petits enfants des deux autres garçons. A cette saison, Mado doit commencer le trousseau du futur nouveau né. Gilou lui, bêche son coin de terre pour planter quelques légumes et arbustes fruitiers. Le chien profite de la pelouse et surveille les allées et venues des passants. Ils sont bien installés. Chaque matin, Gilou va chercher son pain et son journal au Saint-ex. Tu vois il n’a pas dérogeé à ses habitudes malgré son éloignement du quartier. C’est souvent à ce moment que je le rencontre et que j’ai des nouvelles. Quelque soit le temps, il vient. Son absence ne prévoira rien de bon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Et tes anciens voisins d’à côté, la famille Roberto ?&lt;br /&gt;-Ah ceux là ! ils ne me manquent pas, répond Polo. Je me souviens, il quittait sa famille le lundi matin pour aller travailler dans la banlieue lyonnaise. Il était toujours en déplacements, celui là ! Normalement de retour le vendredi, il lui arrivait de ne pas revenir du week-end. Sa femme rallait, mais cela ne le faisait pas revenir. Elle se retrouvait seule avec leurs trois enfants. Ceux-ci le savaient bien, et ils en profitaient. L’un courrait dans l’appartement, l’autre dans l’escalier de l’immeuble, quand il ne tapait pas avec le ballon sur le mur du bâtiment, tandis que le troisième tentait d’étudier. Souvent les gendarmes étaient à leur porte. Je ne voulais pas que ma femme Maria leur parle. Et mes filles, je les empêchais de fréquenter ses garnements. Tu t’imagines si l’une d’entre s’était amourachée d’un de ces voyous. Le pire des trois était bien le petit Angelo, je crois même qu’il a fait de la prison. C’était bien pour vol. Les deux autres, je ne sais même pas ce qu’ils sont devenus. Les parents ont du retourner en Italie, nous ne les avons pas revu il y a bien des années maintenant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Polo parle toujours.&lt;br /&gt;-Par contre, je me rappelle de leurs voisins du dessous. Ils ne supportaient plus le vacarme, la télévision, la musique, les engueulades… ils n’arrêtaient pas de cogner aux plafonds et tuyauteries afin que le bruit cesse, mais rien n’y faisait. D’origine marocaine, sa femme Nadia et Majid sont toujours sur Chenôve. Ils ont quitté Charcot dans les premiers pour emménager dans la tour des vignes blanches. Ils ont acheté leur appartement, ont certainement eu droit au crédit. Nadia est très heureuse, elle ne voulait pas quitter son quartier. Elle continue à faire de grands repas avec sa famille, enfants, petits enfants, oncles, tantes, cousins, cousines, parents… et ses nombreux voisins. Les odeurs de la cuisine parfument le palier comme au temps du Charcot. Ils sont toujours aussi accueillants et sont les premiers à ouvrir leur porte si tu as besoin. Nadia prépare toujours aussi bien le thé et c’est avec joie qu’elle reçoit ses amies afin de discuter d’une chose et d’autre, surtout des enfants. Jamais nous n’avons vu Nadia et Majid se disputer. Elle, toujours auprès de ses enfants, gardant ceux des autres. A l’heure de la sortie des écoles, souvent la première à attendre, soucieuse et souriante dès les premiers cris. Pas de cantine pour eux, les repas préparés par Nadia à la maison matin, midi et soir sont si délicieux. D’ailleurs, tous ses enfants se sont mariés, sont parents et ont tous des bonnes situations. Ma femme Maria et moi, nous n’avons jamais eu de problèmes, les enfants, s’entendaient tous bien. Ils ont gardé de bons contacts entre eux et se rencontre souvent. La moindre occasion est bonne pour une fête. Majid sort principalement pour les courses, les obligations administratives, accompagner les petits-enfants dans leurs activités scolaires et parascolaires, pour prier à la nouvelle Mosquée et rencontrer ses amis.&lt;br /&gt;Je le rencontre souvent lorsqu’il se rend à la petite épicerie hallal du centre que tient Mimoune. Ce dernier est toujours là pour vendre les produits du pays, les coutumes ne se perdent pas, rendre services et donner de bons conseils. Là, Mimoune entretien cette convivialité que nous ne retrouvons plus dans ces grandes surfaces des zones commerciales. Nadia et Majid n’ont jamais eu de véhicule, alors comment veut-tu qu’ils se rendent dans ces galeries commerçantes. Mimoune livre les produits commandés est devenu un ami de la famille. Il aime bavarder d’une chose, d’une autre et apporte le soleil dans la vie de nombreuses personnes. Hier encore, Mimoune s’interrogeait sur le sort du cèdre situé en bas de Charcot. Il sait que pour de nombreux habitants ce cèdre doit survivre à l’implosion du grand Charcot. Majid le souhaite aussi, il a trop souvent vu les enfants jouer autour, et parfois, vouloir l’escalader. Les habitants de Charcot élevaient la voix, mais… les enfants continuaient, roulaient avec leur bicyclette ou patins à fond sous le porche. Il va y avoir des jambes cassées… s’exclamait un des locataires à une fenêtre, attention aux véhicules, je vais prévenir tes parents si tu fais des bêtises.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un court silence entre nos deux compères, et une nouvelle question de Bébert :&lt;br /&gt;- Mais toi, tu n’avais pas eu des soucis avec des voisins ?&lt;br /&gt;- Oh, ce sont plutôt des anecdotes. Les voisins de l’autre cage, des jeunes mariés, les Jacobs, vivaient de je ne sais quoi. Aucun d’eux ne travaillait. Dès qu’ils avaient un instant, (souvent) c’était reparti. Ma femme et moi, nous entendions tous : chasse d’eau, machine à laver, sèche linge, mais surtout leurs ébats amoureux. Je pourrais tout te raconter, jours et heures de la semaine, la durée – cela devait dépendre de sa forme à cet homme – pourtant, joli plante qu’elle était, même crevé, je n’y aurais pas résisté. Tu ne t’en souviens pas ? Elle aussi venait souvent au café, mais elle ne buvait pas du petit lait, elle repartait bien chancelante. Son mari la retrouvait, et sortait dans le même état que sa femme. Il arrivait même de changer de bar à l’époque, il y en avait plusieurs sous le centre. Ils repartaient aussi dans le bourg se « finir » au Saint-Vincent Lorsqu’ils revenaient dans l’immeuble, ce n’était pas triste. Nous savions l’heure de leur retour et quel bordel jusqu’à l’ouverture de leur porte. Une fois claquée, plus rien. Le calme sur le palier avait repris sa place. Heureusement, il n’y avait plus d’enfant. Je crois que les services sociaux leur avaient retiré pour être placés, deux garçons. C’était mieux pour ces gosses qui ne faisaient que traîner les rues jusqu’à point d’heure. Les parents ont quitté l’immeuble, ils sont sur Genlis, vers l’inter marché. Ils devaient avoir des dettes de loyers puisque je ne les ai jamais vus partir au coltin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Par contre, ceux de notre palier, nous les aimons beaucoup. Liliane et Robert, eux aussi sont relogés à Chenôve, quartier des Grands Crus. Ce fût difficile au début, mais ils ont emménagé l’année dernière, à la bonne saison. Cela les a aidé à accepter le départ car malgré des ennuis, comme beaucoup, ils avaient le cœur serré de partir. Je sais qu’ils ont retrouvé d’anciens locataires de Charcot. Ils ne passent plus beaucoup au centre, mais se rendent au super U de leur quartier. Ils viennent toujours sur le marché du dimanche. Elle retrouve ses amies près des étales et lui, profitent pour aller retrouver ses copains au café. Maria et moi nous leur rendons souvent visite.&lt;br /&gt;- Les enfants vivent dans la région et travaillent tous. L’un des enfants habite le village de Couchey est artisan peintre et le papa l’aide de temps à autre. Si il ne le faisait pas, il trouverait le temps trop long du à la retraite. Liliane, plus jeune, continue ses ménages chez des « bourgeois » de la Côte. Après avoir élevé ses deux enfants à Charcot, elle a repris un travail en espérant avoir un peu de retraite !&lt;br /&gt;-Plus jeune, elle s’occupait de ses enfants, mais aussi d’un petit Nicolas, enfant d’une maman de l’immeuble « Peggy ». Cette maman, après son divorce, ne pouvait plus rien faire de Nicolas qui s’était fermé à la suite du départ de son père. Avec Liliane et Robert, ainsi que leurs enfants, Nicolas, malgré un caractère difficile, reprenait goût à la famille. Nicolas resta jusqu’à son mariage avec une jeune fille rencontrée en boite de nuit Ils logent à Fontaine d’Ouche. Pas encore de démolition d’immeuble prévue. Ils ont un petit garçon âgé maintenant d’une douzaine d’années et viennent toujours voir Liliane et Robert. Par contre, la maman est décédée et n’aura pas vu la naissance de son petit-fils, ni l’implosion de son immeuble, « Peggy ». Tu ne dois pas en avoir de souvenirs, car Robert travaillait de nombreuses heures, il était à son compte. Les rentrées d’argent n’étaient pas toujours au rendez-vous. Il me racontait que des chantiers terminés, il n’arrivait pas toujours à se faire payer. Liliane faisait la comptabilité, mais malgré les relances, des factures restaient impayées. Et il fallait donner à manger aux trois enfants ! Les week-ends, ils leur arrivaient de partir pour pique-niquer au bord de la Saône. Ils louaient un terrain à l’année et il nous arrivait d’y aller et de partager de bons moments : baignades, barbecue, pêche, pétanque… et les enfants s’amusaient sans contrainte. Pas de voisins pour brailler. Le soir, arrivés à la maison, tout le monde se couchait sans grogner. Le calme régnait dans les deux appartements, ce qui n’était pas toujours le cas des autres. Ils ne louent plus ce terrain, car avec le départ de Charcot, les loyers sont beaucoup plus chers là où ils sont. Le chauffage n’est plus assuré par la grande chaufferie au charbon de Chenôve, mais individuel au gaz ! Ils ont un garage au sous sol de leur nouvelle résidence, mais là aussi, il faut payer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-As-tu des nouvelles d’autres de tes anciens voisins ?&lt;br /&gt;-Oui, la famille Dumont… répond Polo. Chantal, travaillait à l’hôpital comme aide soignante et lui, François, ouvrier à l’usine dans la zone de Saint-Apollinaire. Ils avaient eu deux enfants qui ont quitté la région pour leur travail. Ils sont dans la région parisienne. Chantal et François, tous deux à la retraite, ont quitté Chenôve pour descendre dans le sud. Je crois qu’ils avaient des cousins en bas, ils partaient avec leurs enfants en vacances dans le coin. Nous recevons du courrier régulièrement et ils ne nous oublient jamais pour les fêtes de fin d’année. Le téléphone fonctionne bien entre Maria et Chantal. Heureusement, car je ne suis ni téléphone, ni courrier, François pas plus que moi. Maria parle de faire installer Internet, mais elle est effrayée devant un ordinateur. Elle préfère toujours aller à la poste et recevoir des nouvelles dans sa boite aux lettres.&lt;br /&gt;Aujourd’hui, c’est aussi bien que Chantal et François ne soient plus là. Ils ne verront pas l’immeuble où ils ont vécu une vingtaine d’années tombés comme un château de cartes. Déjà la démolition du « Clématites » et « Peguy », les avait contrariés. Ils étaient si discrets. Chantal faisait de nombreuses activités autour des enfants et des mamans. Elle recevait beaucoup d’entre eux et partageait des après midi lecture, écriture, dessin, peinture, couture, cuisine, jeux divers… Toujours en activité et à la recherche de la moindre occasion pour aider son prochain - une véritable passion – Chantal par ailleurs fut d’une grande aide pour apprendre le français à Maria, mais aussi à beaucoup d’autres. Ensuite, Maria me transmettait ce qu’elle avait appris une fois que les enfants étaient couchés. Je me souviens, ils nous arrivaient de nous coucher très tard, mais grâce à ces leçons, nous nous sommes intégrés plus rapidement. Chantal n’a jamais pris conscience de l’importance de son aide pour de nombreuses familles émigrées. Elle disait en souriant et généreusement, je reçois autant que je donne, c’est un des moteur de ma vie, avec les enfants et mon François. Son François, qui ne manquait jamais une occasion pour « donner la patte » à droite à gauche. Les week-ends, difficile de le trouver chez eux. Le marché du dimanche fait, le repas pris, il repartait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Je me souviens de Fatima et se ses enfants, il y a bien longtemps que je ne les ai rencontré.&lt;br /&gt;- Oui, à Charcot, elle logeait à quelques étages au dessous de chez nous. Elle ne pouvait s’empêcher de secouer ses miettes de pain par la fenêtre. Tu me diras, d’autres ne se gênaient pas pour balancer leurs ordures. Ils n’étaient pas nombreux à le faire, mais la saleté se remarque souvent plus vite que le reste. Tous les locataires du coin étaient catalogués. La fille de Fatima, Malika est devenu une belle jeune fille de treize ans. Elle travaille très bien au collège, toujours dans les premiers de sa classe. Son grand frère, Houssine, vit à Dijon avec son amie. Ils ont un petit garçon de trois ans, Mehdi. Fatima et Malika sont relogées au quartier des Pétigny, et s’y plaisent bien. J’ai le souvenir de Fatima mariée à Mohamed. Ils de disputaient sans cesse. Houssine de peur, se réfugiait dans le local à vélo. Une fois divorcés, le calme revint dans leur vie et appartement. Elle ne s’est jamais re-mariée. Houssine aimait beaucoup le sport et passait ses après midis de vacances scolaires au gymnase. Il faisait aussi du vélo et du patin à roulettes en passant sous le porche. Il surveillait sa sœur Malika lorsqu’elle jouait avec ses petites amies devant l’immeuble. Fatima appelait Malika une fois, pas deux, contrairement à Houssine qui voulaient rester avec ses copains. A seize ans, Houssine est en apprentissage dans la plomberie, et depuis, il est resté chez son patron. Cela doit faire bien six ou sept ans. Fatima et Malika sont toujours ensembles. Lorsque Malika eu l’âge d’aller au collège, tu les vois à l’arrêt de bus très tôt le matin. La maman aime protéger sa fille. Le dimanche après le marché, elles vont à la piscine. Ces matins là, nous les rencontrons avec ma femme Maria. Malika aura du mal à quitter sa maman, mais elle a encore le temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Il y en avait du monde dans cette barre, encore une de moins. Dis, Bébert, te rappelles tu le nombre d’immeubles disparus de la Z. U. P. ?&lt;br /&gt;- Oui, attends … Bébert répond tout en comptant sur ses doigts déformés par son arthrose :&lt;br /&gt;- La première fût celle des Narcisses, en 1992, 136 logements, si ma mémoire ne me trahit pas ; la seconde, le bâtiment soixante-quatre, en 1999, 114 logements ; la troisième, le soixante et onze des Clématites, en 2000, 154 logements ; la quatrième, l’immeuble « Charles Peguy », en 2004, 161 logements ; le cinquième, c’est aujourd’hui avec notre « Charcot » avec ses 79 logements. Je crois que le compte y est.&lt;br /&gt;Par contre de nouveaux quartiers ont vu le jour. Celui des « Pétignys »,des « Grands Crus », du « Clos du Roy », du « Clos des Marronniers ». Si ma Pierrette revenait, elle se perdrait dans sa propre ville !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- J’ai entendu dire qu’ils vont encore en détruire ? S’interroge Polo.&lt;br /&gt;- Le prochain devrait être le bâtiment rue Lamartine avec la démolition d’une partie et la réhabilitation de l’autre. Les bureaux de la poste devraient y être installés. La municipalité désire refonder le centre ville autour de la Mairie, du Centre Commercial Saint-Exupéry et la place Coluche avec sa Bibliothèque, là où nous sommes. C’est une bonne idée je pense. Avec la destruction de Charcot, le bourg est aussi plus accessible. La Z. U. P. se rapproche petit à petit des anciens, il faut dire que depuis quarante ans, les jeunes sont les « vieux » de la Z. U. P. chacun son tour, la vie tourne. Et, Polo, tu n’as jamais autant parlé de nos ex-voisins.&lt;br /&gt;- Oui, la nostalgie, certainement… et toi, Bébert, ton logement ?&lt;br /&gt;- T’inquiètes pas pour moi, mon Polo, ma résidence ne sera pas concernée par tous ces changements. Peut-être, l’isolation et un bon ravalement de façade, la mise aux normes des installations électriques, des antennes paraboliques sur les terrasses, et plus d’espaces verts pour les enfants. Cette fois, plus de déménagement. Je vais y passer mes dernières années, jusqu’à ce que la mort m’appelle. J’aime trop mes voisins, le quartier, les chats, alors pourquoi partir ? Mon frère et mes sœurs installés tout près me permet de les rencontrer régulièrement. Même ma fille et mon gendre se sont rapproché et vivent dans l’arrière côte. Mes arrières et petits-enfants restent sur Strasbourg, toujours pour leur travail. Je ne suis pas seul, mes copains d’école sont au cimetière, mais les autres (de Charcot) dont toi Polo, vous êtes là. Aurais-tu pensé que nous serions une nouvelle fois présents pour l’implosion de notre « Charcot » ! Nous l’avons tous maudit, lui et ses habitants, un jour ou l’autre. Rappelles toi l’arrivée de toutes ces familles avec leurs mouflets que nous soupçonnions de tout casser. Eux sont grands-parents, les gosses des parents, et certains d’entre eux grands-parents à leur tour. Quelques uns sont retourné dans leur pays ou région d’origine. Mais regardes, ils sont encore là, nombreux au rendez-vous. C’est une partie de leur vie qui part matériellement, mais qui restera à jamais dans leur cœur.&lt;br /&gt;- Et le Cèdre, va t-il survivre sans écorchures, s’inquiète Polo.&lt;br /&gt;- Pas de problème, tout a du être minutieusement préparé pour qu’il résiste à un tel chamboulement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout à coup, les regards se figent sur notre géant de béton… Il se tient toujours bien droit, dominant et narguant la foule, comme devait être le commandement Jean Baptiste Charcot. En parcourant sa biographie, je compris que j’assistais à la destruction inévitable du « Charcot » identique au naufrage du « pourquoi pas ». La sirène, le compte à rebours, un grand silence, et… une énorme détonation… suivi d’une bombe de poussière ! Même les pigeons prient leur envole pour fuir ce nuage compact, les chiens aboient tous ensembles, la foule applaudi. Tout s’est déroulé comme prévu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Regardes, s’exclame Polo, il est là, encore plus gigantesque, et sans égratignure. Il est blanc de poussière, mais la pluie l’habillera à nouveau de ses belles couleurs. Merci pour ce cadeau, il restera le témoin de toutes les brides de vies de ces familles qui passèrent à « Charcot ».&lt;br /&gt;- Allé, mon Polo, allons donc au Gymnase Gambetta pour le cocktail. Nous allons revoir des copains et discuter tout en dégustant un petit verre. Les organisateurs vont nous projeter des images de l’implosion, c’est indiqué sur notre invitation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Je ne vous accompagne pas, je vais retrouver ma sœur. Je vous remercie de m’avoir permis d’assisté à cet évènement. Je vous souhaite une bonne fin de journée. Merci aussi de m’avoir fait partager ces instants de vies quotidiennes. Je constate que les jugements sur les banlieues ne sont pas justifiés. J’ai beaucoup appris, qu’un village soit en surface ou vertical, la vie est la même pour tous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Notre périgourdin part son esprit empli de toutes ces histoires et de ce spectacle. Il ne l’aurait pas imaginé. Son regard sur les nombreuses Z. U. P. se sera adouci. Il comprend que sa sœur ne désire pas quitter son logement, comme lui ne partira pas de son pavillon du Périgord. Il ne lui demandera plus car il comprend que Chenôve, c’est aussi son bon vin, sa côte, son vignoble, ses châteaux, ses bonnes et grandes caves, sa fête de la Pressée, son plateau de Chenôve, ses activités sportives et culturelles, ses sorties pour les seniors, ses concerts, sa fanfare, sa chorale, ses diverses loisirs….&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S. A. Joseph, ses yeux rougit par ses larmes, essuyait un léger sourire. Un sourire de soulagement devant ce Cèdre qui est toujours debout, tel un naufragé d’un des marins du Commandement « Charcot » du « Pourquoi pas ». Toujours silencieux, il suivi nos deux compères, Bébert et polo, qui se rendent au pot offert à l’occasion de la disparition de cet immeuble.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Cèdre qui a veillé tant d’années sur « Charcot » et qui veille sur le temps déploie ses branches comme une tulipe qui éclôt, pour ouvrir ses bras au soleil. Et la lumière fût.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Je remercie Mustapha Benfodil, Fatima une voisine qui m’ont entraînée dans cette aventure, la municipalité de Chenôve, et tous les autres acteurs qui ont permis cet atelier d’écriture. Sans cette expérience, je n’aurais jamais eu l’idée de mettre mes sensations, mes observations, mes sentiments sur papier. Merci, car je me suis bien « éclatée », « évadée », quittant même parfois notre monde, quel délire. L’écriture est une aide précieuse, autant qu’une médicamentation. MERCI, MERCI … à tous mes maîtres et professeurs qui m’ont donné les leçons de lecture et d’écriture.&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Michèle dite Mimi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nouvelle terminée le 22.04.2008&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;PRESENTATION des FAMILLES&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Bébert et Pierrette,&lt;br /&gt;Maria et Polo,&lt;br /&gt;Mado et Gilou,&lt;br /&gt;Famille Roberto,&lt;br /&gt;Nadia et Majid,&lt;br /&gt;Famille Jacob,&lt;br /&gt;Liliane et Robert,&lt;br /&gt;Le petit Nicolas,&lt;br /&gt;Chantal et François,&lt;br /&gt;Fatima et Malika.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;IMPLOSIONS ! ESPOIR !....&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A toi, si jolie fleur clématites,&lt;br /&gt;Dessinée et construite si vite,&lt;br /&gt;A toi, barre des narcisses,&lt;br /&gt;Gigantesque bâtisse,&lt;br /&gt;A toi, Charles Peguy,&lt;br /&gt;Tu as recueilli tant de vies,&lt;br /&gt;A toi, Commandent Charcot,&lt;br /&gt;Tel un grand paquebot,&lt;br /&gt;Pourquoi pas vous appeler « églantines »,&lt;br /&gt;Vous auriez été peut-être plus dignes,&lt;br /&gt;Alors, vous avez tous disparus,&lt;br /&gt;Afin de laisser courir la vue,&lt;br /&gt;A l’horizon d’une nouvelle ville,&lt;br /&gt;Telle l’araignée qui tisse son fil,&lt;br /&gt;Afin de fièrement se relever,&lt;br /&gt;Telle une bête blessée, enragée,&lt;br /&gt;Devant un monde empli d’espoir,&lt;br /&gt;Pour éviter d’y broyer du noir,&lt;br /&gt;Tes rayons, soleil, éclairera,&lt;br /&gt;Chatouillera, réchauffera,&lt;br /&gt;Tous ces cœurs meurtris,&lt;br /&gt;Des ces nombreuses vies,&lt;br /&gt;Enfin surgira de ce combat,&lt;br /&gt;La paix, un calme plat,&lt;br /&gt;Où tous nous serons heureux,&lt;br /&gt;De partager tant d’instants chaleureux,&lt;br /&gt;Ce sera notre ville de Chenôve,&lt;br /&gt;Noire, jaune, blanche… et pourquoi pas mauve.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M. B.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;DESTIN&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans les années soixante,&lt;br /&gt;A ta naissance,&lt;br /&gt;Tu n’en n’a pas conscience,&lt;br /&gt;Et sans aucune expérience,&lt;br /&gt;Tu deviendras tant d’espérance.&lt;br /&gt;Après un gigantesque travail&lt;br /&gt;De la sueur et des failles,&lt;br /&gt;Tu gagneras la bataille,&lt;br /&gt;E t tu ouvriras tes entrailles,&lt;br /&gt;Pour y accueillir tant de vies,&lt;br /&gt;Avec leurs joies et soucis,&lt;br /&gt;Et telles des fourmis,&lt;br /&gt;Elles y feront leur nid&lt;br /&gt;Debout depuis tant d’années,&lt;br /&gt;Tu étais bien intégré.&lt;br /&gt;Avec un mélange bien calculé,&lt;br /&gt;Au cours de cette matinée, Tu t’es laissé couler,&lt;br /&gt;Fatigué, sans contester.&lt;br /&gt;Pour commenter ton naufrage,&lt;br /&gt;De nombreux bavardages,&lt;br /&gt;D’innombrables reportages,&lt;br /&gt;Pour tourner la page.&lt;br /&gt;D’autres subiront le même sort,&lt;br /&gt;Avons-nous raison, tort,&lt;br /&gt;Des s’acharner sur tous ses « corps »,&lt;br /&gt;Pour un monde couvert d’or.&lt;br /&gt;Après cette détonation,&lt;br /&gt;Comme un pardon, de ne plus être bon,&lt;br /&gt;Tu es tombé dans la cage aux lions.&lt;br /&gt;Adieu Charcot, tu as disparu,&lt;br /&gt;La foule part vers d’autres rues,&lt;br /&gt;Moi, je ne te vois plus.&lt;br /&gt;Humains, ne cherchez vous pas trop loin,&lt;br /&gt;Plus que vous en auriez besoin,&lt;br /&gt;Faites bien le point,&lt;br /&gt;Avant de lever vos poings.&lt;br /&gt;Ne restez pas chagrin,&lt;br /&gt;S’ouvriront, d’autres chemins,&lt;br /&gt;De nouveaux destins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Michéle,&lt;br /&gt;Dite Mimi,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-6692425072265341303?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/6692425072265341303/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=6692425072265341303' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/6692425072265341303'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/6692425072265341303'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/05/la-nouvelle-de-michele-bebert-polo-et.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNjD91CAHI/AAAAAAAAAVs/hGP999gSeug/s72-c/Mich%C3%A8le.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-2719346859423641453</id><published>2008-05-08T13:20:00.000-07:00</published><updated>2008-05-08T13:25:07.801-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNhd91CAGI/AAAAAAAAAVk/FlmfNWUDNwM/s1600-h/Bruno.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5198105562356777058" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNhd91CAGI/AAAAAAAAAVk/FlmfNWUDNwM/s400/Bruno.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;LA NOUVELLE DE BRUNO&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;&lt;strong&gt;Comme un arbre dans la ville&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« - Salut, Louis !&lt;br /&gt;- Bonjour Lucien, que vont-ils faire de tous ces trous ?&lt;br /&gt;- Sûrement des blocs de béton, comme là-bas.&lt;br /&gt;- Salut les vieux, vous regardez les fondations ?&lt;br /&gt;- Oui, qu’est-ce que cela va donner ?&lt;br /&gt;- Un bâtiment de dix étages.&lt;br /&gt;- Ouais, il va falloir faire le tour pour aller aux « marronniers » !&lt;br /&gt;- Mais non, ils ont prévu un passage en plein milieu.&lt;br /&gt;- Bonjour, Monsieur le Maire ! pourquoi tous ces grands bâtiments ?&lt;br /&gt;- Il en faut pour loger tous ces gens qui viennent d’ailleurs et surtout d’Afrique.&lt;br /&gt;- Ils ne peuvent pas rester chez eux !&lt;br /&gt;- Mais ils viennent travailler, faire ce que les français ne veulent plus faire.&lt;br /&gt;- C’est surtout de la main d’œuvre bon marché pour fabriquer un peu plus de miséreux.&lt;br /&gt;- Mais non, il ne faut pas dire des choses pareilles.&lt;br /&gt;- Ils nous ont fait la guère, nous n’avons pas besoin d’eux, il y en a déjà assez.&lt;br /&gt;- Cela ne va pas être facile pour tout le monde.&lt;br /&gt;- Mais si, vous verrez !... »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi parlaient les anciens en ses années soixante finissantes. Du moins ceux là ne verront pas ce que nous allons faire pour l’avenirs. Tout le monde en parle, mais pourquoi ? Ce n’est qu’une page à tourner, d’autres sont tombés avant lui, en plus ou moins longtemps et certainement d’autres après.&lt;br /&gt;Les anciens l’ont commenté,&lt;br /&gt;Une génération l’a fait,&lt;br /&gt;Une autre l’a démoli au nom du progrès.&lt;br /&gt;Ne dit-on pas que l’accouchement se faisant dans la douleur, nous permet la joie de l’après, l’espoir du lendemain ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ahmed et Nadia ont emménagé ce matin. Ils arrivent d’Afrique du Nord avec « armes et bagages ». ce sont les premiers habitants. Emplis d’un espoir sans fin, lui va travailler dans le bâtiment et elle,elle ne sait pas. Elle va l’attendre tout ce temps. Peut-être trouvera t-elle des ménages dans le vieux bourg.&lt;br /&gt;D’autres arrivent encore, de partout, de la région, du Portugal ou d’Asie. Tous ne parlent pas bien le français, et, même certains, pas du tout. Ils sont partis de chez eux à cause de la misère et du chômage, parfois, un exil politique, qui sait ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Charcot » quel rapport avec ce grand homme, ce scientifique d’entre deux siècles ?&lt;br /&gt;un ensemble laid pour d’aucuns, si confortable à d’autres. Car le confort en ces temps de changement, était une cabane au fond du jardin pour les besoins. L’eau courante bien fraîche au fond du puit où il ne fallait pas jouer autour.&lt;br /&gt;Point d’eau chaude, ni de baignoire à domicile ; un vieux baquet métallique est sur la cuisinière à bois, la lessiveuse où chauffait l’eau puisée. Mais dans « Charcot » tout cela est ! et pour monter… un ascenseur, comme ceux des grands hôtels !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« - Ahmed, elle est belle notre maison !&lt;br /&gt;- demain, Nadia, Farid arrive.&lt;br /&gt;- Je suis contente, je pourrais bavarder avec Fatima.&lt;br /&gt;- Non, il vient seul, elle ne peut pas venir.&lt;br /&gt;- Pourquoi ?&lt;br /&gt;- Pas de papiers, les français n’en veulent pas.&lt;br /&gt;- Alors, nous l’accueillerons souvent ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la rue en construction, les gens observent, épient. « - tiens, les jardiniers plantent un cèdre ! » Aucun avenir pour cet arbre, il est comme celui de la chanson. Il est vraiment petit, écrasé par la masse du vaisseau de béton. Et ces couleurs, ils ont des goûts … Bientôt personne n’y pensera plus, la vie continu avec ses manifs qui vont tout chambouler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelques années ont passé. Fatima a pu venir avec ses enfants. Nadia fait des ménages, avec Samir, Khaled et Noria, elle n’a plus beaucoup de temps libre.&lt;br /&gt;Les voisins, qui sont-ils ? sur le palier, des bonjour, au revoir, quelques discutions s’engagent parfois. Mais la routine et les différences aidant, chacun reste chez soi. Seuls, les enfants se connaissent bien. Khaled aime à parler avec Paul et Manuela, les petits portugais de la cage d’à côté. Avec les fils de Fatima, ils vont jouer sous le centre commercial, devant l’immeuble. Là où il y a de la vie, là où tout est gris sous le soleil.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les longues soirées d’été, après les dures journées, les hommes se retrouvaient au café du centre, à refaire le monde, et à parler de nostalgie. Quand aux femmes, elles s’asseyaient sur les banc au pied de « Charcot », pour surveiller d’un œil distrait les enfants, tout en conversant d’hier, d’aujourd’hui et du lendemain. Quelque fois, une du bourg venait les accompagner dans leurs rêves et leur fatigue. Dans ces années soixante-dix, les allés et venues des voisins ponctuaient le quotidien. Les uns s’en allaient, d’autres les remplaçaient, et tout recommençait. Le village « Charcot » tenait la barre droite ; en avant toute pour un voyage dans les ans et vers une vie, ni mieux, ni pire. Une existence paisible qui aurait pu durer sans les hommes nouveaux et l’usure du temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis, le Lucien, le Louis, même l’ancien Maire, tous reposent au cimetière. Ils se racontent certainement de vieux souvenirs de jadis. Aux temps bénis où tous les fantasmes étaient permis. Et puis après, quand ils sont venus, ces étrangers au village, habitaient à « Charcot », Peggy et les autres ! mais ce qu’ils ne comprennent pas, pourquoi ceux là ne viennent pas au cimetière, ici, où ils ont vécu ? pourquoi retourner là-bas, au bled ? Un jardin en vaut bien un autre ! Même si c’est le « dernier ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Khaled et Paul sont trentenaires et leurs enfants goûtent la vie du haut de leurs dix ans. Ils ont réussi à habiter l’un, dans « Charcot », l’autre, pas loin, dans la&lt;br /&gt;Z. U. P. Ils se retrouvent au café comme le faisaient leurs pères. Khaled s’est marié avec Sylvie, une française et Paul à épousé une fille d’une autre ville, italienne d’origine… je crois. Dans leur conversation, un peu d’amertume.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« - A quoi cela a servi d’aller au collège ?&lt;br /&gt;- Paul, c’est pour mieux nous contrôler.&lt;br /&gt;- Pour travailler comme manœuvre…&lt;br /&gt;- Te plains pas trop, nous aurions pu être chômeurs. Regardes maintenant.&lt;br /&gt;- Et les enfants ?&lt;br /&gt;- Ils sont difficiles et ne savent plus a quoi passer leur temps.&lt;br /&gt;- Et, Samir et ta sœur qu’est-ce qu’ils deviennent ?&lt;br /&gt;- Samir est à Paris. Noria est mariée avec Houssine, le fils à Farid.&lt;br /&gt;- Ah, oui, ton voisin.&lt;br /&gt;- Et Manuela ?&lt;br /&gt;- Elle est avec un français et sont partis à la campagne pas loin.&lt;br /&gt;- Quand j’y repense, nos parents où ils en sont. Ils ont travaillé toute leur vie à traîner la misère.&lt;br /&gt;- Eux, cela va encore, ils ont réussit à manger à leur faim. Regarde Jean-Paul et Rachid ce qu’ils font à vingt ans.&lt;br /&gt;- Ils vivent dans leurs appartements avec le R. M. I.&lt;br /&gt;- De toute manière, cela finira mal. Tout est à refaire.&lt;br /&gt;- Comment faire table rase ?&lt;br /&gt;- Oui, peut-être ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est vrai que tout ce qui a représenté l’espoir d’une vie meilleure s’est terni avec le temps. L’habitude est compagne de désillusions, et « Charcot » est un vieillard de trente et quelques printemps. Seul le petit cèdre s’est embelli avec l’âge. Il est majestueux et fier au pied du colosse.&lt;br /&gt;Peut-être la dernière génération, celle qui aura vingt ans s’éveillera sous un jour révolutionnaire. Un monde qui devient de plus en plus violent. Les écorchés vifs de la société n’ont pas de rêves, seulement un peu de haine et de rancœur. Ils détestent ces géants aux couleurs passées. Ikram, elle ne pense qu’à partir, s’enfuir vers un monde meilleur.&lt;br /&gt;Momo a la rage en lui. Il ne pense qu’a détruire tout cet univers, sa prison comme il le dit. Avec sa bande de copains, il traîne au pied de ces immeubles infâmes. Ils ne cache même plus lorsqu’une ronde de « keufs » passe à côté d’eux. Plus tard, ils iront fumer dans une cave et s’éclater. Shérif et Jean rallumeront virtuellement les feux d’un soir de novembre, juste pour la rigolade.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« - bonjour, Grand-mère, mais tu pleurs ?&lt;br /&gt;- ce n’est rien Ikram.&lt;br /&gt;- Mais si, ils t’ont fait quoi ?&lt;br /&gt;- Il faut partir d’ici.&lt;br /&gt;- Pour aller où, et Grand-père ?&lt;br /&gt;- L’immeuble doit être détruit, nous devons déménager.&lt;br /&gt;- C’est super, tu vas avoir un appart tout neuf !&lt;br /&gt;- Oui, mais j’aimais ma maison, les voisins sont gentils.&lt;br /&gt;- Vous en aurez d’autres, et puis ce bâtiment est vieux et moche.&lt;br /&gt;- Il est vieux comme nous.&lt;br /&gt;- Achetez une petite maison, comme celles qui sont vers la chaufferie.&lt;br /&gt;- Avec quel argent ?&lt;br /&gt;- Il y a des bâtiments tous neufs là-bas.&lt;br /&gt;- Ce n’est pas pareil, nous, notre vie est ici ! ici, c’est notre village.&lt;br /&gt;- Téléphones à papa, il va t’aider. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et, Nadia, regarde sa petite fille partir. « c’est un soleil ma petite » pense-t-elle. Un sourire triste aux lèvres, elle se remet à sa tâche. Car demain c’est la fin du ramadan et il faut préparer le repas. Des repas comme celui la, il y en a eu, et c’est le dernier à « Charcot » ; il aura un goût bizarre, différent… le bonheur ne sera pas le même. Pour elle commence une longue veillée, à la lueur des souvenirs. Les belles soirées d’été à l’ombre du cèdre, les naissances des petits et des plus petits, avec les fêtes de famille. Les conversations avec les voisins, les amis, toutes ces relations nourries au fil du temps. Les courses sur le centre, la poste pas très loin… Nadia contemple la panorama de sa fenêtre, elle apprécie cette vue devenu si banale auparavant. Jamais elle ne retrouvera un tel spectacle. Ahmed lit le dossier de relogement déposé par la mairie. Si il le désire, il sera aidé. Mais personne ne peut l’aider, sa solitude est immense. Il lui faut quitter son univers, son monde à lui et à Nadia, la trame de leur vie. Ils leur faudra tirer un trait sur des années de bonheur, un bonheur simple, sans prétention.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bientôt, le jour arrivera et il faut admettre l’inévitable. Ahmed et Nadia ont trouvé un nouveau logement, le long de la Route des Grands Crus. A côté, un grand terrain pour la promenade, devant leur appartement, un petit morceau de verdure. Ce n’est plus un grand bâtiment, non, juste quatre appartements et un hall d’entrée. Nadia s’ennui sans ses anciennes voisines, mais n’en parle pas. Toute la famille est au petit soin. Ahmed s’en va toujours au café sur le centre, il écoute les jeunes parler, mettre à mal son ancienne maison et toute son époque. Comme si ils ne pouvaient comprendre sa détresse. Pour eux, lui et ses semblables ont tout quitté, leur pays, leur famille. Pour les vieux comme lui, Charcot était le refuge, le pont entre les époques. Il était le phare qui ramène les marins égarés au port. Il était RA, le Dieu qui veillait sur les égyptiens. Ces enfants ont perdu les repères, ils n’ont plus les pour les guider, que le hasard. Le grand désir pour Ahmed, c’est avoir d’autres petits enfants. Sa plus grande réussite, ce n’est pas la fortune, non, c’est d’avoir une belle famille, que ses enfants soient armés pour affronter l’avenir. Alors Charcot restera un merveilleux souvenir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce matin d’avril, un grand nombre de personnes s’affairent autour de la carcasse vide de Charcot. De nombreux badauds contemplent le vieux « paquebot ». Ils attendent l’instant où tout sera fini. Puis d’un coup la structure de béton ploie au milieu et tombe dans un abîme de poussière. L’instant d’après, seul, le vieux Cèdre apparaît, grisonnant mais sauf. Il surplombe à son tour un immense tas de gravas. Le géant n’est plus. Il a laissé sa place à un ciel nuageux et triste. Seul un brouhaha sourd monte de la foule.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Bruno,&lt;br /&gt;Né le 09 novembre 1958&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Couvreur Zingueur de son métier&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nouvelle du 25 avril 2008&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certes, il n’était pas construit très beau !&lt;br /&gt;Symbole de renouveau et de bonheur,&lt;br /&gt;De béton et de fer, le grand bateau,&lt;br /&gt;Coquille pleine de vie, de labeur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Charcot navigue sur un flot d’encre.&lt;br /&gt;Ami de ceux qui ont vécu dedans.&lt;br /&gt;Montagne de laideur, née au demi-siècle.&lt;br /&gt;Ephémère à l’usure du temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Charcot est allé rejoindre Charcot,&lt;br /&gt;Au pays des lumières blafardes,&lt;br /&gt;Laissant dans les cœurs et dessus les flots,&lt;br /&gt;Des souvenirs gravés en lettres de garde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puisse, qu’un relent d’éternité&lt;br /&gt;Permette à l’avenir, un peu de rêve.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Bruno,&lt;br /&gt;Né le 09 novembre 1958&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De son métier, Couvreur Zingueur.&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-2719346859423641453?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/2719346859423641453/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=2719346859423641453' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/2719346859423641453'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/2719346859423641453'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/05/la-nouvelle-de-bruno-comme-un-arbre.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNhd91CAGI/AAAAAAAAAVk/FlmfNWUDNwM/s72-c/Bruno.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-4541839051738733448</id><published>2008-05-08T13:14:00.000-07:00</published><updated>2008-05-08T13:17:52.921-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNf191CAFI/AAAAAAAAAVc/3NkTjWxqZtw/s1600-h/Joelle.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5198103775650381906" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNf191CAFI/AAAAAAAAAVc/3NkTjWxqZtw/s400/Joelle.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;TEXTE DE JOELLE MOUNIER&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;ESTHETIQUE D’UN CHAOS&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Murs implosés:&lt;br /&gt;Charcot est pourtant encore là,&lt;br /&gt;Cadavre de béton torturé.&lt;br /&gt;Gravats en attente : cheminées dressées, toujours !&lt;br /&gt;Perchoirs nouveaux pour pigeons étonnés&lt;br /&gt;Ou refuges dangereux pour chats esseulés.&lt;br /&gt;Et au-dessus, bien sûr, le ciel printanier, tumultueux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mur abattu à Berlin, mur construit en Israël.&lt;br /&gt;Mur garni de clématites,&lt;br /&gt;Odorant de chèvre-feuilles&lt;br /&gt;Mur hérissé de tessons de bouteilles,&lt;br /&gt;Renforcé de barbelés,&lt;br /&gt;Mur entre le cœur des hommes.&lt;br /&gt;Mur de toutes les lamentations.&lt;br /&gt;Mur de toutes les prisons visibles ou invisibles.&lt;br /&gt;Mur tagués, maculés, graffitis, salis…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Moi, je cherche le mur peint&lt;br /&gt;Qui se dressait devant le cèdre !&lt;br /&gt;Mur ouvert à gauche, ouvert à droite, c’est rare !&lt;br /&gt;Enlevé lors du réaménagement&lt;br /&gt;Du centre Saint-Exupéry.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mur-fresque colorée où apparaissaient&lt;br /&gt;Notamment un magnifique visage de femme,&lt;br /&gt;Yeux-lavande, cheveux- serpents&lt;br /&gt;Et celui d’un Touareg emmitouflé&lt;br /&gt;Dans son voile indigo. Et aussi&lt;br /&gt;Des baobabs au soleil couchant&lt;br /&gt;Ouvrant leurs branches trapues&lt;br /&gt;Devant celles plus souples de ce cher cèdre&lt;br /&gt;Qui lui, ne recevait jamais les rayons dorés&lt;br /&gt;Cachés par cette glaciale barre.&lt;br /&gt;Ouf ! Elle a disparu !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mur-support de l’article 1&lt;br /&gt;De la chartre des droits de l’homme :&lt;br /&gt;Liberté-Egalité-Fraternité s’y lisaient.&lt;br /&gt;Mur idéaliste, mots glorieux si souvent oubliés !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Charcot, immeuble de toutes les rencontres,&lt;br /&gt;Mosaïques de secrets : Kim, Julie, Kader, Omar, Aldo,&lt;br /&gt;Magda, Pavel, Louis, Simone, Leïla, Sareut, Aminata&lt;br /&gt;Et… Mustapha !&lt;br /&gt;Battements de cils, dialogues avec la mort…&lt;br /&gt;Mains serrées, poings tendus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Moi, je cherche ce mur,&lt;br /&gt;Vestige d’un Chenôve qui, peu à peu,&lt;br /&gt;Se transforme.&lt;br /&gt;Il paraît que c’est pour le meilleur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Espérons que le pire&lt;br /&gt;ne nous explosera pas&lt;br /&gt;En pleine face.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;27 avril 2008&lt;br /&gt;Joëlle Mounier&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-4541839051738733448?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/4541839051738733448/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=4541839051738733448' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/4541839051738733448'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/4541839051738733448'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/05/texte-de-joelle-mounier-esthetique-dun.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCNf191CAFI/AAAAAAAAAVc/3NkTjWxqZtw/s72-c/Joelle.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-3820081789547098354</id><published>2008-05-01T13:11:00.001-07:00</published><updated>2008-05-01T13:50:50.687-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBorLPcLXcI/AAAAAAAAAUE/J1a44_r5iNs/s1600-h/IMG_0670.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5195512592248561090" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBorLPcLXcI/AAAAAAAAAUE/J1a44_r5iNs/s400/IMG_0670.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBokCvcLXZI/AAAAAAAAATs/0t3UeoNRrrs/s1600-h/OM.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5195504749638278546" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBokCvcLXZI/AAAAAAAAATs/0t3UeoNRrrs/s400/OM.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Une petite pensée d’Alger&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh oui, c'est la fin, et nous sommes déjà sur l'autre rive. Ne vous inquiétez pas, nous sommes bien arrivés chez nous, chez vous, à Alger, dans cette maison qui est désormais la vôtre. On est certes crevés mais surtout, surtout, remués, groggy, presque sous le choc. Sous l’effet d’un si beau rêve. On a du mal à manger, à dormir, à respirer. Amina et moi nous posons sans cesse la question : Chenôve eut-il réellement lieu ou bien avons-nous rêvé ? Oui. C’est peut-être un de ces beaux rêves qui vous laissent encore planeur le matin et affreusement triste…&lt;br /&gt;Non, nous n’avons pas rêvé. Vous existez pour de vrai, fort heureusement, et c’est pour cela que l’aventure va continuer. Je vais continuer à publier les nouvelles du Roman de Charcot, et je continuerai à vous donner de mes nouvelles aussi longtemps que les dieux du ouèbe voudront de mes élucubrations.&lt;br /&gt;La journée touche à sa fin et le soleil est parti tôt se coucher derrière l’épaisse brume qui recouvre l’horizon. Du reste, le mythique soleil d’Alger a été morose aujourd’hui. Il était fade, pâlichon, à l’image de mon spleen causé par un violent traumatisme post-chenevelier.&lt;br /&gt;Amina et moi vous embrassons tendrement et que le rêve continue !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-3820081789547098354?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/3820081789547098354/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=3820081789547098354' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/3820081789547098354'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/3820081789547098354'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/05/une-petite-pense-dalger-oui-nous-sommes.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBorLPcLXcI/AAAAAAAAAUE/J1a44_r5iNs/s72-c/IMG_0670.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-5006540776725687589</id><published>2008-05-01T12:48:00.000-07:00</published><updated>2008-05-02T01:19:32.590-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrN7fcLXdI/AAAAAAAAAUM/9knmnsCWo7k/s1600-h/IMG_3554.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5195691542060948946" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrN7fcLXdI/AAAAAAAAAUM/9knmnsCWo7k/s400/IMG_3554.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrN7vcLXeI/AAAAAAAAAUU/mjZdVB4LB_Q/s1600-h/IMG_3560.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5195691546355916258" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrN7vcLXeI/AAAAAAAAAUU/mjZdVB4LB_Q/s400/IMG_3560.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrN7_cLXfI/AAAAAAAAAUc/oLup-CgFUlE/s1600-h/IMG_3572.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5195691550650883570" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrN7_cLXfI/AAAAAAAAAUc/oLup-CgFUlE/s400/IMG_3572.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrN8fcLXgI/AAAAAAAAAUk/gG4j1enTj0c/s1600-h/IMG_3591.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5195691559240818178" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrN8fcLXgI/AAAAAAAAAUk/gG4j1enTj0c/s400/IMG_3591.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrN8vcLXhI/AAAAAAAAAUs/mGdFXEUQSZY/s1600-h/IMG_3579.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5195691563535785490" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrN8vcLXhI/AAAAAAAAAUs/mGdFXEUQSZY/s400/IMG_3579.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBolVvcLXaI/AAAAAAAAAT0/qpfrZSpwi0w/s1600-h/IMG_3554.jpg"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBolWPcLXbI/AAAAAAAAAT8/fmzqguWGG4I/s1600-h/IMG_3560.jpg"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBofo_cLXWI/AAAAAAAAATU/frI37GCpLcc/s1600-h/IMG_3554.jpg"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBofpvcLXXI/AAAAAAAAATc/S90pkwVroA0/s1600-h/IMG_3557.jpg"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Une soirée mémorable&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma résidence à Chenôve est arrivée à son terme. Oui. Déjà. Et elle fut clôturée comme il se doit. La soirée finale aura été un beau feu d’artifice. Elle eut lieu à l’Espace Culturel en présence d’un public magnifique venu écouter en force les bonnes feuilles du Roman de Charcot.&lt;br /&gt;La salle de spectacle fut apprêtée avec soin. Amina ma femme se chargea de la scénographie. Bruno, l’ingé-son et l’artiste lumières, lui a été d’un grand secours. Nadine a fait un travail exceptionnel, elle qui n’est jamais avare en efforts, pour tout mettre en place et régler les moindres détails. Helen y mit beaucoup du sien, elle aussi, ainsi que d’autres mains discrètes qui, tels de joyeux lutins, contribuèrent à la réussite de ce beau spectacle. Les membres de l’atelier d’écriture commencèrent à arriver à partir de 18h. Ils étaient tous sur leur 31. Derniers réglages avant la grande kermesse. Nous avions retenu le principe de casser la hiérarchie scène/salle et de disperser les auteurs aux quatre coins de la salle, au milieu du public. Sur le plateau, il y avait aussi des chaises avec des tables basses autour, comme ailleurs. Amina avait recommandé que le blog fût imprimé et ses pages disposées sur les tables de manière à ce que les personnes qui le souhaitent prennent connaissance de son contenu.&lt;br /&gt;18h45. Valérie ouvre les portes de l’Espace Culturel au public. Les élus municipaux arrivèrent en bon nombre. Je fus placé parmi eux, auprès de M.Jean Esmonin, l’admirable maire par qui tout cela est arrivé. Il m’invita à monter avec lui sur scène, aux côtés d'Adrien Cassina, Pascale Charbonneau ainsi que MM.Roland Ponsaa, adjoint au maire, et Philippe Singer, conseiller à la culture. Les mots que M.Esmonin ainsi que Adrien et Pascale prononcèrent à mon égard me touchèrent au plus profond de moi-même. J’en ai été tout simplement bouleversé. Le maire a même eu une pensée pour ma femme, ce qui acheva de nous honorer. Il insista beaucoup sur la nécessité de renforcer cette passerelle qui s’est jetée entre Chenôve et Alger par le biais de cette résidence, et qui a commencé, dois-je le souligner, grâce à l’association Un Livre Une vie que préside ma très chère Assia Yacine. La ville de Chenôve s’était, en effet, considérablement impliquée dans ce pont aérien, un « pont livresque » jeté entre Chenôve et la ville de Tigzirt.&lt;br /&gt;Après les discours liminaires, place aux lectures. Celles-ci s’enchaînèrent à un rythme endiablé, donnant chacune un avant-goût des hautes aptitudes littéraires de leurs auteurs. Je fus comme eux frustré que les extraits soient courts et ne donnent pas toute la mesure de leur force et de leur haute valeur littéraire et humaine. Ils étaient d’autant plus courts que jusqu’à la dernière minute, il continuait encore d’en pleuvoir. Je me suis retrouvé au final avec 15 textes que je continuerai à publier dans cet espace afin que les lecteurs qui le désirent puissent les apprécier dans leur intégralité. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je n’étais pas peu fier de la prestation de mes collègues. Ils ont été juste épatants. Conformément donc à l’ordre de lecture que j’avais proposé, c’est Nadine qui ouvrit le bal, suivie de Marie-Luce, ensuite Fatima qui lut en présence de ses merveilleux parents, puis Joëlle, ensuite Helen, puis Danielle, puis Pascale, ensuite Bruno, puis Patrice qui fut relayé par Roza accompagnée toujours de sa délicieuse Yasmine, notre petit ange gardien à tous et mascotte de l’atelier. Ensuite il y eut Anne qui donna le témoin à Michèle. Chantal qui rentrait d’une mission nous rejoignit hardîment, suivie par Aurélie, et enfin j’eus l’honneur de fermer la marche. Ce fut trépidant, très fort et très riche, que ce moment que nous avons partagé. A la fin de cette première partie, le public est venu nombreux nous témoigner sa sympathie. J’ai été particulièrement touché de recevoir les hommages d’anciens habitants de Charcot qui tinrent, par leur présence, à saluer cette initiative et nous apporter leur part de lumière. Je voudrais aussi signaler la présence parmi nous de l’artiste algérien, le chanteur Salah Gaoua qui a fait le déplacement de Lyon où il habite spécialement pour assister à cette soirée. Thanemirth, mon frère !&lt;br /&gt;Après un entracte festif, la deuxième partie de notre soirée fut étrennée. Elle était dédiée à la découverte d’auteurs algériens contemporains. Yves-Jacques Bouin, seul sur scène, sans micro, sans rien, juste un spot braqué sur son doux visage, a été époustouflant dans ses lectures. Yves-Jacques est un excellent poète et un comédien de talent. Il dirige avec notre chère Colette La Voix des Mots, et c’est l’un des piliers, voire LE pilier du festival Temps de Parole. Je lui avais donc concocté un petit cocktail de textes, tous publiés dans Les Belles Etrangères- 13 écrivains algériens (L’Aube/Barzakh, 2003). Il s’agit de El Mahdi Acherchour, Hmida Ayachi, Maïssa Bey, Habib Ayoub, Arezki Mellal, Yasmina Salah, Bachir Mefti et Rachida Khaouazem. Un public d’irréductibles était resté avec nous jusqu’au bout pour savourer ces trésors de la littérature algérienne.&lt;br /&gt;A la fin de cette formidable soirée, il devait être 22h, même un peu plus. J’étais sur les genoux mais ô combien heureux et comblé, moi qui étais porté par toute cette foule de lecteurs bienveillants et généreux. La suite de notre fête, je la conterai plus tard…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-5006540776725687589?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/5006540776725687589/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=5006540776725687589' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/5006540776725687589'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/5006540776725687589'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/05/une-soire-mmorable-ma-rsidence-chenve.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrN7fcLXdI/AAAAAAAAAUM/9knmnsCWo7k/s72-c/IMG_3554.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-6188036121523361695</id><published>2008-05-01T12:04:00.000-07:00</published><updated>2008-05-11T07:46:05.735-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCcGlDJEPvI/AAAAAAAAAWc/vdB6V0FLkIs/s1600-h/EHmutapha+016.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5199131528390786802" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCcGlDJEPvI/AAAAAAAAAWc/vdB6V0FLkIs/s400/EHmutapha+016.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrTIPcLXiI/AAAAAAAAAU0/0xSHrC_Dyig/s1600-h/IMG_3640.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5195697258662420002" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrTIPcLXiI/AAAAAAAAAU0/0xSHrC_Dyig/s400/IMG_3640.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrTIfcLXjI/AAAAAAAAAU8/s8C7BnUUJbY/s1600-h/IMG_3613.jpg"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrTIvcLXkI/AAAAAAAAAVE/BKiWWoA9eHQ/s1600-h/IMG_3597.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5195697267252354626" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrTIvcLXkI/AAAAAAAAAVE/BKiWWoA9eHQ/s400/IMG_3597.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrTI_cLXlI/AAAAAAAAAVM/SV2cg5joINM/s1600-h/IMG_3636.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5195697271547321938" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrTI_cLXlI/AAAAAAAAAVM/SV2cg5joINM/s400/IMG_3636.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrTJPcLXmI/AAAAAAAAAVU/4Moq5FcKhcw/s1600-h/IMG_3660.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5195697275842289250" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBrTJPcLXmI/AAAAAAAAAVU/4Moq5FcKhcw/s400/IMG_3660.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBoVjfcLXUI/AAAAAAAAATE/Y-9vM7f0n8c/s1600-h/IMG_3640.jpg"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBoVj_cLXVI/AAAAAAAAATM/2iN7B1se0Qg/s1600-h/IMG_3636.jpg"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Chenôve m’a tuer…&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;A l’issue de la soirée littéraire organisée en mon honneur pour la clôture de la résidence d’écriture, je me retrouvai avec tous mes amis de la bibliothèque et de l’atelier d’écriture dans le sous-sol de la Bibliothèque François Mitterrand pour un dîner royal. Autour de la table, d’autres personnes se joignirent à nous. Yves Jacques Bouin, Salah Gaoua, Assia Yacine, l’élue municipale Marie-Paule Cros, la présidente de l’association des Amis de la Bibliothèque Christiane Jacquot ainsi que son mari, et d’autres encore. A un moment donné, Nadine nous honora d’un dernier texte, intarissable comme elle est. Elle y immortalisait avec une rare délicatesse les beaux moments partagés dans l’atelier d’écriture en réservant à chacun un petit mot comme dans un récit d’autofiction. Hervé Scavone nous invita pour sa part à scander l'hymne des fêtes populaires bouguignonnes, et je dus me pilier à la tradition en faisant des entourloupettes avec mes mains comme le veut l'usage, sous le regard hilare de Azzedine. Puis, ce fut le quart d’heure cadeaux. Amina et moi en eûmes pour 500 euros d’excédents bagages minimum. Le clou du spectacle fut lorsque ce joyeux farfadet de Azzedine me tendit un paquet. Je ne fus pas très très surpris d’y trouver, en l’ouvrant, un maillot aux couleur de l’OM. Ce n’est pas étonnant quand on connaît l’attachement viscéral du meilleur chtarbé de la planète DZ pour le club de foot de la Cité Phocéenne. Mais là où j’en suis resté battu comme on dit pour un gardien devant un coup-franc de Zidane, c’est quand Azz. m’invita à voir ce qu’il y avait dans le dos. Le maillot n’était ni au nom Samir Nasri, ni de Cissé, ni de Njang, ni de Karim Ziani, mais d’un certain M.Benfodil, star montante des ramasseurs de balle que Pape Diouf a visiblement ramené durant le Mercato des Etoiles sans aviser ma femme. J’en étais sur-le-cul ! Sur le maillot, il y avait en outre, détail de taille, ce chiffre cabalistique : 21 300.&lt;br /&gt;Après cela, comment dormir ?&lt;br /&gt;Du reste, il n’était pas question de dormir. Pas seulement à cause de toute cette émotion dont j’avais pris plein la gueule, mais aussi de tous les bagages et énormes cadeaux dont j’ai été copieusement gratifié. Je dus en laisser de bien onéreux derrière moi à l’instar de cette belle bouteille bourguignonne qui me fut offerte par la mairie de Chenôve avec, à la clé, un service à verres estampillés Chenôve (que j’ai malheureusement oubliés, ce qui en dit long sur mon étourdissement profond en ces instants de grand désordre émotionnel).&lt;br /&gt;Le lendemain, Valérie, Azzedine et Pascale se pointèrent chez nous, rue des Narcisses, dans notre immeuble de l’école En Saint Jacques. On avait tous la gueule de bois. C’était surtout la gueule de marbre. Dans nos yeux se lisait ce mot écrit en gros caractères « DEJA ! ». Oui, déjà. L’heure est venue de se séparer. Et avec ça, je vous ai laissé de la vaisselle que je ne pus, dans la folie de la veille, laver. Je placardai, pour faire amende honorable, une misérable feuille blanche au-dessus de l’évier, sur laquelle j’avais écrit : JE SUIS DEZOLE ! C’était mon ultime autographe. Je jetai un regard attristé sur cet appartement affectueux, meublé avec amour, qui nous a accueillis ma femme et moi, et lui fis mes aux revoirs la mort dans l’âme.&lt;br /&gt;A la gare de Dijon, je trouvai tout un comité, pas d’accueil, mais…non, pas d’adieux, pas envie de prononcer cet affreux mot. Un comité d’honneur disons…Tous mes amis étaient là : Adrien, Helen, Fatima, Marie-Luce et son adorable fils Maxime, Anne et Patrice, sans oublier Nadine et son fils Hugo que je fus très heureux de retrouver. A un moment donné, Helen sortit des guirlandes d’une boite en plastique comme on sort un lapin d’un chapeau melon. Sur des espèces de pétales blancs, on avait écrit des mots, des noms, des formules à tuer. Oui. Chenôve m’a tuer, eus-je envie de crier, tant j’étais ému, touché jusqu’aux larmes, écrabouillé par tant de sollicitude. Chez nous, il y a une expression populaire qui dit de quelqu’un qui vous « accable » de sa bienveillance : « Il m’a tué d’honneurs ». C’est ce qui m’est arrivé : si on m’avait retrouvé mort sur le quai et qu’on m’avait fait une autopsie, on saurait que c’est cet excès de générosité qui a eu raison de mon pauvre cœur mou. Pascale en remit encore une couche en sortant de sa boîte à merveilles deux autres paquets comme si tout ce trop-plein d’obligeance n’avait pas sufi à m’asséner le coup fatal. Pour me porter l’estocade, elle extirpa de son cœur grand comme un aéroport un dernier paquet qui me toucha tout spécialement : c’était une enveloppe qui contenait son recueil de nouvelles, un tapuscrit de tonnerre de Dieu intitulé : « Les Mal tombés ».&lt;br /&gt;Vous m’avez comblé de cadeaux, mes chers amis, et à présent, je ne peux plus marcher. Vos cadeaux m’ont terriblement touché mais laissez-moi vous dire, sans fioriture mécanique aucune, et sans être désolé : Mon plus beau cadeau, c’est vous !&lt;br /&gt;Dans le petit mot que je prononçai lors de la soirée de clôture, et citant le cas du Dalaï-lama qui a été fait récemment citoyen d’honneur de la ville de Paris par M.Delanöe, j’ai eu l’impudence de demander à être fait Bonbi d’honneur et citoyen du cœur de la ville de Chenôve. M.Esmonin a eu la bonté d’exaucer mon vœu. Je suis donc officiellement des vôtres, on ne peut plus se quitter !&lt;br /&gt;Mille bises et merci pour tout !&lt;br /&gt;Merci d’exister.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-6188036121523361695?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/6188036121523361695/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=6188036121523361695' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/6188036121523361695'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/6188036121523361695'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/05/chenve-ma-tuer-lissue-de-la-soire.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SCcGlDJEPvI/AAAAAAAAAWc/vdB6V0FLkIs/s72-c/EHmutapha+016.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-1630487914433557989</id><published>2008-04-29T04:56:00.000-07:00</published><updated>2008-04-29T05:02:57.887-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBcNpPcLXSI/AAAAAAAAAS0/ConqFkQVFck/s1600-h/Amina+Dijon+032.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5194635697365671202" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBcNpPcLXSI/AAAAAAAAAS0/ConqFkQVFck/s400/Amina+Dijon+032.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBcNpfcLXTI/AAAAAAAAAS8/cDxJRCmfDbY/s1600-h/Amina+Dijon+033.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5194635701660638514" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBcNpfcLXTI/AAAAAAAAAS8/cDxJRCmfDbY/s400/Amina+Dijon+033.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;&lt;strong&gt;Collège du Chapitre &lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;&lt;strong&gt;Zone d’Imagination Prolifique&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Ce mardi matin, entre 10h et midi, j’ai été l’hôte du Collège du Chapitre, à Chenôve. J’ai passé ainsi deux heures de bonheur avec une classe de 3ème. La rencontre a eu lieu au sein du Centre de documentation dont je salue la responsable. La professeur en charge du cours avait remarquablement préparé sa séance. Les élèves me posèrent des questions fort pertinentes. L’échange a été chaleureux et très convivial avec les Nicole, Anthony, Sofiane, Naouel, Jennifer, Hagar, Jamil et tous les autres.&lt;br /&gt;Les élèves étaient un peu timides au début, comme moi d’ailleurs, après, ce fut un véritable feu d’artifices. La prof avait organisé un atelier d’écriture où elle proposait soit un texte libre sur le thème de la ville, ou un « feeling the gaps » (remplir les blancs) autour d’un poème de Tahar Ben Jelloun. Ou encore une variation sur un texte de Léopold Senghor. Elle eut l’amabilité de me convier au co-encadrement de nos poètes en herbe. Petit à petit, ils lâchèrent bride à leur imagination et cela a donné matière à de belles joutes littéraires. Fortiches, les petits jeunes de la ZEP (Zone d’éducation prioritaire). Je dirais plutôt la ZIP : une Zone d’Imagination Prolifique.&lt;br /&gt;Oui, ils sont vraiment magnifiques, plein d'entrain et d’inventivité, ces potaches du « 21-300 » pour reprendre Nicole. L’étincelante déléguée de la classe a fait graver ce chiffre sur son blouson pour dire sa fierté d’être bonbie, et dans le dos, je pus lire cette mention fulgurante que j’adore et que &lt;em&gt;je kiffe à mort&lt;/em&gt; : &lt;strong&gt;Niquetou&lt;/strong&gt;. Elle est « &lt;em&gt;ouaâr&lt;/em&gt; », notre future journaliste. Naouel, pour sa part, m’a gratifié d’un poème &lt;em&gt;qui déchire&lt;/em&gt;. Je le publie au bas de cette chronique. On entend parfois à l’extérieur de drôle de choses sur la ZUP et sur la ZEP. Moi, depuis mon arrivée à Chenôve – je suis peut-être naïf, je suis peut-être aveugle ou alors que j’ai du bol – je ne vois que de belles choses et de belles gens, et ne fais que de belles rencontres.&lt;br /&gt;Merci, très chers élèves du Collège du Chapitre. Et mille mercis à votre prof exquise. Je dois dire que j’ai vraiment de la chance de vous avoir rencontrés, moi qui rentre demain à Alger après deux mois d’une résidence littéraire intense. L’un de vous, Jamil je crois, m’avait lancé : « &lt;em&gt;Vous êtes adorable&lt;/em&gt; ». Et moi, je vous dis, je te dis Jamil : c’est vous qui êtes adorables. Vous avez donné un sens à mes gribouillis.&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Et vive le 21-300 !!&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Post-it: &lt;/strong&gt;Voici un merveilleux poème que Naoual Bouazzaoui, élève en classe de 3ème au collège du Chapitre, a composé lors de l’atelier d’écriture de ce matin, et qu’elle a eu la gentillesse de m’offrir avec un autographe à la clé :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Il ne suffit pas d’un tas de maisons pour faire une ville&lt;br /&gt;Il faut plus que ça pour faire une vie&lt;br /&gt;Des enfants et des enfants&lt;br /&gt;Des hommes et des femmes&lt;br /&gt;Une avenue et une rue sans âme&lt;br /&gt;Des pierres et de la végétation&lt;br /&gt;Et des quartiers remplis de population&lt;br /&gt;Sur les murs des tags&lt;br /&gt;Comme sur les murs de Prague&lt;br /&gt;C’est le soleil qui illumine Chenôve&lt;br /&gt;Des jardins avec des fleurs mauves&lt;br /&gt;Métallique et hautaine&lt;br /&gt;La ville la plus lointaine&lt;br /&gt;Et nous la traversons comme si nous voyagions&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Naouel Bouazzaoui&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-1630487914433557989?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/1630487914433557989/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=1630487914433557989' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/1630487914433557989'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/1630487914433557989'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/collge-du-chapitre-zone-dimagination.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBcNpPcLXSI/AAAAAAAAAS0/ConqFkQVFck/s72-c/Amina+Dijon+032.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-6035820051392796960</id><published>2008-04-28T16:14:00.000-07:00</published><updated>2008-04-28T16:34:13.127-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBZdf_cLXQI/AAAAAAAAASk/R0NaGVUNwys/s1600-h/Vijay.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5194442024405392642" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBZdf_cLXQI/AAAAAAAAASk/R0NaGVUNwys/s400/Vijay.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBZdgPcLXRI/AAAAAAAAASs/x1qMmJAc_4Y/s1600-h/Vijay+1.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5194442028700359954" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBZdgPcLXRI/AAAAAAAAASs/x1qMmJAc_4Y/s400/Vijay+1.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;LE SAGE DU PONDICHERY&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Ainsi parlait Vijay…&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;&lt;strong&gt;Cueille ce jour&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;Car il est la Vie&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;La vraie vie de la Vie&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;Gandhi&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vijay porte bien son nom. Il m’expliquera qu’en Sanskrit, Vijay signifie « &lt;em&gt;que la joie soit sur tes lèvres&lt;/em&gt; », et « &lt;em&gt;que le sourire ne quitte jamais ta bouche !&lt;/em&gt; ». Et c’est tout lui. Zen, il est la quiétude incarnée. Vijay, c’est la sagesse de l’Inde répandant ses effluves dans le cœur des enfants, dans les allées de la bibliothèque, et les barres des immeubles, et partout où rayonne sa parole. Une douceur du Pondichéry qui s’est posée là, à Chenôve, après un périple digne de Marco polo.&lt;br /&gt;Intarissable de spiritualité, c’est un puits de sagesse sans fond, notre cher Vijay, que tout le monde appelle Simon, que moi j’appelle Vijay parce que ainsi aime-t-il être appelé. Quand, par mégarde, je prononçais « Simon », il me rappelait gentiment sa préférence pour Vijay qui est, du reste, son vrai prénom. Il m’expliquera que c’est grâce aux Brahmanes qu’on trouve la signification des prénoms. « &lt;em&gt;Ils vont consulter les étoiles pour voir la signification des noms. On peut ainsi avoir un fils « berger » mais au sens philosophique du terme&lt;/em&gt;. » dit-il. Il fait certes jeune pour un sage, surtout à se fier à ses cheveux restés étonnamment noirs, et sans teinture aucune s’il vous plait, j’en témoigne. Mais qui a dit que la sagesse se mesurait à l’aune des poils blancs cumulés sur le cuir chevelu ?&lt;br /&gt;Son nom complet est : Vijay Simon Jean. Et pour ce qui est de l’âge, j’apprendrai par sa bouche que dans la sagesse hindoue, « &lt;em&gt;Les Indiens n’ont pas d’âge&lt;/em&gt; », et qu’il serait de mauvais augure d’attribuer un chiffre au temps qui coule sur votre peau, et qui irrigue vos veines.&lt;br /&gt;Vijay est affecté à la section jeunesse de la bibliothèque. Il s’occupe, entre autres, de la gestion du poste informatique conformément à ses qualifications, mais comme pour son ami Azzedine, on aurait tort de l’enfermer dans le rôle de l’informaticien de l’espace « junior » de la bibliothèque. Il faut dire que les enfants et les ados l’aiment beaucoup et ils le font savoir. En attestent les nombreuses marques d’affection qui tapissent les murs entourant son bureau à l’étage supérieur, entre poèmes, dessins et autres témoignages de sympathie pour celui qui leur apporte tellement avec son sourire scintillant dont son visage affable et généreux ne se départit jamais.&lt;br /&gt;Vijay est arrivé en France en 1983. Il est né au Pondichéry, ville du sud-est de l’Inde, dans la province du Tamil Nadu, littéralement le pays des Tamouls. La province s’appelait autrefois Madras, du nom de sa capitale. La ville de Pondichéry est la capitale du territoire éponyme. « &lt;em&gt;C’est un grand port du sud-est de l’Inde&lt;/em&gt; » dit Vijay. La ville abrite par ailleurs de célèbres temples hindous donnant lieu à des pèlerinages massifs à l’instar du temple de Manakkula Vinayaka. « &lt;em&gt;Nous avons d’ailleurs de grands Maharajas&lt;/em&gt; » affirme Vijay. Le Pondichéry, comme chacun sait, fut pendant longtemps une colonie française. La France s’y implanta dès le 17ème siècle par le truchement de la Compagnie française des Indes. Vijay m’apprend que phonétiquement, ce n’est pas fortuit que dans Pondichéry, il y ait « chérie ». C’est la trace sonore de la France. « &lt;em&gt;Pondi renvoie au verbe « ramener » et cherry désigne bien sûr l’amour&lt;/em&gt; » dissèque-t-il. Le 1er novembre 1954 (qui correspond étrangement au déclenchement de la Guerre de Libération Nationale en Algérie), le Pondichéry fut cédé à l’Inde indépendante. Vijay me dira que son grand-père travaillait à l’ambassade de France en Inde et qu’il fut même naturalisé français. C’est ce qui explique son nom, Simon Jean. « &lt;em&gt;Mon grand-père était d’ailleurs de confession chrétienne et toute ma famille paternelle l’était, tandis que ma famille maternelle est hindouiste, si bien que j’ai hérité des deux religions &lt;/em&gt;» dit-il. Pour lui, « &lt;em&gt;la source du bien et la source du mal sont les mêmes dans toutes les religions.&lt;/em&gt; » Personne ne détient ainsi le monopole de la vérité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme on va le voir, la vie de Vijay est un roman de voyage. Il passe d’abord une enfance heureuse dans son Pondichéry natal. Petit, il est plutôt sociable. Même très sociable. « &lt;em&gt;Je suis issu d’une famille de commerçants spécialisés dans le commerce du tissu&lt;/em&gt; » raconte Vijay. Une famille de commis voyageurs donc. Mais son père est un militaire de carrière. L’un dans l’autre, cela donne une vie forcément tournée vers le monde. Le thème de l’évasion s’impose très tôt au garçon très éveillé qu’il est. Il se réjouit d’avoir hérité de deux cultures à la fois différentes et complémentaires, la française de son père et la brahmanique de sa mère. Jeune, Vijay est un garçon dynamique et même un tantinet « turbulent », et ce, de son propre aveu. « &lt;em&gt;Après, j’ai été sous l’autorité d’un grand maître yogi qui s’appelait Lahiri Sri Kanda.&lt;/em&gt; » Un maître qui l’aidera beaucoup à se « calmer ». « &lt;em&gt;Ça m’a appris la sagesse et ça m’a énormément apporté&lt;/em&gt; » reconnaît-il. Plus tard, il donnera même des cours de yoga à Paris, me confie-t-il.&lt;br /&gt;Vijay fait ses études au Pondichéry jusqu’au bac. Il étudie en langue anglaise. « &lt;em&gt;Ma langue maternelle était le tamoul. En Inde, il y a 16 Etats et chaque Etat a sa langue &lt;/em&gt;» dit-il. Après son bac, il quitte l’Inde en 1979 à destination de la Malaisie. Ce sera la première étape d’un long périple qui le conduira aux quatre coins du monde. Sur une carte de la bibliothèque, il me montre toutes les villes qu’il a visitées, les pays où il s’est posé. « &lt;em&gt;Après le décès de mon père, j’ai voulu voyager, voir le monde.&lt;/em&gt;» dit-il. « &lt;em&gt;Mon père avait passé quinze ans dans l’armée française. Il avait fait partie de l’infanterie marine. Il était au grade de sergent-chef. Il a fait la deuxième guerre mondiale sous le drapeau français&lt;/em&gt; ». Il m’apprend à ma grande surprise que son père a même servi en Algérie. « &lt;em&gt;Il est parti en Algérie en 1940 et y resta trois ans, entre Alger et Constantine. Plus tard, il a participé à la Guerre d’Indochine&lt;/em&gt;. » Il était donc lui aussi un oiseau migrateur à sa manière. Vijay sait de qui il tient. « &lt;em&gt;Pour lui, c’était une autre quête&lt;/em&gt; » lance le fils. « &lt;em&gt;A part le cinéma, je passais beaucoup de temps à écouter les récits de voyage de mon père et je me disais : quelle chance il a de faire tant de voyages. J’espère que je voyagerai autant !&lt;/em&gt; » Dont acte. « &lt;em&gt;J’étais doué de mes mains, alors je me suis fait couturier. Je suis d’abord parti en Malaisie. Puis, en 1982, je suis allé à Singapour où j’avais un oncle maternel. Il avait là-bas une boutique de prêt-à-porter féminin du nom de « Fashion-Pri&lt;/em&gt;ya ». &lt;em&gt;J’ai touché à tous les métiers de la couture : coupe, taille, style, design…Dans le cadre de mon métier, j’ai visité plusieurs pays de la région : Thaïlande, Philippines…Je partais en Thaïlande acheter le coton parce qu’il y était moins cher&lt;/em&gt;. » Fin 1982, Vijay tente l’aventure européenne. Il séjourne ainsi à Malte et à Copenhague. « &lt;em&gt;J’ai passé six mois à Copenhague. J’ai découvert au Danemark des gens très froids qui avaient un tout autre tempérament que celui que j’avais laissé en Asie. En Inde ou en Malaisie, tu regardes une personne, tout de suite elle te sourit. Chez nous, si quelqu’un frappe à ta porte, tu l’accueilles avec joie. Ici, c’est la loi de l’individualisme. Il y a d’abord le moi, et le toi vient après. Ce fut pour moi un choc&lt;/em&gt;. » Il me raconte comment, des années plus tard, il avait ramené sa mère pour se faire opérer du genoux. « &lt;em&gt;Elle était choquée à son tour. Elle me disait : comment font les gens pour vivre ainsi ? Les voisins ne se saluent même pas. Tu ne sais pas comment vit ton voisin ?&lt;/em&gt; » Sa mère ne tarda pas à rentrer au pays. « &lt;em&gt;Elle se demandait comment je vivais dans ce monde qui ne ressemblait pas du tout au nôtre. C’est vrai que la modernité ne se fait pas toujours dans le bon sens des choses.&lt;/em&gt; » &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;*&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Vijay débarque ensuite à Londres où la communauté indienne est forte. « &lt;em&gt;J’avais un cousin qui travaillait comme journaliste à la BBC qui m’a accueilli.&lt;/em&gt; » Il s’établit ainsi à South Hall, dans la banlieue de Londres. En 1983, il arrive en France et s’installe en région parisienne, dans le Val de Marne. « &lt;em&gt;Comme j’ai de la famille partout, forcément, j’en ai en France&lt;/em&gt; » sourit-il. « &lt;em&gt;J’avais un proche du côté du Kremlin-Bicêtre qui m’a reçu. Il m’a aidé à trouver de petits boulots. C’est ainsi que j’ai déniché un travail comme aide traducteur dans un cabinet de traduction. Je m’occupais des documents d’état-civil et toute sorte de documents administratifs&lt;/em&gt; ». Il faut noter à ce propos que Vijay est un très bon polyglotte. Comme tous les globe-trotters, il a le don des langues. « &lt;em&gt;Je parle six langues : l’indien, le tamoul, le malais, le thaïlandais, et bien sûr le français et l’anglais. Je le dois à mon ancien métier de marchand de tissus&lt;/em&gt;. » Non seulement il est polyglotte mais Vijay se révèle un touche-à-tout pluridisciplinaire, avec plus d’une corde à son arc. La preuve : en 1984, il rentre à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris où il se fait agent hospitalier. L’année d’après, il passe avec succès son concours pour l’obtention d’un diplôme d’infirmier. Trois ans d’études intensives. Il est en plein dans le train-train parisien et son rythme infernal. Il fait tout à tour les services réanimation, néo-natal et gériatrie. « &lt;em&gt;J’ai même travaillé dans le service du professeur Bernard, un éminent cardiologue&lt;/em&gt; ». C’est dans le milieu hospitalier qu’il aura fait preuve, jusque-là, du plus de longévité. Cinq ans. Un record pour le bourlingueur qu’il est. Cela en dit long sur son âme profondément charitable et ses prédispositions magnanimes. « &lt;em&gt;J’ai vu toutes les souffrances des gens. Je suis de nature sensible, et de voir ainsi des êtres à la fin de leur vie, c’était pénible. Tu portes forcément le poids psychologique de toutes ces personnes qui souffrent en silence&lt;/em&gt;. » En 1988, il retourne en Inde pour se marier. «&lt;em&gt;Je me suis marié selon les coutumes de l’hindouisme. Je voulais faire plaisir à ma mère&lt;/em&gt; » confie-t-il. Une mère qui lui est si chère et qu’il va voir au moins une fois par an. De son mariage, Vijay aura un garçon et deux filles. J’ai vu son fils sur son ordinateur : 18 ans et un physique d’Apollon, de quoi faire chavirer le cœur de pas mal d’adolescentes de passage à la bibliothèque. « &lt;em&gt;Je viens d’une famille de neuf enfants. Mon épouse, elle, avait une fratrie de sept enfants. Mes frères et sœurs se sont dispersés. J’ai même une sœur qui vit à Djibouti. Plusieurs membres de la famille de ma femme vivaient en Bourgogne et c’est comme ça que je suis venu dans la région. J’en avais un peu marre de l’ambiance morose des hôpitaux&lt;/em&gt;. » Vijay est à un carrefour de sa vie. Il s’interroge. Il demande à son maître : « &lt;em&gt;Quel est le secret de la vraie vie ? », « Où réside la vraie félicité, la paix de l’âme ?&lt;/em&gt; » Et son maître de lui répondre : « &lt;em&gt;C’est la vie d’un homme qui doit connaître à la fois la simplicité, la tranquillité et l’humilité envers tout être&lt;/em&gt;. » De la bouche de Vijay coule des flots de sagesse. Il m’honorera d’ailleurs d’un bouquet de paroles spirituelles puisées à différentes sources ainsi qu’un texte du Mahatma Gandhi, son prophète. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;*&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Revigoré par les mots et les conseils de son maître, Vijay se résout à mettre en pratique cette précieuse formule. Il décide donc de quitter Paris, devenu trop pesant pour lui. « &lt;em&gt;C’est ça qui m’a convaincu d’aller d’étape en étape pour atteindre cette tranquillité et trouver enfin la paix en soi-même. L’être humain devient orgueilleux avec le statut social. Si tu atteins cette « paix-en-soi » dans la simplicité, c’est ça la vraie vie comme a dit mon Maître. Où que je suis, je suis comme je suis, je ne change pas. Je ne cherche pas à accumuler les gains matériels. C’est ça qui m’a poussé à fuir Paris et sa vie robotique. Dans une ville comme celle-ci, tu n’as pas la paix de l’esprit. C’est ici, en Bourgogne, grâce au soutien de mes beaux-frères, que j’ai trouvé cette paix, au milieu de cette verdure et ce calme&lt;/em&gt;. »&lt;br /&gt;Vijay change à nouveau de vie – j’allais dire de destin. Il débarque donc en Bourgogne en 1992. Il s’installe d’abord dans Les Grésilles, à Dijon, où vit l’un des frères de sa femme. Il passe un BTS en informatique et bureautique. Il obtient un logement à Chenôve et c’est ainsi que sa vie chenevelière commence. En 1995, il obtient un CES (contrat emploi solidarité) au sein de la ville de Chenôve. Il est affecté au service culturel. « &lt;em&gt;Je m’occupais d’un peu de tout : les femmes de ménage qui travaillent dans les écoles, le transport scolaire, la préparation des dossiers d’octroi des bourses départementales pour les collèges, des choses de ce genre&lt;/em&gt;. » En avril 1996, il rentre à la bibliothèque municipale, d’abord comme agent d’ambiance comme il le précise, avant de rejoindre en 1999 la section jeunesse où il est « responsable salle d’études ».&lt;br /&gt;Depuis, Vijay fait le bonheur des lecteurs, notamment des plus petits. Il semble avoir trouvé sa voie, lui qui totalise plus de dix ans en un même lieu. C’est signe de bonheur. Peut-être cette « &lt;em&gt;paix en soi&lt;/em&gt; » qu’il avait tant recherchée l’a-t-il enfin trouvée ? En tout cas, la simplicité et l’humilité il les a, deux valeurs qui contrastent avec la profondeur de son regard sur les choses et la pertinence de sa parole. Il parle comme un sage, mais c’est loin d’être de la caricature. Vijay a réellement en lui le feu sacré des Brahmanes, la profondeur du Gange et les trésors de la sagesse indienne. La bibliothèque est jonchée de livres de toute sorte, et il semble connaître sur la vie plus que quantité de ces encyclopédies réunies, de quoi vous en boucher un coin. Il me le dit : ce qui compte pour lui, ce n’est pas tant les livres qui gisent dans ces rayons que l’aventure humaine qu’il y a autour. « &lt;em&gt;Cette bibliothèque est un lieu unique&lt;/em&gt; » note-t-il comme de juste. Oui, c’est dans les rencontres, dans le sourire qu’il apporte aux enfants et aux adultes, dans les liens humains qui se tissent autour de lui qu’il trouve son exaltation et sa véritable récompense. « &lt;em&gt;On n’est pas là que pour les livres, il y a aussi (surtout ?) le lien humain. On vient chacun avec le vide qu’il y a en soi et on essaie de le combler. Parfois un seul mot suffit&lt;/em&gt;. » observe-t-il avec tendresse. En songeant à tous les voyages qu’il a faits, il me lance avec le sourire immaculé qui colle tellement à son nom : « &lt;em&gt;Je n’aime pas voyager à travers les livres mais à travers les gens. Dans tous mes voyages, j’étais à la recherche de l’homme.»&lt;/em&gt; Oui. On vient chacun avec son livre intérieur pour le feuilleter ensemble et repartir chacun avec une parole, une, celle qui répare un tort ou panse une blessure. Elle agira comme un baume sur le cœur ou une lumière sur le front. Je m’empêtre dans le lyrisme philosophique hindou on dirait. C’est assurément ça, l’effet Vijay. Une belle contagion par l’esprit !&lt;br /&gt;Une chose est certaine, Vijay, mon frère, mon grand ami : ta paix de l’âme, tu l’as trouvée, en attendant la paix des hommes. Ton Maître est sûrement fier de toi et nous aussi…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;PS :&lt;/strong&gt; Vijay a eu la bonté de me faire don d’un texte qu’il a écrit, accompagné d’un autre du Mahatma Gandhi. Avec sa permission, je les reproduis ici :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;La paix vient de l'intérieur !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;Cultiver notre paix intérieure contribue à faire croître la paix dans le monde. Tout le monde, même notre ennemi est entièrement motivé par la quête du bonheur. &lt;/div&gt;&lt;div&gt;«La paix du cœur mène à la paix mondiale », aime à répéter le Dalaï-Lama.&lt;br /&gt;«Réaliser une paix authentique suppose de transformer samanière de penser et le regard que l'on porte sur le monde et sur lesautres. »&lt;/div&gt;&lt;div&gt;C'est toujours pour ou contre soi-même que l'on agit. (P. Gabory)&lt;/div&gt;&lt;div&gt;Le premier des biens est la paix du coeur. (Voltaire)&lt;/div&gt;&lt;div&gt;S'asseoir en silence, ne rien faire, êtrele printemps vient, et l'herbe pousse toute seule. (Sagesse zen)&lt;/div&gt;&lt;div&gt;L'heure est venue de s'asseoir tranquillement,dans ce silence qui m'inonde et me repose. (Tagore)&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;strong&gt;S J. Vijay&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Cueille ce jour&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cueille ce jour&lt;br /&gt;&lt;div&gt;Car il est la Vie&lt;/div&gt;&lt;div&gt;La vraie Vie de la Vie&lt;/div&gt;&lt;div&gt;Dans son éphémère durée séjournent&lt;/div&gt;&lt;div&gt;La réalité et la Vérité de l'existence&lt;/div&gt;&lt;div&gt;La joie de croîtreLa splendeur de l'action&lt;/div&gt;&lt;div&gt;La gloire du pouvoirCar hier n'est qu'un souvenir&lt;/div&gt;&lt;div&gt;Et demain une simple vision&lt;/div&gt;&lt;div&gt;Mais Aujourd'hui bien vécu&lt;/div&gt;&lt;div&gt;Fait de chaque Hier un souvenir de bonheur&lt;/div&gt;&lt;div&gt;Et chaque Demain une vision d'espoir&lt;/div&gt;&lt;div&gt;Donc, cueille ce jour&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;strong&gt;Mahatma Gandhi&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-6035820051392796960?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/6035820051392796960/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=6035820051392796960' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/6035820051392796960'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/6035820051392796960'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/le-sage-du-pondichery-ainsi-parlait.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBZdf_cLXQI/AAAAAAAAASk/R0NaGVUNwys/s72-c/Vijay.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-8528493082090563855</id><published>2008-04-28T00:55:00.000-07:00</published><updated>2008-04-30T07:18:22.118-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBWF5fcLXPI/AAAAAAAAASc/_Z_7s7tC4cg/s1600-h/V%C3%83%C2%A9ronique.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5194204967980457202" style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center;" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBWF5fcLXPI/AAAAAAAAASc/_Z_7s7tC4cg/s400/V%C3%A9ronique.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;VERONIQUE OMVOGHO&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;&lt;strong&gt;La grâce aux sept mamans&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Véronique Omvogho est installée en France depuis une bonne vingtaine d’années. Elle est médiatrice à la bibliothèque François Mitterrand, métier qu’elle exerce également au centre nautique du Mail. Ainsi, une semaine sur deux, on peut la croiser dans les allées de la bibliothèque, surveillant discrètement son périmètre, n’usant de son pouvoir qu’en cas de grabuge.&lt;br /&gt;Originaire du Gabon, Véronique a toute la grâce et toute la beauté de l’Afrique de mes amours. Son charme nonchalant, ce je ne sais quoi de sensuel conjugué à une spontanéité joviale et sans fard lui confèrent une prestance toute naturelle. Avec son franc-parler rigolard, elle m’avait lancé certain jour tout à trac : « &lt;em&gt;C’est quoi ça ? Les gens viennent se confesser chez toi ou quoi ? Moi aussi, j’aimerais me confesser&lt;/em&gt; » me taquinait-elle de sa voix rieuse. Car elle me voyait effectivement me retirer dans quelque coin de la bibliothèque avec toute sorte de personnes en prévision de mes portrais. De bon cœur, j’ajoutai le nom de Véronique à ma liste de rencontres chenevelières et le parfum d’Afrique qu’elle m’apporta me fit, je l’avoue, l’effet d’une bouffée d’oxygène.&lt;br /&gt;Elle est ainsi Véronique : franche, directe, vraie, une femme de cœur et de caractère. Elle vous regarde droit dans les yeux et vous jette ce qu’elle a sur le cœur à la figure. Elle taquine volontiers ses collègues, n’hésite pas à remettre des lecteurs bruyants à leur place, et s’il le faut, me dit-elle, elle est prête à les défier pour une petite explication à l’extérieur pour leur rabattre le caquet, quitte à en faire un pugilat ! Elle n’a pas froid aux yeux, elle n’a peur de personne, et je gage que son franc-parler et sa sincérité, s’ils lui ont attiré quelque inimitié, ne peuvent que lui valoir l’estime de tous. En tout cas, moi, elle m’a conquis par son naturel et sa vivacité toute africaine. Même si elle est aujourd’hui Française, on devine bien qu’elle est restée Gabonaise dans l’âme et dans le cœur. J’ai été l’été dernier au Mali et j’étais heureux de baigner au milieu d’un peuple aussi accueillant et aussi vrai. Je sais bien que le Gabon n’est pas le Mali, mais croyez-moi si je vous dis que l’Afrique du cœur ne reconnaît pas les frontières, et que ce vaste territoire est un continent de savoir-vivre et de générosité. Les gens ne calculent pas, ne rusent pas, ne trichent pas. Ils partagent avec vous le peu qu’ils ont, et s’ils n’ont rien, eh bien, même ce rien, ils le coupent en quatre et vous en donnent une part. C’est peut-être comme ça que je suis devenu &lt;strong&gt;AlgéRien&lt;/strong&gt;. Dans mon subconscient, ce sont sans doute ces valeurs que j’ai cherchées – et que j’ai trouvées – auprès de Véronique. Elle qui a sept mamans comme elle s’en vante, le fleuve Ogooué qui traverse le Gabon trouve sa source dans sa bouche quand elle parle, et la sagesse des griots ancestraux et le miel des femmes gardiennes de la mémoire des Fang, son peuple, recouvrent toute leur saveur et leur sens dans son verbe. &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Véronique est née dans un petit village du nord du Gabon, près de la ville d’Oyem, capitale de la province de Woleu-Nt’em, important carrefour situé aux frontières à la fois du Cameroun et de la Guinée Equatoriale. Comme je viens de l’évoquer, Véronique fait partie du peuple Fang, l’une des plus importantes ethnies de la région qui rayonne sur tous les pays alentour. « &lt;em&gt;D’après mon grand-père, le peuple Fang vient du Nil. Il fuyait la famine et les guerres et il s’est arrêté là&lt;/em&gt; » dit Véronique. « &lt;em&gt;La Guinée Equatoriale est composée à 90% de Fang, de même que le sud du Cameroun&lt;/em&gt;.» ajoute-t-elle. Le fang, c’est aussi la langue maternelle de Véronique. « &lt;em&gt;Il y a une soixantaine de langues au Gabon, et de temps en temps on ne se comprend pas &lt;/em&gt;». Le Français, elle l’a appris à l’école. Il faut noter à ce propos que le Gabon a lui aussi subi la colonisation française, et ce, jusqu’en 1960. « &lt;em&gt;Il fallait faire 14 km par jour entre le village et l’école en aller-retour pour étudier. Et les écoliers y allaient pieds nus. Ça se passe encore comme ça aujourd’hui&lt;/em&gt;. »&lt;br /&gt;Avant de venir en France, Véronique menait une vie plutôt pépère. « &lt;em&gt;J’avais une bonne situation et rien ne me poussait à partir. Je travaillais comme secrétaire. Je n’étais pas mariée mais j’avais un fils. &lt;/em&gt;» dit-elle. Et d’évoquer la chaleur familiale typique des tribus africaines et leur ambiance de fête au village, avec, à la clé, cette confidence : « &lt;em&gt;J’avais sept mamans et une vingtaine de frères et sœurs&lt;/em&gt; ». « &lt;em&gt;Le Gabonais a le droit de se marier avec dix femmes légalement à la mairie &lt;/em&gt;» explique Véronique en partant d’un gros rire. « &lt;em&gt;Mon père avait sept femmes et moi je baignais dans cette famille pleine d’affection. Je n’ai jamais vu mes mamans se disputer &lt;/em&gt;» assure-t-elle. J’avoue que quand j’ai entendu Véronique dire « &lt;em&gt;mes mamans&lt;/em&gt; », cette formule m’a touché. Je l’ai trouvée presque émouvante. Loin de s’embarrasser de cette polygamie, et usant de son humour et de sa bonne humeur à volonté, Véronique me présenta la chose avec une affectueuse désinvolture. Elle se réjouissait de pouvoir ainsi accroître ses ressources affectives dans ce gisement inépuisable de maternité. « &lt;em&gt;Si je rentre dans n’importe quelle maison, je dis j’ai faim maman et on me donne à manger. Je trouve mon père en train de manger dans la maison de l’autre, je m’installe tranquillement et je mange à ma faim. Si je dois puiser de l’eau pour ma maman, je dois puiser de l’eau pour les autres. Il y avait une harmonie totale&lt;/em&gt; » se souvient Véronique. « &lt;em&gt;Pourtant, il leur arrivait de se disputer, mais pas devant nous, les enfants. Je n’ai pas connu ça, du tout. J’étais vraiment bien. Quand on se retrouve, c’est les embrassades, on est collées les unes aux autres&lt;/em&gt;. » Dans la grande maison qu’est le Gabon, si l’ambiance est moins joyeuse, elle ne confine pas à la catastrophe non plus comme c’est le cas en de nombreux pays africains. « &lt;em&gt;Le Gabon a toujours été un pays paisible, contrairement à d’autres pays. Nous n’avons jamais connu de guerre. Il y avait quelques fois le couvre-feu, mais ça ne durait pas longtemps. D’ailleurs, il est rare de voir un Gabonais s’installer à l’étranger. Maintenant, on s’installe. A Paris, il y a beaucoup de Gabonais, des étudiants pour la plupart. Ils viennent faire leurs études et ils rentrent au pays&lt;/em&gt; ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment Véronique s’est-elle retrouvée en France ? Elle me dira que c’est par le biais de deux de ses sœurs qu’elle est venue dans l’Hexagone avec, pour mission, de s’occuper des enfants de ces dernières. D’après ce que j’ai compris, ses soeurs désiraient voir leurs enfants grandir en France. Employées à la compagnie aérienne du Gabon, elles avaient un niveau social appréciable. Véronique débarqua ainsi à Paris à la fin des années 1980. Elle avait 22-23 ans. Elle avait confié son fils à sa famille et était venue en prospectrice pour tâter le terrain, toujours aidée par ses sœurs. «&lt;em&gt;Je n’ai eu à m’occuper de rien. Ce sont mes sœurs qui ont tout fait. J’ai laissé mon fils au Gabon. Je pouvais le ramener, mais ce n’était pas le but. Le but, c’était d’abord de m’installer avec les enfants de mes sœurs. Elles m’ont demandé de monter dans l’avion, ce que j’ai fait. Je n’avais jamais voyagé en Europe auparavant, c’était vraiment une aventure. Ça faisait trois ans que je refusais, et ma sœur me disait c’est une bonne aventure, tu vas vivre autre chose, tu peux apprendre plein de choses en partant, et à ton retour, tu peux revenir avec un diplôme.&lt;/em&gt; » Ses parents ne s’opposent pas à son départ. Ils l’y encouragent même. « &lt;em&gt;Mon père n’a pas beaucoup voyagé, mais c’est quelqu’un de très libéral. Il aimait les aventures, lui-même en a fait beaucoup étant jeune. Il n’a jamais interdit quoi que ce soit à ses enfants.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;Dans un premier temps, Véronique s’installe à Sarcelles, dans le Val-d’Oise, avant d’emménager à Garges-Lès-Gonesse. « &lt;em&gt;Au début, c’était difficile parce que je me perdais tout le temps dans les trains.&lt;/em&gt; » se souvient-elle en riant. Véronique poursuivait alors une formation professionnelle. « &lt;em&gt;Comme j’étais secrétaire au Gabon, j’ai choisi de me perfectionner dans ce domaine en m’initiant à l’outil informatique&lt;/em&gt; » dit-elle. « &lt;em&gt;En même temps, je m’occupais des enfants de mes sœurs. En tout, j’avais six gosses à la maison.&lt;/em&gt; » Elle me précisera qu’au jour d’aujourd’hui, des six enfants, il n’en reste aucun, les six  ayant grandi entre temps et partis voler de leurs propres ailes. « &lt;em&gt;J’avais mon fils à moi, deux enfants de ma petite sœur et une fille de ma grande sœur que j’élevais en même temps. Celle qui travaille à la compagnie aérienne, j’ai gardé sa fille après le mariage. Ma petite sœur, elle, elle ne travaillait pas. Elle n’avait rien. Quand je suis partie chercher mon fils, je l’ai trouvée avec un bébé qui avait une dizaine de mois, il s’est collé à moi, il ne voulait plus me lâcher, alors je l’ai gardé. Des six, deux sont repartis. Ils ont grandi maintenant. Les autres sont encore avec moi. Ils connaissent leurs mères bien sûr. Ils les voyaient en photo, et maintenant, ils les voient régulièrement quand on va au Gabon.&lt;/em&gt; » La petite fille aux sept mamans devenait ainsi la maman d’une progéniture multiple.&lt;br /&gt;Pendant son séjour à Paris, Véronique ne travaillait pas. Elle était choyée comme une reine. «&lt;em&gt;Dans ma tête, je n’étais pas venue pour travailler ni m’installer, j’étais venue pour mes sœurs. Je ne payais rien du tout. Ma famille était aisée, elle s’occupait de tout. Même pour les billets, quand je voulais partir au pays pour les vacances, mes sœurs s’en chargeaient&lt;/em&gt;.» Véronique avait même droit aux douceurs du pays que ses sœurs lui faisaient convoyer via la compagnie aérienne où elles travaillaient. « &lt;em&gt;Presque toutes les semaines, elles étaient avec moi. Je ne voyais pas les autres membres de la famille mais mes sœurs étaient presque tout le temps avec moi. Je ne faisais même pas le marché. Si j’avais besoin de quoi que ce soit, je téléphonais, et elles me le ramenaient. Parfois, elles m’envoyaient les courses et j’allais les récupérer à Roissy. Même la bouffe, elle venait du Gabon. Il y avait de grandes glacières de 100 litres et je recevais tout du Gabon.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;Au début des années 1990, Véronique débarque à Dijon. « &lt;em&gt;J’ai quitté Paris pour Dijon parce que ma sœur me disait qu’en Province, les appartements sont moins chers que dans la Capitale&lt;/em&gt; » argue-t-elle. Sa sœur connaissait des membres de la communauté gabonaise à Dijon. « &lt;em&gt;Elle connaissait aussi un couple de blancs qui étaient venus au Gabon. Elle les avait bien reçus à l’aéroport où elle travaillait. La première nuit que j’ai passée à Dijon, c’était chez eux. &lt;/em&gt;» Et c’est dans la capitale de la Côte d’Or que Véronique rencontre l’homme de sa vie. «&lt;em&gt;Mon mari était originaire de Sens.&lt;/em&gt; » souligne-t-elle. « &lt;em&gt;C’est après notre mariage que je suis venue à Chenôve. Comme on vivait dans un studio trop petit, on avait demandé une HLM et on nous a donné un appartement de quatre pièces à l’immeuble Charles Péguy. Je suis arrivée à Péguy en septembre 1991.&lt;/em&gt;»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Véronique prend très vite ses marques au sein de l’immeuble Péguy. Son seul souci, au départ, c’était la hauteur. Elle n’y était pas habituée, et la tour lui donnait le vertige les premiers jours. «&lt;em&gt;J’étais au 9ème étage. C’était la première fois que j’étais aussi haut. Quand j’allais à la fenêtre, j’avais les genoux qui tremblaient, et je reculais en courant.&lt;/em&gt; » Pour le reste, le voisinage, la vie dans le quartier, elle en garde de très bons souvenirs. « &lt;em&gt;On était bien, les voisins étaient bien. J’avais des voisins Portugais en face, et si je n’étais pas là, je ne m’inquiétais pas. Pendant le ramadhan, la voisine d’en bas, Madame Sebani, faisait du couscous pour tout le monde. C’était chouette, quoi ! Nos enfants ne se bagarraient même pas.&lt;/em&gt; » Forcément, quand le 26 février 2004, le Péguy devait être déconstruit, cela ne la laissa pas indifférente, même si elle n’y habitait plus. De fait, Véronique avait quitté Péguy en 1996 pour un appartement plus grand dans la tour d’à côté, l’immeuble Clément Ader attenant au centre commercial Saint-Exupéry. « &lt;em&gt;Ça m’a fait un petit pincement au cœur. On était montés au Plateau et j’avais assisté à la démolition. En quelques secondes, il n’y avait plus rien que la poussière. Même si c’est pour la bonne cause, ça fait mal. C’est une petite partie de ta vie qui descend. Qui part en fumée&lt;/em&gt;.»&lt;br /&gt;Véronique se fait donc engager comme médiatrice par la ville de Chenôve. Elle m’avouera en riant qu’au début, elle n’entendait rien à ce curieux métier qu’on lui proposait. « &lt;em&gt;Quand on m’a prise comme médiatrice, je ne savais même pas ce que ça voulait dire. J’ai entendu comme quoi la mairie va embaucher des gens pour travailler dans la ville. J’ai déposé ma candidature et on m’a acceptée. J’ai commencé par la piscine. En fait, le métier de médiateur, c’est l’Etat qui l’a mis en place. Donc, ni la ville ni nous-mêmes ne savions ce que c’était réellement. Il fallait recruter des gens du quartier et je me suis retrouvée là-dedans. Par la suite, grâce aux formations que j’ai suivies, j’ai su ce que signifiait mon métier. J’ai su qu’il ne fallait pas que je m’énerve (elle éclate de rire), et moi, quand je m’énerve, ce n’est pas bon. Donc, il fallait que je soie moi-même déjà calme, que je me maîtrise, pour pouvoir maîtriser les autres.&lt;/em&gt; » Pour elle, le travail de médiateur passe essentiellement par le langage, par l’écoute : «&lt;em&gt;Le métier de médiateur consiste à parler avec les gens pour que ça ne dégénère pas. Avant, les jeunes jetaient les livres par terre, insultaient les employés, leurs crachaient dessus. Nous, nous essayons d’empêcher que les choses dégénèrent. On est là pour calmer le jeu, donc, on essaie de trouver les solutions les plus adaptées pour que le calme règne dans la bibliothèque. S’il y a un conflit entre les collègues et le public, on doit gérer ça. Il m’arrive de hausser le ton pour calmer les jeunes. Parfois, ils sont difficiles. Il faut écouter beaucoup. On ne donne pas de solutions toutes faites aux gens. Il faut les pousser à trouver la solution eux-mêmes en les écoutant&lt;/em&gt;. »&lt;br /&gt;Véronique proteste contre ceux qui réduisent Chenôve au cliché d’un quartier sensible : celui du Grand Mail. « &lt;em&gt;Les émeutes, je les lisais dans les journaux. Dans mon immeuble, il n’y a jamais rien eu. Même les voitures brûlées, je n’en ai jamais vu&lt;/em&gt;.» Et de me raconter cette anecdote désopilante : « &lt;em&gt;La seule voiture brûlée que j’aie vue, c’était celle de mon mari. Elle avait pris feu toute seule parce qu’il faisait très très chaud cet été-là. On se préparait pour aller faire une balade avec les enfants au Lac Kir, et une fois en bas, plus de voiture. Elle avait cramé et il n’en restait que la carcasse fumante. Dire qu'on n’avait rien remarqué&lt;/em&gt;. » Véronique, comme beaucoup de bonbis, était écoeurée de voir les gens faire une fixation sur le côté « &lt;em&gt;chahutant&lt;/em&gt; » de la ZUP de Chenôve. « &lt;em&gt;Ce qui me faisait de la peine, c’est que on ne disait que du mal de Chenôve dans les médias. On ne voit pas le travail intelligent qui s’y fait. Dès qu’il y avait le moindre truc, on en faisait toute une histoire. Quand je disais aux gens où j’habitais, il s’écriaient : « T’habites Chenôve ! » On me disait : « Mais il y a des bandits à Chenôve », et je répondais que je n’avais encore jamais vu un bandit à Chenôve. » Et de poursuivre : « Je suis quelqu’un d’insomniaque, j’étais sans travail à une époque et quand je ne trouvais pas le sommeil, je descendais à 2h du matin me promener dehors. Eh bien, jamais, au grand jamais je n’ai eu le moindre problème. Parfois, j’allais me promener aux alentours du Cimentière. J’avais une chienne, et quand je n’arrivais pas à dormir, au lieu de tourner en rond, je prenais la chienne et on allait faire un tour jusqu’au cimetière ou du côté du Casino. J’ai toujours croisé des jeunes, ils ne m’ont jamais agressée, jamais dit un mot de travers&lt;/em&gt;. »&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;*&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Politisée et très engagée dans le débat citoyen, Véronique souhaite voir toutes les communautés s’impliquer davantage dans le processus politique par le biais notamment du vote. « &lt;em&gt;Le vote, c’est important&lt;/em&gt; » plaide-t-elle en conjurant le spectre de l’abstentionnisme. « &lt;em&gt;Le problème, c’est que on ne s’implique pas beaucoup, et quand on veut s’impliquer, il y a des barrages. Il y a un travail à faire là-dessus. Les partis, les institutions, doivent s’ouvrir. Mais ils ne s’ouvrent pas. C’est dommage. On a encore du mal avec les immigrés. Qu’une Rama Yade ou une Rachida Dati soient au gouvernement ne veut rien dire. C’est de la poudre aux yeux. Ce n’est pas une vraie ouverture. On ne peut pas traiter les gens de racailles et parler d’ouverture.&lt;/em&gt; » Pour Véronique, « &lt;em&gt;il faut commencer par l’échelon le plus bas&lt;/em&gt; ». Elle constate non sans regret que les «&lt;em&gt;Français d’origine étrangère&lt;/em&gt; » peinent à trouver pleinement leur place au sein de la société française, eux qui sont constamment stigmatisés selon elle. « &lt;em&gt;On demande aux étrangers pas encore Français de s’investir, de s’intégrer. Est-ce que le Français, lui, s’intègre à moi ? Parce que, pour qu’il y ait une vraie intégration, il faut que ça soit dans les deux sens, que ça soit réciproque. J’ai passé dix ans de mariage sans vouloir prendre la nationalité. A la moindre chose, j’entends « étranger », « étranger »… Quand un Français d’origine étrangère passe à la télé, on dit toujours que c’est un « français d’origine ». Pourtant, moi, mes aïeux étaient Français puisqu’on était colonisés par la France. Mon père était Français. C’est à partir de 1960 qu’il y a eu l’indépendance du Gabon, et que je suis devenue Gabonaise. Mais sur l’acte de naissance de mon père, c’est marqué Afrique Equatoriale Française. Donc, il est Français. Je suis Française. A 100%. On doit assumer ses responsabilités historiques. Si on ne les assume pas, on n’est personne.&lt;/em&gt;» Véronique estime que les deux Chenôve, celui du haut et celui du bas, ne sont pas mélangés. «&lt;em&gt;Les gens du Vieux Bourg avaient peur de ceux du bas à cause principalement des images qu’ils voient à la télé. Mais au-delà de ça, le Français ne va pas vers les autres. Il faut que ce soit toi qui fasses le pas vers lui. Moi je pense qu’il faut que ça se fasse dans les deux sens. On est dans un monde où tout est mélangé, on n’est plus en 1900 ou en 1800. Les gens voyagent beaucoup maintenant, et ça se voit, les Français qui ont voyagé et les Français qui n’ont pas voyagé n’ont pas la même façon de voir les choses. Celui qui a voyagé comprend mieux les étrangers. Une personne comme moi, je suis née au Gabon, j’ai grandi au Gabon, je suis arrivée ici adulte, on ne peut pas me dire d’oublier ma vie que j’ai vécue avant pour embrasser la vie d’ici et être comme les gens d’ici. Non. Ça se fait petit à petit. Il y a ceux qui y arrivent et il y a ceux qui n’y arrivent pas. Donc, il faut arrêter de leur dire tout le temps vous n’y arrivez pas, vous êtes à part. C’est ça le problème. On est toujours à part.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;Malgré les péripéties parfois malencontreuses rencontrées sur la route de l’intégration, Véronique se sent aujourd’hui pleinement Française et pleinement Bonbie. « &lt;em&gt;Je veux rester ici, Chenôve c’est ma vie. J’y ai vu mes gosses grandir. Je ne quitterai pas Chenôve, ça, jamais. Je suis une Bonbie à 100% aujourd’hui. J’habite Chenôve, je m’y sens chez moi, et je défendrai cette ville. Quand on me dit « Ah, t’habites Chenôve… » Oui, j’habite Chenôve et j’en suis fière!&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-8528493082090563855?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/8528493082090563855/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=8528493082090563855' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/8528493082090563855'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/8528493082090563855'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/veronique-omvogho-la-grce-aux-sept.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBWF5fcLXPI/AAAAAAAAASc/_Z_7s7tC4cg/s72-c/V%C3%A9ronique.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-4907985904605195205</id><published>2008-04-27T00:06:00.000-07:00</published><updated>2008-04-27T00:08:58.230-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBQmffcLXNI/AAAAAAAAASI/b4FYLk4Bgdg/s1600-h/DerniÃ¨re+sÃ©ance+018.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5193818592722509010" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBQmffcLXNI/AAAAAAAAASI/b4FYLk4Bgdg/s400/Derni%C3%A8re+s%C3%A9ance+018.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;LA NOUVELLE DE CHANTAL FERREUX&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;&lt;strong&gt;Auprès de mon arbre…&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce jeudi, joli, matin d’avril frisquet, une terrible implosion gronde dans le ciel, et en un battement de cil, Charcot s’évanouit dans un nuage de poussière et d’amiante mêlées.&lt;br /&gt;Je suis sidérée. Avec elles, j’attends, pétrifiée de voir si notre réceptacle a tenu bon !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque j’y suis arrivée, Charcot dominait, et moi avec lui. Ma chambre-vigie était à hauteur du cèdre qui l’accompagnait depuis toujours. Les jours venteux, le va et vient tumultueux de ses branches me berçait. Le printemps nous apportait à tous deux de nouveaux locataires, il me rendait les chaleurs estivales supportables et l’hiver moins triste.&lt;br /&gt;Quand ma famille s’est installée au dernier étage, nous arrivions de Venarey-les-Laumes. Je me souviens encore de notre émerveillement : chacun sa chambre, une baignoire, des toilettes ! là d’où nous venions, je dormais tête-bêche avec mon frère dans le séjour, la toilette se faisait dans l’évier de la cuisine (et le bain, dehors dans une bassine de zinc était réservé aux jours de grand soleil, chauffage solaire oblige). Quant aux besoins…cabane au fond du jardin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est là que ma nouvelle vie a commencé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur ce palier, quatre familles, quatre filles.&lt;br /&gt;Nos origines étaient si différentes, seule l’école pouvait faire le lien. Nos mères ont fait connaissance devant Paul Bert, lors des longs voyages cahotiques de l’ascenseur, dans les queues à la sécu.&lt;br /&gt;Les maris absents ou travaillant au loin, la solidarité féminine ne tarda pas à les réunir, et de garde d’enfants en dépannage de farine, de tajine contre paella, feuilles de vignes farcies contre tarte à la semoule, les portes du dernier étage restaient obstinément ouvertes toute la semaine.&lt;br /&gt;Nous n’avons pas mis longtemps à les convaincre de partir ensemble à l’école. Nous faisions la course : elles dans l’ascenseur, nous en cavalcade dans les escaliers. Petit à petit, elles ont accepté de nous laisser partir seules. Quelle expédition : l’école en face rien de nos récréations ne pouvait leur échapper depuis les fenêtres des séjours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Soudées comme les trois mousquetaires que nous lisait la maîtresse pendant les cours de couture, nos initiales nous protégeaient contre le monde entier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Moi, Sylvette, plutôt délurée, bavarde comme une pie, curieuse comme un écureuil. Mon père cheminot travaillait toute la semaine au loin, et quand il retrouvait la maison en fin de semaine, il remettait solennellement sa paye à ma mère, prenait le bain hebdomadaire et enfin, pendant le repas, nous régalait d’histoires ferroviaires. Ma mère travaillait le soir, elle faisait des ménages à l’école et en profitait pour ausculter mes cahiers et mes livres, j’avais grâce à elle, le casier le mieux rangé de la classe. Incapable de garder une confidence, je connaissais par elle tous les secrets des maîtresses que je distillais au compte-goutte dans la cour de récréation en échange d’exercices de calcul.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ensuite, il y avait Soledad. Ainée de cinq, elle portait son prénom comme un étendard. Elle était née en France, mais se considérait espagnole avant tout ; ainsi pour carnaval, elle n’imaginait pas d’autre costume que celui de l’andalouse.&lt;br /&gt;Sa mère avait la beauté tragique des reines détrônées. Arrivée à notre âge en France au plus fort de la guerre d’Espagne, elle en gardait l’horreur ancrée au fond de l’âme. Il lui arrivait de rester immobile, assise, volets fermés des journées entières. Alors Soledad lui brossait les cheveux des heures durant, racontant la maîtresse obsédée par l’orthographe, la boulangère roulant les « r » comme une princesse russe, la grosse voisine du troisième s’occupant de son chien comme d’un enfant. Nos mères lui prêtaient main-forte à grand renfort de douceurs orientales, de confidences murmurées jusqu’à ce qu’un sourire vienne surprendre la mélancolique.&lt;br /&gt;Son père, un homme taciturne à la force et au caractère de taureau nous effrayait. Lui aussi travaillait au loin, occupé à construire d’autres Charcot, mais ses retours refermaient la porte de l’appartement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Simone, elle est arrivée en milieu d’année. Je me souviens encore de son apparition dans notre classe de CM2. On aurait dit une hirondelle effarouchée. Cachée derrière la directrice, cramponnée à la main de sa grand-mère, il a fallu la pousser au milieu de nous. Presque mutique, elle ne « s’intégrait » pas, disait l’institutrice !&lt;br /&gt;C’est le cèdre qui nous rapprochées. Elle le dessinait sans cesse, le brodait sur ses mouchoirs, en faisait le héros de ses rédactions. Cela m’insupportait, il était à moi, moi seule avait accès à sa cime et je lui en faisais la remarque sans aménité. Soledad non plus ne l’appréciait guère, son humeur sombre faisait écho à celles de sa mère.&lt;br /&gt;Et puis, madame Leblanc nous a expliqué qu’elle venait du pays ou le cèdre roi souffrait sous les bombes que nous voyons le soir aux actualités. Alors je l’ai invitée dans mon royaume, qui dès lors devint son refuge lorsque le mal du pays la submergeait. A ma grande frayeur, elle s’asseyait sur le rebord de ma fenêtre et tendait les bras en toucher les branches. Je l’invitais souvent à dormir à la maison, elle n’acceptait qu’à la condition que la fenêtre reste ouverte, ainsi l’odeur tant aimée la rassurait et lui assurait des rêves à la douceur de miel. Quand à Soledad, elle prit l’habitude de tresser longuement ses belles boucles noires.&lt;br /&gt;Peu à peu, Simone la solitaire, élevée par ses grands-parents, s’apprivoisa, pris de l’assurance. La révolte qui grondait au fond d’elle devint son arme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, Souad. A son arrivée, je moquais de sa façon de parler, de son accent que j’imitais sans pitié. Mais Simone reconnut en elle une sœur, Soledad était prête à toutes les compromissions pour obtenir les merveilleux griouches de sa mère, alors, pour ne pas être en reste, je fis à reculons le chemin qui nous séparait. Sa dextérité aux jeux de balle, son aplomb lorsque la maîtresse tentait de la convaincre d’avouer quelque faute, sa fierté firent le reste.&lt;br /&gt;Son père était venu faire la guerre contre les allemands, puis il était resté pour « reconstruire la France » comme il disait mi-figue, mi-raisin. Sa mère venait tout droit du bled, et c’est avec nous et nos mères qu’elle apprit le français lors de goûters dignes des mille et une nuits.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette première année scolaire commune arriva à son terme, et fin juin nous hurlions ensemble « les cahiers au feu, la maîtresse au milieu ». Enfin nos journées étaient à nous !&lt;br /&gt;Autour du cèdre nous avons fait nos rondes chantant à tue-tête le folklore obscène des enfants « mes enfants, poil aux dents, respectez, poil au nez ; la vieillesse, poil aux fesses : la vertu, poil au cul » jusqu’à ce qu’une voisine monte cafter à nos mères nous amenant à des séjours prolongés, fesses cuisantes, au fond des placards à balais.&lt;br /&gt;Pour que nous y acceptions les autres enfants, ceux-ci devaient nous faire allégeance et nous ne manquions pas de les contraindre à de menues humiliations, rendant nos sentences injustes à l’ombre magnifique de ce géant bienveillant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sylvette Anne Jolibois, Soledad Almodovar Juarez, Simone Antoinette Jaoud, Souad Ali-Jirah. S.A.J., sages, pas-sages, passagères, notre amitié à grandi comme le cèdre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Devenues collègiennes, nous avons tout appris du vrai Charcot, celui qui avait donné son nom à notre logement ou bien était-ce le contraire, au détour d’un devoir imposé. Nous nous sommes rêvées aventurières des mers à ses côtés (même si nous eussions préféré qu’il s’aventura davantage dans les mers du sud).&lt;br /&gt;Si le cèdre resta notre vigie, « pourquoi pas , » devint notre devise, celle qui tout au long de notre vie nous a permis de tenir le cap dans les inévitables tempêtes. Nous avons grandi, et la vie nous a rattrapées, mais nous lui avons tenu tête de notre mieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toutes, nous avons quitté Charcot, abandonné le navire avant qu’il ne sombre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour, la guerre d’Espagne a rattrapé la mère de Soledad. Remplaçante contrainte, elle prit sa charge. Terminé le collège, envolés les rêves éclatants. Elle passait désormais ses journées à s’occuper de la maison, de ses frères et sœurs. Nous n’osions pas imaginer ses nuits. Lorsqu’elle arrivait à s’échapper, elle aussi venait sur le rebord de ma fenêtre se perdre dans le cèdre.&lt;br /&gt;La dernière de ses sœurs éloignée du domicile paternel, elle prit le chemin de l’Espagne. Là-bas, elle retrouva le soleil qui lui avait tant manqué et les glaces qui l’enserrait depuis si longtemps disparurent. Sa vie est douce et sa filles qui porte nos initiales a trois marraines.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Souad n’est pas partie bien loin. Quelques centaines de mères, mais quand même. Qui aurait cru que la gamine rebelle, aux tournures de phrases approximatives serait aujourd’hui enthousiaste à l’idée de convertir des gamins rebelles aux subtilités de la langue française. Toujours révoltée, prompte à s’indigner, elle est aujourd’hui professeur dans ce collège dont les murs ont, j’en suis certaine, gardé l’écho de ses algarades avec certains enseignants devenus aujourd’hui ses collègues. Elle dit ne pas avoir le temps de s’occuper d’une famille. Que celles de ses frères et sœurs lui suffisent, que la fierté de ses parents la contente. Lorsque nous nous retrouvons, nos fous rires devant les griouèches (qu’elle fait beaucoup moins bien que sa mère) sont mon bonheur et ma consolation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Moi, la vie m’a éloignée du cèdre. C’est pourtant à son pied que j’ai trouvé l’amour. Mon conquérant s’appelait Jean-Baptiste. Pour me plaire, il lui avait d’abord fallu être accepté par mes inséparables, il avait même fini par adopter notre devise, et à force de « Pourquoi pas », ce morvandiau de naissance avait fini par accomplir cet exploit : devenir marin accompli.&lt;br /&gt;Il avait modestement commencé comme cuistot sur ses cargos, puis de sloop en goëlette, a terminé sa carrière en convoyant des yacht de luxe sur les mers du sud.&lt;br /&gt;Jalouse comme pas deux, je n’allais pas le laisser au bon vouloir des sirènes, et nos enfants sont nés sur des océans différents. Fidèle à Charcot jusqu’au bout, il a profité d’une de mes absences pour sombrer corps et bien au large de Saint Malo.&lt;br /&gt;Les enfants étaient grands, j’ai décidé de revenir à Chenôve. Je me suis installée juste en face, dans la tour des Vignes Blanches, et de mon 12ème étage, je contemplais de loin, presque en exil mon cèdre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Simone est la seule d’entre nous a lui être restée fidèle jusqu’au bout. Arrivés à la retraite, mes parents ont déménagé, souhaitant vivre le reste de leur âge dans leur village natal. Elle a réussi à obtenir notre appartement et a continué à s’asseoir sur le rebord de la fenêtre. Ça épatait les enfant, lui valait le respect des adolescents et une solide réputation de cinglée chez les autres.&lt;br /&gt;Contre vents et marées, elle a maintenu la tradition du palier communautaire, gardienne de notre enfance.&lt;br /&gt;Quand il a été question de démolir Charcot, de l’imploser, de le foudroyer, c’est elle qui a explosé.&lt;br /&gt;« Je t’en foutrais du renouvellement urbain » éructait-elle. « Au nom de quoi veulent-ils foutre en l’air les trois quart de nos vies ? est-ce que je me mêle moi, de leurs maisons moutonnières, de leurs jardinets gardés par des chats de marbre ? »&lt;br /&gt;Je peux vous dire que les agents de l’OPAC en on bavé avec elle, mais c’était quand même la vieille histoire du pot de terre…&lt;br /&gt;Il a bien fallu qu’elle accepte un autre logement, mais têtue comme pas deux, elle a réussi à partir à « Rude », le prochain sur la liste, bien décidée à pourrir, aussi longtemps que possible, la vie des « relogeurs ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut croire qu’entre Charcot et elle, c’était à la vie à la mort. Avec les premiers coups portés, les premiers malaises. Peu à peu son teint s’est accordé à celui de l’immeuble démantibulé. Comme lui, elle a été martyrisée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Prévenue par une de ses voisines, Souad et moi sommes arrivées juste à temps pour qu’elle puisse nous confier son dernier rêve. Soledad a trouvé l’idée tellement évidente qu’elle est arrivée par le premier avion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Simone est morte trois jours avant Charcot. Ça nous laissait peu de temps. Heureusement, les dernières volontés sont encore respectables et les services funéraires compréhensifs. Il faut dire aussi que les dijonnais ont eu la courtoisie de ne pas encombrer le crématorium cette semaine là.&lt;br /&gt;Nous avons recueilli l’urne. Le soir même nous nous sommes rendues auprès du cèdre.&lt;br /&gt;Ce ne fut pas une mince affaire, imaginez trois dames d’âge et d’allure respectable, équipées de lampes de poche et de pelles, tirant sur les remparts métalliques cernant la carcasse évidée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous qui connaissez Chenôve, vous savez bien qu’il y a toujours des jeunes gens désoeuvrés, teneurs de murs à qui rien n’échappe. Notre équipée saugrenue ne pouvait que les attirer.&lt;br /&gt;Mis au fait de notre mission, son caractère sacré, incongru et transgressif leur plut. C’est grâce à leur aide efficace que nous avons pu respecter les dernières volontés de notre amie.&lt;br /&gt;Après avoir franchi l’ultime barricade, deux d’entre eux creusèrent au pied du cèdre afin que nous puissions y ensevelir l’urne. A un moment, une bêche heurta quelque chose de métallique.&lt;br /&gt;Ces garçons sont de grands enfants, persuadés d’avoir trouvé un trésor, ils se hâtèrent et mirent à jour une boite dont le décor fleuri semblait promettre des gâteaux vieux de plusieurs décennies. Bien équipés, ils réussirent à vaincre la rouille et stupéfaits y découvrirent deux poupées couchées tête-bêche.&lt;br /&gt;Alors nous revint en mémoire la légende racontée par notre institutrice : les deux fillettes qui en 1940, craignant pour leurs confidentes, les avaient confiées au cèdre pour les protéger de l’occupant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était encore mieux que ce qu’avait souhaité Simone, et devant les garçons émus aux larmes, nous l’avons couchée entre les deux poupées et avons rendu la boite aux racines protectrices.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Serrée entre Souad et Soledad, j’attends encore, et le cèdre qui veillait sur Charcot et nos vies minuscules, et qui veille sur le temps déploie enfin ses branches et l’avenir apparaît.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;Chantal Ferreux&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;L’auteur de cette écrivaillonerie&lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Un-demi siècle cette année, le jour de la fête du roi en Belgique ! Morvandelle pur jus, déracinée en Côte d’Or pour cause d’études, elle y reste : 1) par amour, 2) pour le boulot, 3) pourquoi pas ?&lt;br /&gt;Depuis 25 ans qu’elle passait sous Charcot pour aller au boulot, ce quart de siècle à saluer le cèdre ne pouvait pas la laisser indifférente aux derniers jours de ce naufragé. Depuis, le ciel a repris sa place… tout va bien.&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;C.F.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-4907985904605195205?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/4907985904605195205/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=4907985904605195205' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/4907985904605195205'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/4907985904605195205'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/la-nouvelle-de-chantal-ferreux-auprs-de.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBQmffcLXNI/AAAAAAAAASI/b4FYLk4Bgdg/s72-c/Derni%C3%A8re+s%C3%A9ance+018.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-8218980229567392381</id><published>2008-04-26T00:48:00.000-07:00</published><updated>2008-04-26T16:17:43.970-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBLeh_cLXMI/AAAAAAAAASA/_7cEibvXX2s/s1600-h/DSC_0024.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5193457995858271426" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBLeh_cLXMI/AAAAAAAAASA/_7cEibvXX2s/s400/DSC_0024.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Bonnes nouvelles de Chenôve&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 25 avril 2008.&lt;/strong&gt; Neuvième séance de l’atelier d’écriture. Officiellement, la séance d’aujourd’hui était la dernière. Mais comme on a du mal à se séparer, on en ajoute encore une lundi soir pour préparer la grande soirée finale du mardi 29.&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Le Roman de Charcot&lt;/em&gt; a enfin pris forme. Le recueil compte au jour d’aujourd’hui douze nouvelles, largement au-dessus de la moyenne. Je dirais même que, globalement, elles sont d’excellente facture. Les participants à l’atelier ont d’autant plus de mérite qu’ils avaient relativement peu de temps pour concocter quelque chose. Ils ont merveilleusement joué le jeu et le résultat est là : un florilège de textes d’une richesse, d’une originalité et d’une force tant émotionnelle qu’esthétique inouïes. Il y a eu des larmes, des éclats de rire, des moments de réflexion, de contemplation, et puis d’autres de pur plaisir, tout simplement, et de grande humanité, le tout ponctué de petit pot convivial comme à l’accoutumée.&lt;br /&gt;Nous avions auparavant eu le plaisir d’écouter les textes de Nadine, Helen et Aurélie. Hier, ce fut le tour des autres. Pas moins de neuf nouvelles d’affilée. Les lectures ont duré de 19h à 23h. Tout le monde était épaté de découvrir le résultat de tant d’efforts. Personnellement, cela dépasse toutes mes espérances. La moisson aurait même pu être plus copieuse si le temps n’avait pas fait défaut à certains. Mais l’envie y est, l’envie est là, le talent aussi, et la passion des mots, et la passion de la vie, et tout ce cocktail féroce devrait nous autoriser à rêver d’une continuité à tout cela. Une aussi belle aventure humaine et intellectuelle ne peut s’arrêter comme ça, en si bon chemin. Il faudrait sérieusement envisager une suite, les gars…&lt;br /&gt;Le mardi donc, nos chers Cheneveliers vont découvrir le fruit de ce dur labeur. Je dois dire à ce propos que je me suis retrouvé face à un sérieux problème. Comment faire rentrer douze bonnes nouvelles (dans les deux sens du mot bonnes) en 40mn, soit le temps qui nous est imparti ? La mort dans l’âme, j’ai demandé aux participants de choisir chacun un extrait d’un feuillet et demi et de le travailler. Cela me frustre d’autant plus que chacune de ces nouvelles mérite une lecture intégrale à elle seule. Je me console en me disant que ceux qui souhaitent les lire en entier peuvent toujours les consulter sur ce blog en attendant leur parution en format papier.&lt;br /&gt;A partir d’aujourd’hui donc, je vais mettre en ligne les nouvelles des participants au fur et à mesure qu’elles tombent. C’est Nadine qui ouvre le bal, comme d’habitude, avec deux textes magnifiques.&lt;br /&gt;Pour terminer, j’aimerais rendre un très fervent hommage à mon ami Chawki Amari. D’où la photo. Pour tout avouer, le titre de cette chronique est une parodie de l’un de ses recueils de textes intitulé : « &lt;em&gt;Bonnes nouvelles d’Algérie&lt;/em&gt; », paru en 1997. D’un intelligence féroce touchant au génie, Chawki est un esprit vif et coquin, d’une espièglerie enfantine toute d’humour et de malice, un artiste protéiforme dont le talent gargantuesque touche aussi bien à la littérature qu’au dessin de presse, qu’à la chronique journalistique, qu’à la composition musicale et que sais-je encore. Autre signe particulier : Chawki Amari a fait de la taule pour ses idées. Il a été emprisonné pendant un mois en juillet 1996 pour une caricature. Il fut embastillé à Serkadji, ex-Barberousse, le pénitencier le plus redoutable d’Algérie. Et aujourd’hui encore, Chawki Amari risque de retourner en prison. Il vient d’être condamné à deux mois de prison ferme, ainsi que mon patron, le directeur d’El Watan, Omar Belhouchet, et ce, pour une chronique au vitriol parue dans El Watan. Voilà. Je tenais à avoir cette petite pensée pour Chawki en croisant les doigts pour que son imagination généreuse ne retourne jamais derrière les barreaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-8218980229567392381?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/8218980229567392381/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=8218980229567392381' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/8218980229567392381'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/8218980229567392381'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/bonnes-nouvelles-de-chenve-vendredi-25.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBLeh_cLXMI/AAAAAAAAASA/_7cEibvXX2s/s72-c/DSC_0024.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-5116407103910189478</id><published>2008-04-26T00:43:00.000-07:00</published><updated>2008-04-26T00:48:06.932-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBLeHfcLXLI/AAAAAAAAAR4/LqbbZM0IoEY/s1600-h/DÃ©molition+Charcot+011.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5193457540591738034" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBLeHfcLXLI/AAAAAAAAAR4/LqbbZM0IoEY/s400/D%C3%A9molition+Charcot+011.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;LES NOUVELLES DE NADINE&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;PICCOLO&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;S.A.J., Momo, Thérèsa et les autres&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"C'était un jeudi, un frais matin d'avril. Une terrible implosion gronda dans le ciel et, en un battement de cil, Charcot s'évanouit dans un nuage de poussière sous le regard embué de S.A.J."&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Salut la compagnie !&lt;br /&gt;S.A.J. lève à peine les yeux de son livre et salue Momo de la main.&lt;br /&gt;Le calme matinal du café n'est troublé à cet instant que par le froid vif qui entre en même temps que le nouveau client.&lt;br /&gt;Momo s’approche du bar, commande un café et patiente en regardant à la ronde.&lt;br /&gt;-Salut Sadj ! Je peux ?&lt;br /&gt;-Mouais…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans attendre de réponse plus claire, Momo tire la chaise bruyamment et s’installe. Le café déborde de la tasse, mouille le sucre mais il s’en moque.&lt;br /&gt;En silence, il observe son ami de toujours. Toujours : quel drôle de mot ! Il y a bien un début, un commencement à tout. Leur amitié c’était comme le commencement du monde. Personne, même eux, ne savait vraiment comment ça avait commencé, où et quand ils s'étaient trouvés. Depuis longtemps, ils avaient plaisir à se rencontrer. Maintenant c'était au café du coin, sur un banc ou en flânant sur le mail, plus jeunes c'était dans les caves ou en bas des escaliers. Les années n'enlevaient rien à leur entente, bien au contraire, elles tissaient entre eux une toile solide.&lt;br /&gt;S.A.J. s'arrête de lire. Son sourire est celui d’un enfant frêle, lui qui porte pourtant son mètre quatre vingt dix encore fièrement.&lt;br /&gt;- ça va Momo ce matin ?&lt;br /&gt;-Tu lis quoi ?&lt;br /&gt;- Un truc…&lt;br /&gt;- Ben j'vois bien !&lt;br /&gt;- Je lis "Le roman de Charcot".&lt;br /&gt;- C’est un nouveau, c'est un autre ? T’avais bien été le héros d’un bouquin qui s’appelait pareil ? Oui j'me souviens, c'est quand les intellos avaient écrit sur le « chtit » parce qu'on l'avait fait tomber, non :"imploser" qu'ils disaient.&lt;br /&gt;S.A.J. sourit.&lt;br /&gt;- Pas le héros, mais un des personnages, c’est vrai. Tu sais, le « chtit » comme tu l’appelles depuis toujours, toi, il est tombé mais avant, après, on avait tous envie et besoin d’en parler alors, peut-être bien que ceux qui ont écrit, ils ont parlé à notre place, pour nous, c’est bien finalement.&lt;br /&gt;- Le "chtit" c'était parce qu'il était si grand, moi j'étais si petiot à l'époque que ce géant là, dès que je l'avais vu sortir de terre, j'avais eu besoin de lui faire la nique. C'était ma façon à moi de me grandir. Tu te souviens comme j'étais maigrichon et plus petit que tous les autres de la bande ?&lt;br /&gt;- Oui mais tu t'es bien rattrapé plus tard, surtout pour ce qui est du poids !&lt;br /&gt;- C'est malin…&lt;br /&gt;- Je te taquine, tu le sais bien. Bon alors pour en revenir à ta question : oui c’est bien le même roman. Je l’ai trouvé dans le tiroir d’une commode quand ils ont sorti les "monstres" il y a quelques jours sur le trottoir. Je n'ai pas besoin d'un meuble de plus mais j’aime bien chercher, chiner, regarder les objets abandonnés, imaginer des histoires derrière tout ça, des morceaux de vie laissés sans qu’on y pense, voir les petites affaires de chacun.&lt;br /&gt;- Trouver les billets ou les pièces aussi ?&lt;br /&gt;- T’es bête, y en a qui passe avant de toute façon ! Pour moi, de l’avoir trouvé là, c’est un cadeau du ciel. Je l’ai chez moi, on me l'a offert quand il est sorti mais celui-là, c'est comme s'il n’avait pas voulu mourir et qu’il m’avait fait un signe désespéré avant d'être détruit bêtement par l'oubli.&lt;br /&gt;- Toujours aussi romantique Sadj ? Tu m’en lis un bout ? Tu veux ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De tout temps, Momo avait interpellé S.A.J. en l’affublant d’un petit « d » supplémentaire, un « Sadj » sonore. Il était resté longtemps évasif sur la raison de cette prononciation, même si S.A.J. l'avait questionné à maintes reprises.&lt;br /&gt;- Ben, c’est que tu vois, s’enhardit-il un jour, S.A.J ça fait pas… enfin, avec un « d » c'est plus…&lt;br /&gt;- ça fait plus arabe ?&lt;br /&gt;Momo s'était tortillé sur le banc.&lt;br /&gt;- Si c’est toi qui l’dit, moi ça me va ! avait-il finit par soupirer, comme tranquillisé d'avoir avoué une faute.&lt;br /&gt;De la part de son ami, S.A.J. aurait tout pardonné, même les maladresses. Là était cachées leurs amitiés, leurs complicités et leurs heures passées à refaire le monde.&lt;br /&gt;- Et toi Momo pendant qu’on en est aux confidences. Depuis toutes ces années, je n’ai jamais su ton prénom ou plutôt, tu en as dit tant et à tout le monde, qu’il est difficile de te croire.&lt;br /&gt;- Je ne m’appelle pas Mohammed si tu veux savoir.&lt;br /&gt;Ils avaient ri de bon cœur tous les deux.&lt;br /&gt;- Je m’appelle Maurice, comme mon grand-père qu’est mort à la guerre. Ce qui est bien, c’est qu’avec mes cheveux noirs et un surnom comme çui-là, je peux plaire à tout le monde.&lt;br /&gt;S.A.J avait été attendri par tant d’innocence.&lt;br /&gt;Jamais Momo ne l’avait questionné, lui. Il avait toujours laissé son ami venir aux confidences, sans hâte, sans enquête. Sa famille, ses origines, le pays des anciens laissé au loin, même ses initiales curieusement, ne l’avaient pas rendu plus curieux qu’il ne faut. "Pas de barrières inutiles, pas besoin de savoir pour être pote !" C’était « les mots de Momo » comme il disait !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les trois lettres, comme une trace, tel un tampon frappant à l’encre indélébile un carnet de naissance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S pour Samir, l’ arabe, le compagnon de la veillée&lt;br /&gt;A pour Avel, le juif, la fragilité des choses qui passent&lt;br /&gt;J pour Jermen, le chrétien, issu du même sang&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les prénoms de pays qui se querellent, les prénoms qui se tournent le dos parfois mais ont croisé les femmes de la famille et ému les hommes pour qu’ils restent, un peu. Une identité entière dans cet acrostiche, palette de vie pour tisser des souvenirs quasi imaginaires. Son âme revue mais pas corrigée, ses ancêtres de tout horizon ajoutés et mélangés pour s’enrichir et se prévenir des affres des sectaires. S.A.J. aimait cet insigne, une fierté cachée dont il ne révélait rien, à personne. Un emblème pour gens de tout pays !&lt;br /&gt;- Hé ! Tu rêves, tu me le lis Ton livre ou quoi ?&lt;br /&gt;S.A.J. se remit à lire, à haute voix cette fois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"C'était un jeudi, un frais matin d'avril. Une terrible implosion gronda dans le ciel et, en un battement de cil, Charcot s'évanouit dans un nuage de poussière sous le regard embué de S.A.J."&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- T'étais pas tout seul à avoir la larme à l'œil. Tu te souviens comme elle pleurait ta Thérèsa quand il est tombé ?&lt;br /&gt;- Si je me souviens, sûr que je me souviens même si ça remonte à loin maintenant. 2008, comme ça passe vite. Elle avait froid de partout. Elle se serrait contre moi, elle avait pris mon blouson mais rien n’y faisait, c’était de l’intérieur qu’elle était gelée. On aurait dit qu’on allait lui arracher le cœur. Si j’avais su ce jour-là que trois ans plus tard il s’arrêterait de battre son petit cœur, même pour moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Momo pose sa grosse main rugueuse sur le bras de S.A.J.&lt;br /&gt;- Allez, allez, pense plus à tout ça. Elle se repose maintenant. Laisse là dormir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S.A.J. reprend sa lecture, plus ému, plus grave. Sans pouvoir continuer, il lève la tête et regarde son ami.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Ah ! Les premiers jours à Charcot ! Pour nous 68, ce n'était pas les manifestations, les grèves, c'était la salle de bains, les balcons qui donnent sur la ville, celle qui naissait sous nos pieds. On était des mômes alors on se faisait des courses dans les couloirs tout neufs, ça glissait bien à l'époque. Les rares familles qui étaient arrivées quelques semaines avant nous se sentaient déjà chez elles. Curieusement, elles voyaient d'un mauvais œil chaque nouvel arrivant. Je crois qu’elles auraient aimé rester toutes seules dans le bâtiment !&lt;br /&gt;- Quel château ça aurait été ! Imagine si tu avais eu tout ça pour toi… qu’est-ce qu’on se serait marré ! Bon, on s'est déjà bien marré, c'est sûr ! "Un château majestueux, avec cèdre grand et fort devant l'entrée pour réchauffer madame les après-midi ou permettre à Monsieur de lire à l'ombre" Je rigole. Quand tu penses que des mômes avaient cet arbre pour eux tout seul, avant. Bon c'est sûr, il était moins costaud mais c'était une sacrée chance tout de même ! Paraît que les filles pendant la guerre, elles avaient enterré leurs poupées au pied de l'arbre pour pas que les soldats les trouvent. Elles y sont peut-être encore. Toute façon, vu l'Histoire qui se répète sans cesse, les politicards qui sont toujours à se chercher des noises, vaut mieux qu'elles restent cachées encore un peu, encore quelques siècles de patience, on ne sait jamais !&lt;br /&gt;- Le soir, on répétait tous les mots entendus, enfin plutôt les injures qu’on avait apprises, dans les langues qu’on découvrait. Italien, portugais, arabe de toutes sortes qu'on n'arrivait pas toujours à différencier, même moi. Des mots français aussi car, à la maison, on le parlait mais à notre âge, on ne connaissait pas toutes les insultes.&lt;br /&gt;- Quand j'y pense, on n'était pas en reste pour les chapelets de gros mots nous deux ! On avait même un cahier où le plus grand de la bande, Mustapha, le seul qui était dans la grande école et qui savait bien écrire, notait tout. Je ne sais pas ce qu’il est devenu ce calepin. Il était bleu avec écrit dessus : "NE PAS OUVRIR : DANGER !" en lettres rouges. Il écrivait les mots africains mais ils ressemblaient plus a des mots entendus dans les chansons anglaises de l'époque. On finissait par les savoir tous par cœur et tous les membres de la bande les prononçaient de la même manière, comme une langue en plus, une langue à nous, c'était poilant ! Des potes africains, au début, on n'en avait pas, on n'en connaissait pas d'ailleurs. C'est venu plus tard, quand les familles se sont installées plus nombreuses dans le quartier.&lt;br /&gt;- Je m’en souviens du cahier. Mustapha le rangeait chaque soir dans un endroit différent pour que personne ne le trouve. J'avais peur qu'il lui arrive quelque chose dans la nuit et que le lendemain, on ne puisse pu retrouver notre trésor. Qui sait, on tombera peut-être un jour dessus, caché qu'il sera une dernière fois par Mustapha dans le tiroir d'une commode !&lt;br /&gt;- Quand il a eu vingt ans et qu'il a commencé à sortir avec Amina, on les croisait parfois. On parlait de nos souvenirs d'enfance souvent avec eux et les copains qui restaient encore dans le quartier. Lui, il avait si peur qu'on en évoque certains devant elle, qu'il disait toujours : "J'suis désolé ! J’suis désolé !" avant même qu'on parle et nous on riait fort et on cherchait de plus belle si on en n'avait pas un pire en stock à raconter !&lt;br /&gt;- On en a tant ! Tu te rappelles quand on avait enfermé le Manuel dans la cave ?&lt;br /&gt;- Quelle rigolade, tu parles ! Il hurlait que le dieu des portugais allait nous faire frire.&lt;br /&gt;- J’ai tellement ri, que j’ai pissé dans mon pantalon et que le soir, je me suis pris une fessée comme un gamin par ma mère !&lt;br /&gt;- On a moins ri quand la mère de Manuel a croisé la tienne dans l’entrée de l’immeuble le lendemain et que le facteur a dû les séparer.&lt;br /&gt;- Ah oui ! C’est vrai, je ne me souvenais plus de ça ! C’est drôle, tu étais si souvent avec moi, si souvent avec nous tous, j’ai toujours eu l’impression le soir, que tu allais dormir plus haut, dans la tour, et que tu ne retournais pas dans le village. Tu étais si différent des autres.&lt;br /&gt;- Pour eux aussi j’étais différent. Moi, j’aurais aimé habiter partout. Voir du balcon les autres vivre, vivre avec eux, m'amuser jusqu'à point d'heure plutôt que de me sauver en vitesse parce que c'était l'heure de rentrer dans ma maison du bourg. Mais aussi, je voulais être quand même de Chenôve vieux, de mon village, là où ma grand-mère ses poules et là où j'aimais jouer au cow-boy en solitaire sur la colline. Les tognées que j'me suis prises en remontant le chemin. Les potes comprenaient pas que je puisse être copain avec les arabes qui disaient, même si d'arabe, à l'époque, y en avait pas beaucoup à part toi ! Et encore toi, t'es arabe et pas, hein ? Je me demande si c'est pas là que j'ai décidé de me faire appeler Momo, pour être un gars "des deux", des deux côtés, des deux mondes. Et quand je rentrais dans le "chtit" et que les copains disaient : "Tiens, voilà Momo !" Je crois que j'étais fier d'être de la grande famille de Charcot, fier d'être avec eux, avec toi. Comme les gars de Péguy, on avait même le chant de la barre… bon, je te le refais pas !&lt;br /&gt;- Non, c'est bon… ! Epargne-moi !&lt;br /&gt;- En fait, on est bien pareil tous les deux, même pour ça. Toi aussi, t'as été des deux mondes un jour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S.A.J. penche la tête. Son trouble est perceptible. Ils ont en commun de se comprendre, de se deviner avec tact et de prendre le temps, encore et encore de redire les souvenirs, de rebâtir les moments et de les laisser remplacer le présent, pour un temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Tu dis ça pour Thérèsa ? Toi t'étais l'ami, le frangin. Dans nos histoires de gosses, il n’y avait pas de place pour le racisme, la gêne ou la bêtise qu'amène tout ça. Parfois quand on s'empoignait pour jouer, ou qu'un de la bande était vexé ou en colère et qu'on se mettait la raclée, on se traitait de bougnoules, de crépus, de macaronis ou même de moules à gaufres. C'était jamais mauvais, pas entre nous, pas avec ceux de Charcot en tout cas. Mais elle… Elle c'était pour l'amour. Elle c'était l'autre monde, le pas à pas franchir qu'on a franchi quand même, malgré tout et tous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Imagine !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une fille aussi belle, si dansante quand elle marchait sur le mail, si joyeuse quand elle achetait son pain. Quand je la croisais, vrai, je baissais la tête.&lt;br /&gt;- T'exagère pas un peu ?&lt;br /&gt;- Je t'assure. Non, j'aurais rougi à la place alors, ça aurait été pire !&lt;br /&gt;- ça c’est sûr, valait mieux que tu lui montres pas.&lt;br /&gt;- Et un jour, comme dans les contes de fées, elle a glissé dans une flaque d'eau.&lt;br /&gt;- Sauf que dans les contes, c'est toujours le soleil qu'amène la princesse !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Momo rit de sa bonne blague et commande deux verres de vin du pays.&lt;br /&gt;- Tu me laisses dire quand je parle de Thérèsa. Ce n'est déjà pas facile pour moi alors, laisse-moi dire les mots comme je les sens. A moins qu'elle t'ennuie mon histoire d'amour ?&lt;br /&gt;- Pas du tout, j'adore !&lt;br /&gt;- Elle était là, sa robe jaune et blanche étalée autour d'elle comme une corolle, toute mouillée, fripée. Telle une altesse, elle restait assise sans faire mine de se lever. Quand elle a levé les yeux, j'étais là. Quelle veine, c'est moi qui étais là ! Je lui ai tendu la main et pour la première fois, la peau que je rêvais de toucher, je la touchais, les yeux que je rêvais de traverser, je les pénétrais, le sourire que j'espérais, elle me l'offrait. Elle retenait ma main contre elle mais ne bougeait plus. Moi, grand dadais devant l'éternel, je regardais par-dessus son épaule de peur que quelqu'un n'assiste à la scène, alors que mon cœur aurait donné cher pour que tout le monde me voie.&lt;br /&gt;- C'est beau ! Et en plus, t'en rajoutes chaque fois un peu…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S.A.J. fronce les sourcils. Momo en profite pour trinquer.&lt;br /&gt;- Quand on a commencé Thérèsa et moi à se chercher, se guetter, s'attendre en bas de la tour, c'est là que le bonheur a pointé son nez et… que les ennuis ont commencé. Ses frères étaient sans cesse en train de la pister. Il la suivait même au nouveau supermarché. Ma mère s'en mêlait. Elle prenait sa voix autoritaire et clamait devant tous au moment du repas, pour les prendre à témoin :"Paraît que tu fricotes avec la belle ritale du cinquième ? Tu peux pas te trouver une fille du pays ?" Je souriais plutôt que de m'énerver et je lui disais calmement :"M’mam, on est de combien de contrées dans notre famille, de quel pays faudrait que je te ramène une fiancée pour qu'elle soit à ton goût ?" Mon père mangeait sa soupe et souriait discrètement sans intervenir. Quand elle m'agaçait plus, quand ça tombait plus mal, je faisais le sourd, non : j'étais sourd. Les seuls mots que j'entendais étaient ceux de Thérèsa. Des mots doux, tendres et chauds et les tiens, quand tu me disais de les envoyer tous se faire foutre ceux qui se mettaient en travers de notre chemin.&lt;br /&gt;- De quoi y se mêlaient d'abord ?&lt;br /&gt;- De tout. Quand on vit tous ensemble comme à Charcot, on est si près des autres, tout est partagé sans le vouloir. Même si des gens se croisent pendant plus de dix ans sans se connaître, ils savent qu'il y a un nouveau-né dans la barre, que la voiture rouge est une nouvelle voiture dans le quartier, que la fille Truc ou Machin a marié un électricien et quel jour. TOUT je te dis. Les peines, les joies, tout se sait mais si mal. Les moments les plus intimes aussi sont vécus et partagés par d'autres sans qu'ils y soient invités.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Momo regarde S.A.J. et ils éclatent d'un rire sonore. La même image remonte le temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Marcel, remets-nous un p'tit verre, les mots et les rires nous assèchent le gosier. Certains souvenirs un peu chauds, aussi !&lt;br /&gt;- Qu'est-ce qu'on a pu rire ! C'était le jeudi, on n'avait pas classe et chaque fois que M. Piquouette (tu parles d'un nom !) passait la porte vers deux heures pour aller au jardin, sa bonne femme faisait grincer le lit peu de temps après. On n'a jamais su si c'était le même chaque fois qui venait la distraire, mais ils y allaient de bon cœur !&lt;br /&gt;- Je crois que si on s'était fait prendre à les écouter, on aurait dégusté autant qu'eux !&lt;br /&gt;- Vous avez l'air bien joyeux les "charcotis" ce matin ?&lt;br /&gt;- Charcotis, charcotis : Ah Marcel ! Tu peux pas comprendre. T'es d'la campagne toi !&lt;br /&gt;- T'es pas gonflé. Ça fait trente années que j'vous sers et j'suis pas d'ici ?&lt;br /&gt;- Non, j'ai pas voulu te faire de la peine mais tu vois c'est pas pareil quand on regarde que quand on vit de l’intérieur et Charcot, c'est ça : y en a quand parlent, y en a même qui peignent des tableaux des années passées, des années perdues mais nous, on y était alors, on peut dire qu'on en a sur le cœur quand c'est le cas, et sur les lèvres quand on a envie de faire réapparaître ce bout de la vie ! Nous en veux pas si on est un peu chauvin, parfois.&lt;br /&gt;- Bon, bon, peut-être bien que c'est ça la vie. Je vous laisse à votre matinée de vieux raconteurs d'histoires. Ils doivent quand même pas tous être aussi drôles vos souvenirs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S.A.J. et Momo trinquent en se regardant. Nul besoin de mots pour savoir où va leur mémoire à cet instant. Le sourire disparaît doucement comme le soleil s'efface le soir derrière la butte.&lt;br /&gt;C'est Momo qui enchaîne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Plus tard, le jour où t'es allé faire ta demande pour marier Thérèsa, j'aurais bien aimé qu'on puisse filmer : un vrai drame !&lt;br /&gt;- Elle était fière, belle et fière. Elle avait tenu à s'endimancher même si c'était un jour de semaine. C'était des idées qu'elle avait ma tendre. Alors moi, j'avais dû faire comme elle. Je me sentais un peu idiot mais elle avait les mots pour que je sache que c'était bon et meilleur. Le reste, j'avais tôt fait de l'oublier quand elle roulait des yeux. Elle avait tout décidé : le jour, l'heure de la demande à ses parents. Notre rendez-vous se ferait au pied du cèdre avant de monter et pas ailleurs. Elle pensait qu'il serait notre premier témoin et que sans ça, on pouvait pas y croire vraiment à notre amour. Des "trucs de filles" mais moi, je sentais bien que ça avait aussi son importance. Le cèdre avait tout vu depuis tant de d'années, il avait supporté au moins deux guerres pour ce qu'on en savait ; qui aurait pu être plus sage que lui pour protéger nos âmes et nos sentiments, hein ? Elle voulait qu'on grave un cœur avec nos initiales dedans par contre ça, je n'ai pas voulu. J'avais peur qu'on le blesse et qu'il nous en veule. Elle avait sourit et avait ajouté que j'étais encore plus romantique qu'elle ! Je ne sais pas si c'était vraiment un compliment !&lt;br /&gt;- Du bonheur pour après, du bon présage mais pas pour ce soir là… !&lt;br /&gt;S.A.J. fixe un point clair sur la table en bois. La mémoire porte tout en elle. Le film est bien net, la bobine tourne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- J'ai entendu les cris depuis le chemin. J'avais fait comme prévu. Je voulais pas tenir la chandelle alors on s'était mis d'accord pour se voir plus tard toi et moi, pour se raconter.&lt;br /&gt;- Le père Francisi, il avait jamais dû crier autant, même après ses gars pourtant, c'était pas des anges. La mère de Thérèsa hurlait, elle aussi, qu'on lui volerait pas sa fille. On aurait dit les femmes du bled à elle toute seule quand elles pleuraient encore les morts. Je crois que je n'ai jamais su si c'est Thérèsa qui me l'a dit avec ses yeux ou moi qui lui ai tendu la main comme au premier jour, mais au même moment, on a dévalé les escaliers tous les deux. Fuir les cris, le bruit des adultes et leurs sales valeurs à la noix qui nous faisaient souffrir. RIEN, rien n'aurait pu nous retenir, nous arrêter. Tu vois Momo, si on savait des jours comme ceux-là, les jours qui font mal, comment ils se défont plus tard, on aurait sans doute moins peur de les vivre.&lt;br /&gt;- Tout le monde vous cherchait. Moi je devais rentrer au village mais j'osais pas partir. J'avais confiance, j'étais sûr que vous vous feriez pas prendre mais j'avais peur aussi. Ils étaient tous devenus fous. On a bien cru à un moment que les Italiens allaient s'armer et s'en prendre à tous les Arabes du coin. "C'est la guerre" on entendait.&lt;br /&gt;- Tu as raison, ça aurait pu très mal finir, la connerie humaine n'a pas de limite ! Ma mère et mon père nous cherchaient pour nous cacher. Mon petit frère et ma petite sœur, qui comprenaient un peu trop de choses pour leur âge, indiquaient dix fois des endroits différents où chercher, jurant qu'ils nous avaient vus ici ou là, même à ceux qui ne demandaient rien.&lt;br /&gt;- Et soudain, y a le père de Manuel qu'a crié dans son mégaphone. J'ai su plus tard qu'il était à Paris en mai 68 et qu'il l'avait trouvé dans une rue pleine de barricades et gardé en souvenir. Je sais pas si pour faire la révolution il avait servi mais ce jour-là, oui ! Il a hurlé toute son histoire, on avait presque honte car TOUT, il a tout dit. La famille qui crache par terre, les amis qui s'éloignent, la grand-mère qu'à un arrêt du cœur pour la circonstance… Tout ça à cause de sa bretonne, sa mésalliance, celle qu'il aimait et qui lui a fait de si beaux gamins plus tard, qu'il disait. Nous les jeunes, on se marrait un peu. Il a continué en criant que quand on la regarde sa femme, quand on l'entend défendre ses fils, et nous tu parles si on était d'accord, elle était plus portugaise que ses propres cousines. Et il a fini par dire que si on était assez con pour pas avoir compris que Charcot c'était un pays à lui tout seul, une patrie toute entière, on serait malheureux partout ailleurs.&lt;br /&gt;- Même cachés Thérèsa et moi, on a entendu le silence qui a suivi. Les murmures aussi. On tremblait mais on avait l'impression forte d'avoir assisté à un événement, un "tournant" dans l'histoire du quartier. A moins que ce soit aujourd'hui où ces souvenirs remontent, que j'ai ces pensées là. Les semaines, les mois ont passé. Nos vieux se sont calmés. On a pris un deux pièces à Renan et comme on ne voulait pas vivre dans le pêcher, on s'est marié dans l'année. Pas devant dieu, on ne savait pas lequel choisir et de prendre l'un ou l'autre, ça n'aurait pas été bon pour les familles.&lt;br /&gt;- Tu dis que les esprits s'étaient calmés mais vu ce que vous avez reçu en cadeau le jour du mariage, tous n'étaient pas si contents de vous voir ensemble !&lt;br /&gt;S.A.J. se penche en arrière sur sa chaise, ferme les yeux et repense à la scène.&lt;br /&gt;L'enveloppe glissée sous la porte. La porte qui s'ouvre à la volée : personne !&lt;br /&gt;Puis Thérèsa qui devine avant tout le monde que ce n'est pas du bon. Elle refuse qu'on ouvre la lettre. S.A.J. lui caresse la joue pour la rassurer, l'amadouer.&lt;br /&gt;- J'ai jeté l'enveloppe par terre dès qu'elle a été ouverte, dit S.A.J. Une bien grosse qu'il y avait dedans et odorante avec ça !&lt;br /&gt;- Oh ! Arrête ! Tu me dégoûtes.&lt;br /&gt;- C'est quoi qui te dégoûte ? Le cadeau parfumé ou le salopard qui nous l'avait envoyé ? D'un bond ma Thérèsa s'est reprise et redressée et tel un soldat en partance pour la guerre elle a dit : "Autant que ça serve !" Elle a couru dans l'escalier avec sa robe blanche et est allée enterrer la lettre sous le cèdre. Elle parlait tout fort : "Tu as toujours eu faim d'histoires mon "gros pépère". Moi je ne veux plus entendre les mauvais qui tentent de nous gâcher notre amour. Prends cet engrais, prends tout son temps pour refaire le monde. Maintenant, tu as de quoi en imaginer un pire que les guerres et faire en sorte que ça finisse bien"&lt;br /&gt;- Elle n'a pas retrouvé les poupées ce jour-là ? Si elles y étaient encore, elles ont pas dû aimer le nouvel arrivant.&lt;br /&gt;- T'es bête ! Toujours le mot pour rire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S.A.J. finit son verre ; ils sont bien là, à égrainer leur vie, leur Charcot à plein cœur.&lt;br /&gt;- Elle en avait du caractère ta Thérèsa, du caractère et du cœur aussi. Le nombre de fois où elle m'a consolé, comme une mère, vraiment. Oh ! Pardon, j'voulais pas te blesser.&lt;br /&gt;- Pourquoi me dis-tu ça ? Parce qu'on n'a jamais pu avoir d'enfant ? T'en fais pas, on a été si heureux nous deux que tous les jours de bonheur ont remplacé la tristesse, grandement. Le jour où le médecin nous a annoncé que Thérèsa ne serait jamais maman, j'ai pensé qu'elle ne s'en remettrait pas, qu'elle se laisserait aller et que la vie la mangerait toute crue. Mais elle est sortie du cabinet, elle a séché ses yeux en cachette pour faire la grande et elle m'a pris par le bras pour m'entraîner sur le mail. On a marché quelques minutes en silence. Quand elle a été prête, elle m'a bien fixé dans les yeux et en tremblant un peu elle a dit tout bas : "Si tu veux partir maintenant, tu peux. Je comprendrais. Je ne t'en voudrai pas. Mais si tu restes, ne m'en veux pas à ton tour. Si tu es prêt à vivre à mes côtés sans bout'd'choux qui courent dans la cuisine, sans les jouets de nos petiots qui traînent partout et bien je te le dis sans crainte : tu ne le regretteras pas. Je t'aimerai autant qu'une famille entière, celle qu'on aurait pu être car on le sera, je t'adorerai plus encore que si tes enfants avaient grandi à nos côtés. On se rattrapera de ce que la vie nous fait comme vacherie en s'aimant comme jamais personne ne s'est aimé avant nous. Et si t'es d'accord, des ragazis comme y en a plein dans l'immeuble, je leur servirai de Mama de temps en temps, pour dépanner.&lt;br /&gt;- J'avais tenté de cacher mon émotion devant le docteur, j'avais réussi à planquer mes yeux rouges en baissant la tête quand elle parlait mais là, quand elle a déposé un baiser sur mes lèvres, j'ai éclaté en sanglots et je l'ai serrée contre moi fort, si fort. J'ai pris son visage entre mes mains et je me souviens parfaitement encore aujourd'hui ce que je lui ai répondu : "Donne-moi ton bras ma belle, on rentre à la maison. Avec tous les bons gâteaux que tu sais faire, elle n'est pas prête d'être vide !"&lt;br /&gt;- Tu vas me fiche le bourdon. Je vais t'avouer quelque chose. Quand on l'a mise dans la terre, tout le monde était anéanti, le quartier était en état de choc. Le silence pesant avait même fini par effaroucher les pigeons pire que l'implosion. Moi, pour essayer de te consoler un peu, j'étais si maladroit, je disais des blagues débiles. Tout le monde croyait que j'avais bu un peu trop pour oublier. Personne évidemment ne riait. Mais aujourd'hui je peux bien te le dire, j'avais rien bu, rien de rien. J'ai couru après la cérémonie jusqu'à la maison, je me suis enfermé dans ma chambre et j'ai passé la nuit entière à la pleurer.&lt;br /&gt;- ça m'étonne pas de toi. J'ai toujours gardé en moi un moment fort aussi. Lorsque je me suis penché pour embrasser ma Thérèsa une dernière fois, son père s'est approché de moi. Il a posé sa main sur mon épaule et il m'a dit tout bas :"Pardon, fils". On avait passé des moments autour d'une table, on avait fait des fêtes ensemble depuis tout ce temps qu'on était marié, mais c'est là, devant elle couchée et si pâle dans sa robe blanche, que j'ai su que je faisais vraiment partie de la famille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- On va finir par ajouter des larmes au vin et c'est pas bon à boire. Bon, tu me le lis ce roman oui ou quoi ?&lt;br /&gt;- Je n'ai pu trop le temps ce matin mais tiens, si tu veux, je te lis la dernière phrase et tu verras, ça finit bien !&lt;br /&gt;S.A.J. ouvre le livre et lit les quelques lignes promises :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Le cèdre qui veille sur Charcot et qui veille sur le Temps déploya ses branches comme une tulipe qui éclot, pour ouvrir ses larges bras verts au soleil. Et la lumière fut"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Nadine Piccolo&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Mô Hâ Mëd&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;C’était un jeudi, y faisait froid, ça a fait du bruit !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mô avait travaillé toute la semaine à la construction. Il avait choisi consciencieusement où bâtir sa maison et avec quels matériaux. Il savait faire du solide, du durable, de l'élégant aussi. Son choix était définitif : ce serait à Charcot et nulle part ailleurs ! Le vent de travers ne le délogerait pas, le soleil n'écraserait pas les lieux mais les réchaufferait. Un endroit fait pour lui et la famille qui suivrait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hâ souffrait d'une maladie incurable : le bonheur ! Ça ne paraît rien comme ça, ça semble même incroyable d'y penser comme à une tare mais à bien y regarder, c'était grave !&lt;br /&gt;Il devinait le soleil à travers la brume, ça le rendait fou de joie. Il soupçonnait les nuages noirs d'être gorgés de pluie, il en était ému, au comble de l'émotion. On le poussait dans le bus ou chez le boulanger ? Il s'excusait et pensait tout bonnement qu'il était tant pour lui de poursuivre sa route ou de faire une pause un peu plus loin afin de ne pas déranger : un bon signe quoi !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mëd avait une passion, un véritable hobby : le ménage !&lt;br /&gt;Pas la vie à deux, si aléatoire et si fragile non, la chasse à la poussière. Dès qu'elle rentrait chez elle après le travail, elle se déshabillait entièrement, se lavait et enfilait un peignoir rose à fleurs. Ses cheveux enturbannés, bien serrés, elle chaussait ses patins à pompons violets et là, prête à se lancer dans une quête que Roland notre héros national ne dénigrerait pas, elle s'emparait de son plumeau et époussetait, furetait, traquait le moindre grain de poussière, la plus petite trace laissée dans la journée qui se trouvait à sa portée. La saleté virevoltait sous les effets de manches de la bonne ménagère et allait se déposer plus loin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;5 4 3 2 1 0&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mö appris ce jour-là que faire un nid au-dessus d'un immeuble de son choix n'est pas forcément une riche idée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hâ compris à cette minute que le bonheur est dans le pré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mëd sortit dans la rue avec son plumeau et devant toute cette poussière à récolter, elle pleura de joie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Nadine 15 avril 2008&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;La mariée de pierre&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Le voile blanc enrobe les formes de la mariée de pierre.&lt;br /&gt;Elle sourit dans l’hiver cru. Parfois le vent s’encoquine de la belle et soulève sa traîne avec pudeur.&lt;br /&gt;Se doute-t-elle de sa mort prochaine ? La laisse-t-on dans l’ignorance pour préserver sa virginité ou a-t-on peur, seulement, de la perdre trop vite alors, on se tait ?&lt;br /&gt;Je regarde les draps tendus sur les murs comme ils le seraient sur les meubles bien cirés dans la maison familiale, à l’heure de tirer la porte pour une dernière fois.&lt;br /&gt;J’ai froid quand le souffle se fait entendre. J’ai mal lorsque mes yeux se posent sur la toile blanche. Le linceul a remplacé l’hymen.&lt;br /&gt;La mariée est couchée. Elle ne pleure pas, surprise qu’elle est de se retrouver là.&lt;br /&gt;Elle ferme les yeux.&lt;br /&gt;Pense à Rimbaud&lt;br /&gt;Pense au soldat.&lt;br /&gt;Elle a deux trous rouges au côté droit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Nadine (atelier du 8/04)&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-5116407103910189478?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/5116407103910189478/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=5116407103910189478' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/5116407103910189478'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/5116407103910189478'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/les-nouvelles-de-nadine-piccolo-s.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBLeHfcLXLI/AAAAAAAAAR4/LqbbZM0IoEY/s72-c/D%C3%A9molition+Charcot+011.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-1525495666156915586</id><published>2008-04-23T23:33:00.000-07:00</published><updated>2008-04-24T05:27:42.828-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBA2yvcLXII/AAAAAAAAARg/HuLa6gnQmBI/s1600-h/1.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5192710615714192514" style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center;" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBA2yvcLXII/AAAAAAAAARg/HuLa6gnQmBI/s400/1.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBA2y_cLXJI/AAAAAAAAARo/aIwVop9FvQ8/s1600-h/2.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5192710620009159826" style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center;" alt="" src="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBA2y_cLXJI/AAAAAAAAARo/aIwVop9FvQ8/s400/2.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBA2zfcLXKI/AAAAAAAAARw/Cw0Qi3lB4Ao/s1600-h/3.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5192710628599094434" style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center;" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBA2zfcLXKI/AAAAAAAAARw/Cw0Qi3lB4Ao/s400/3.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;AZZEDINE MESSAÏ&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;La saga affectueuse &lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;du Grand Frère DZ&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Azzedine est la gentillesse faite homme. Et s’il fallait ne garder qu’un mot, un seul, pour le résumer, ce mot serait « altruisme ». Dans le dictionnaire, je lis : « &lt;em&gt;Nom masculin. Disposition, propension désintéressée à se consacrer et à aimer les autres. Synonymes : abnégation, amour, bienveillance, bonté, charité, désintéressement, générosité, humanité, philanthropie.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;En ce qui me concerne, je lui suis redevable au bas mot – entre les mille et un services qu’il m’a rendus et autres largesses par lesquelles il m’oblige – d’une chose : c’est grâce à lui, à son précieux soutien technique, que ce blog existe. Pour tout dire, c’est lui qui a imaginé l’architecture de ce blog. De longues semaines durant, je « squattais » impunément son espace, et cette proximité créa entre nous un lien très fort qui va bien au-delà du simple fait, purement génétique, d’être tous les deux des DZ hilares et un peu dingos. DZ, ainsi aime-t-il à dire son algérianité, les deux lettres faisant référence au mot « &lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;ja&lt;strong&gt;Z&lt;/strong&gt;aïr » qui signifie littéralement les îles, et qui est le nom arabe de l’Algérie mais aussi d’Alger, sa capitale, ma V-île.&lt;br /&gt;Mais ce n’est pas pour cela que je voudrais parler de lui.&lt;br /&gt;Je suis un peu embêté parce que tous mes amis de la bibliothèque méritent un hommage (quoi que je n’aime pas trop ce mot qui résonne comme une oraison funèbre, quelque chose en tout cas de guindé et de grandiloquent). J’aurais eu davantage de temps, j’aurais consacré un portrait pour chacun de ces angelots. Je le dis avec une émotion sincère et sans sensiblerie aucune : je ne sais plus comment me passer d’eux. Dans une semaine jour pour jour, j’aurais quitté Chenôve, ses gens, ses murs, ses paysages, et le magnifique personnel de la bibliothèque qui m’a honoré avant-hier d’un déjeuner…je ne dirais pas d’adieu, mais un déjeuner qui sentait un peu la fin de quelque chose. L’épilogue d’une merveilleuse aventure humaine qui, je l’espère, je le pense, ne fait que commencer. Donc, si je zoome sur Azzedine, c’est pour lui dire ma tendresse et mon amitié certes, mais aussi pour saluer à travers lui le travail remarquable accompli par tous ses collègues, sans exception.&lt;br /&gt;Comme j’ai eu à le présenter très succinctement dans de précédentes chroniques, Azzedine est le « Monsieur Internet » de la Bibliothèque François Mitterrand de Chenôve. Il est le responsable de l’EPN, l’Espace publique numérique, l’un des compartiments les plus visités de notre chère médiathèque. L’EPN a d’autant plus gagné en importance que la ville de Chenôve ne compte à ma connaissance qu’un seul cybercafé, celui qui se trouve au sein du centre commercial Saint-Exupéry, tenu par des Indiens. Mais il serait erroné d’alléguer que c’est l’insuffisance des cybercafés ou la gratuité de la prestation qui vaut à Azzedine autant de sollicitations et de sollicitude. Pour l’avoir côtoyé depuis voilà presque deux mois, je peux dire sans flagornerie aucune – même si l’on me tient parfois pour un complimenteur patenté et un distributeur automatiques d’éloges, en plus de mon fâcheux tic à coup de « &lt;em&gt;je suis désolé&lt;/em&gt; » qui fait d’ailleurs la fortune et le bonheur des participants à l’atelier d’écriture, parodiant à l’envi mes « excusailleries obsessionnelles », ce qui est, convenez-en, un honneur – que Azzedine mérite tous les adjectifs qualificatifs habituellement réservés aux personnes généreuses de son acabit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qui m’avait d’emblée épaté chez lui, c’était son sens élevé de la pédagogie. Azzedine, c’est vraiment &lt;em&gt;l’homo communicator&lt;/em&gt;. Il a un don inné pour le relationnel et l’action de proximité. « &lt;em&gt;Ça va comme tu veux ?&lt;/em&gt; » l’entends-je souvent lancer à la cantonade, le sourire large comme ça, dès qu’un môme montre timidement sa tête en franchissant la porte de la salle Internet pour demander un poste. Les jeunes comme les moins jeunes, les petits et les grands, les mamies et les petites minettes, tout le monde lui court après. Sa disponibilité, sa sensibilité, son humilité et son sens de l’écoute lui ont valu de remporter tous les cœurs au suffrage universel. Avec délicatesse, il sait faire autorité sans froisser. Il met discrètement de l’ordre, canalise les énergies bouillonnantes des plus jeunes et vole au secours des aînés. Débordant largement son travail d’informaticien, il n’hésite pas à prêter main forte pour toute affaire où il pût être de quelque aide pour son prochain. Prompt à servir, je n’ai pas fini de lui demander quelque chose que c’est déjà fait, à croire qu’il a de surcroît le don d’ubiquité. Et, avec ça, il est d’une intelligence, d’une sagacité d’esprit, exceptionnelles, qui jurent parfois avec sa candeur.&lt;br /&gt;Il faut dire que le rôle du grand frère, ça le connaît, lui qui se trouve être l’aîné d’une fratrie de sept enfants : quatre filles et trois garçons (lui inclus). « &lt;em&gt;D’ailleurs, je continue à dire « mes petites sœurs » tellement j’ai grandi avec cette image de l’aîné et toutes les responsabilités qui vont avec&lt;/em&gt; » me confie-t-il. Je connais un peu ce sentiment, étant moi-même l’aîné d’une famille nombreuse, avec un père tôt décédé. Responsable, voilà un autre mot qui devrait le résumer. Il se sent responsable du monde entier, me donne-t-il l’impression, tant il est sur tous les fronts. D’ailleurs, je crois même savoir qu’il sévit en capitaine de l’équipe de foot locale où il occupe le poste de libéro. C’est son péché mignon, le ballon rond, et l’OM, sa chapelle du dimanche « &lt;em&gt;parce que c’est une équipe proche de mes racines&lt;/em&gt; ». Je lui pose la question au début de nos entretiens, de savoir s’il serait ravi de voir le PSG relégué en Ligue 2. Il est tenté de répondre par l’affirmative, mais son grand cœur a très vite raison de toute velléité chauvine. « &lt;em&gt;En tant que club de la capitale, le PSG me fait de la peine, même si mon cœur bat pour l’OM&lt;/em&gt; » concède-t-il. Hier, il supportait Manchester contre les méditerranéens de Barcelone allez savoir pourquoi. Plutôt j’ai ma petite idée. Il faut savoir que l’humanité est séparée en deux blocs manichéens : les aficionados du Barça et ceux du Real Madrid. Lui, il fait partie de la seconde catégorie, séquelle d’une longue addiction à la « zizoumania ».&lt;br /&gt;Azzedine Messaï, (avec un tréma sur le i insiste-t-il, « &lt;em&gt;pour être intégré et pas désintégré&lt;/em&gt; ») est né en 1969. Il est du signe balance pour ceux que cela intéresse. Il n’aime pas être défini comme informaticien. « &lt;em&gt;Je suis un généraliste plutôt qu’un spécialiste&lt;/em&gt; » clame-t-il. Il me rappelle cette réflexion de Schopenhauer : « &lt;em&gt;Les talents de premier ordre ne seront jamais des spécialistes. L’existence, dans son ensemble, se présente à eux comme un problème à résoudre, et à chacun d’entre eux, l’humanité offrira sous une forme ou sous une autre des horizons nouveaux. Seul mérite d’être appelé génie celui qui fait du grand, de l’essentiel, et du général le sujet de ses travaux et non celui qui passe sa vie à expliquer quelques relations particulières de choses entre elles.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;Azzedine est né « &lt;em&gt;sur l’autre rive&lt;/em&gt; », en Algérie. On est ainsi « &lt;em&gt;du même bled&lt;/em&gt; » pour reprendre la légende d’une photo mémorable parue dans Le Bien Public où nous paraissions côte à côte. « &lt;em&gt;Mon pays de cœur est l’Algérie. La carte de l’Algérie est en moi&lt;/em&gt; » frisonne-t-il, avant de souligner : « &lt;em&gt;Mais la France est mon pays d’adoption&lt;/em&gt; ». Et de préciser : « &lt;em&gt;Je suis Chaoui (berbère de l’est algérien) et fier de l’être, mais je suis DZ avant tout&lt;/em&gt; ». Père de deux enfants, il assure que ses gamins sauraient reconnaître l’Algérie sur une carte. Azzedine est exactement originaire de Ain El Beida, la ville qui donna à l’Algérie, en plus de Azzedine, deux de ses meilleurs artistes, deux Rachid magnifiques : l’immense écrivain Rachid Boudjedra et l’immense calligraphe et plasticien Rachid Koraïchi.&lt;br /&gt;Azzedine est arrivé en France à l’âge de deux ans. Son père s’y était établi en 1962, soit l’année même de l’indépendance de l’Algérie. « &lt;em&gt;Quelle boutade de l’histoire !&lt;/em&gt; » lâche Azzedine. Sa famille habita d’abord Dijon avant d’emménager très vite dans une HLM à Chenôve. Depuis, Azzedine est devenu un Bonbi par ancienneté. Côté études, il aura un parcours dispersé. « &lt;em&gt;J’ai fait un cursus atypique&lt;/em&gt; » dit-il. De fait, il slalome entre plusieurs disciplines, ballotant entre un cursus professionnel et des études généralistes. Après le bac, il fait sa fac à Dijon, en administration économique et sociale. Il revient ensuite vers un « &lt;em&gt;cursus beaucoup plus terre-à-terre&lt;/em&gt; » avec un BTS technico-commercial. Mais le marketing, avec son côté hâbleur et bonimenteur, ce n’est pas son dada, avoue-t-il. Cela ne lui ressemble pas. « &lt;em&gt;J’avais plus la fibre bénévole et sociale&lt;/em&gt; ». « &lt;em&gt;Je te donnais le produit tout de suite, je ne te le vendais pas&lt;/em&gt; » résume-t-il avec son sens tranchant de la formule. « &lt;em&gt;Je serais derrière le bar, il y aurait plein de monde dedans mais rien dans la caisse&lt;/em&gt; » s'esclaffe-t-il. Parallèlement à ses études, il développe donc une activité bénévole. A ce titre, il monte avec des copains une équipe de foot de quartier à Chenôve qui sera baptisée Dijon-Wac. Le « w » c’est pour le « &lt;em&gt;widad &lt;/em&gt;» qui signifie l’amicale, une appellation qui revient souvent dans les enseignes des clubs sportifs au Maghreb. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;*&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En 1996, Azzedine intègre la bibliothèque François Mitterrand armé d’un diplôme « ABF » donnant accès à l’animation en bibliothèque. « &lt;em&gt;J’ai commencé au rayon BD. J’ai fait mes classes à la section Jeunesse.&lt;/em&gt; » confie-t-il. Il tient, au passage, à rendre hommage à deux grandes dames qui lui ont ouvert les portes du métier : l’admirable Pascale Charbonneau, la directrice de la bibliothèque de l’époque, et Françoise Souclier, responsable de la section Jeunesse avec qui il a démarré, une dame absolument succulente qui a passé la première partie de sa vie à Oran. « &lt;em&gt;Ce sont ces deux femmes qui m’ont donné envie de rester, d’autant plus que ce n’était pas ma vocation première de travailler dans une bibliothèque.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;Bientôt, il rejoint l’Espace public numérique dont il devient le responsable. Je pus mesurer l’engouement suscité par l’EPN et son fringant administrateur. « &lt;em&gt;C’est un lieu ouvert à tous et qui appartient à tous&lt;/em&gt; » insiste-t-il pour expliquer sa « ligne éditoriale ». Il n’est pas peu fier du brassage produit par la bibliothèque en général et l’espace Internet en particulier. Azzedine plaide pour une démocratisation du web. « &lt;em&gt;Le brassage par le Net contribue à la résorption de la fracture numérique&lt;/em&gt; » analyse-t-il avec acuité. Au quotidien, cela fait plein de boulot. Azzedine conseille ceux qui veulent s’initier à titre individuel, ou qui veulent acquérir du matos ou bien souscrire à un abonnement Internet. Il aide aussi les immigrés à remplir des documents administratifs, gère le timing de l’utilisation du Net (deux fois 45mn par semaine), bref, tout un management humain et social. L’une des missions qu’il s’est assignées est l’animation d’un atelier de sensibilisation à l’informatique à l’intention de groupes de seniors. Cela s’étale sur deux séances, l’une le mardi avec un groupe chapeauté par la Maison des Aînés, et avec lequel il est passé au stade du perfectionnement, et un autre groupe le vendredi, issu majoritairement du Centre Social. C’est un groupe à dominante maghrébine qui suit en même temps un programme d’alphabétisation. J’eus l’occasion d’assister à un de ces cours avec ce dernier groupe. De voir ces « &lt;em&gt;Chibani&lt;/em&gt; » s’initier au b.a.-ba de l’Internet a quelque chose de touchant. Dans l’atelier, l’ambiance est bon enfant. Sur un plateau, du jus d’orange et des madeleines. « &lt;em&gt;Nous sommes une bibliothèque gourmande&lt;/em&gt; » ironise Azzedine. Manger est un verbe convivial. C’est ce qui explique sans doute cette propension à partager la nourriture comme on partage la vie, dans le quotidien de la bibliothèque. Les lecteurs aussi ramènent souvent des petits plats de chez eux pour exprimer leur attachement aux bibliothécaires, devenus dans leur affect une véritable famille.&lt;br /&gt;Les participants me souhaitent aimablement la bienvenue. Majoritairement Marocains et Algériens, ils m’expriment chaleureusement leur fierté de voir un des leurs « &lt;em&gt;réussir&lt;/em&gt; ». Cela m’émeut beaucoup. Ce jour-là, Azzedine apprenait à ses « &lt;em&gt;élèves du troisième âge&lt;/em&gt; » comment utiliser le dieu Google. Rechercher l’annuaire téléphonique, se renseigner sur le cours de la devise au bled ou le prix du carburant, tout y passe. Il leur fait même un tour en bourse on-line pour voir de près le CAC 40. « &lt;em&gt;On n’a rien mais je leur montre qu’on peut faire fluctuer la bourse avec ce rien&lt;/em&gt; » commente Azzedine. Il leur apprend également à lire le journal sur le web, consulter le site d’un quotidien marocain ou algérien. A un moment donné, il leur propose de les emmener surfer sur le site de la présidence française. La tronche de Sarko est à l’accueil. Il les invite à cliquer sur « &lt;em&gt;écrire au président&lt;/em&gt; » et à se balader virtuellement dans les jardins de l’Elysée sans complexe.&lt;br /&gt;Azzedine ne cache pas son estime et son affection pour ces gens qui ont l’âge de son père, et qui l’ont vu grandir. « &lt;em&gt;Je tire chapeau bas à ces personnes qui ont franchi la porte de la bibliothèque. Je suis d’autant plus admiratif qu’ils sont partis de rien, comparés à d’autres groupes. Ils ont dû franchir sans complexe les murs de cette bibliothèque qui transpirent la culture. Ils ont franchi la barrière de la langue, la barrière de l’écrit, avant d’arriver à la barrière du clavier.&lt;/em&gt; » Je suis tenté d’ajouter également la barrière de l’âge. « &lt;em&gt;J’ai beaucoup de respect pour toutes ces personnes qui ont trimé à la pelle et à la pioche pour que leurs enfants étudient et aient accès à la culture&lt;/em&gt; » ajoute Azzedine avec humilité. Pour lui, au-delà de l’initiation, le vrai but du jeu, c’est de tisser du lien social. Oui, indéniablement, le véritable enjeu est celui-là : créer du lien. C’est le « marketing du cœur ». « &lt;em&gt;Moi, je ne veux pas me limiter à mon boulot d’informaticien »&lt;/em&gt; martèle-t-il. &lt;em&gt;« Ma vraie passion, c’est l’humain&lt;/em&gt;. »&lt;br /&gt;Je reviens le harceler avec ma question de départ : et si le PSG succombait à ses blessures ? Son subconscient « marseillophile » lui dicte d’enfoncer la bande à Pauleta, mais sa conscience classe (pas de classe) lui recommande retenue, fair-play et solidarité. Comme toujours…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-1525495666156915586?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/1525495666156915586/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=1525495666156915586' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/1525495666156915586'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/1525495666156915586'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/azzedine-messa-la-saga-affectueuse-du.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SBA2yvcLXII/AAAAAAAAARg/HuLa6gnQmBI/s72-c/1.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-7174064827299209487</id><published>2008-04-22T16:50:00.000-07:00</published><updated>2008-04-22T17:08:20.323-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SA57QvcLXHI/AAAAAAAAARY/J6Au5Vk3VWQ/s1600-h/Charcot+Nouvelles+081.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5192222947947535474" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SA57QvcLXHI/AAAAAAAAARY/J6Au5Vk3VWQ/s400/Charcot+Nouvelles+081.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Photo de famille avec le Cèdre&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;&lt;em&gt;« A chaque effondrement des preuves,&lt;br /&gt;le poète répond par une salve d’avenir »&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;René Char.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mardi 22 avril 2008.&lt;/strong&gt; Huitième séance de l’atelier d’écriture. Poursuite du travail sur les nouvelles devant composer « &lt;em&gt;Le Roman de Charcot&lt;/em&gt; ». Décidément, mon groupe se surpasse. A l’approche de la date fatidique du 29 avril où, le temps d’une soirée littéraire, nous allons lire nos textes en public, l’atelier explose. De plus en plus débridé, baroque, intense, passionné, il nous gratifie, de séance en séance, d’un véritable feu d’artifice poétique. Je ne contrôle plus rien, je ne gère plus rien, la passion nous déborde, les textes, d’une facture plus qu’honorable, donnent lieu à de véritable joutes littéraires où les participants rivalisent d’imagination, de talent, de panache et d’inventivité.&lt;br /&gt;Aujourd’hui particulièrement, j’ai écouté des choses qui m’ont…permettez-moi l’expression, laissé sur le cul. Les auteurs ont fait montre d’une fécondité narrative époustouflante. Ils ont été chercher des choses improbables, invraisemblables, des trucs complètement fous, ils ont fouillé à l’intérieur d’eux-mêmes, mis sens dessus dessous leur mémoire et le foutoir de leur subconscient. Non, ils ont été tout simplement épatants, plus créatifs les uns que les autres, avec, chacun, un angle, un style, une atmosphère, originaux pour dire la disparition de Charcot.&lt;br /&gt;Helen nous a lu un fort joli texte, une sorte de conte urbain plein d’entrain, d’énergie, d’insolence et de tendresse, intitulé : « &lt;em&gt;Le petit bonhomme de bois&lt;/em&gt; ». Une histoire complètement détonante où il est question d’un bonhomme de bois faiseur de miracles qui agit comme un « reconstructeur de déconstructions » en damant le pion au Démolitator, le tout servi par une langue jeune, fraîche, moderne et truculente. Chantal est partie sur une histoire dont les protagonistes sont toutes des femmes. Je le lui ai dit : son récit pourrait fort bien servir de script pour un film d’Almodovar. Elle a vu juste en tout cas : ce sont les femmes qui détiennent le pouvoir au sein de nos immeubles cacophoniques. Ce sont elles qui créent du lien. Son récit aborde précisément les liens noués entre quatre filles, sur fond de tranches palpitantes de la vie de quartier. Elle construit son intrigue sur la maladie de Simone, la libanaise du groupe dont l’âme sera confiée aux bons soins du cèdre protecteur. Pascale emprunte les ressources insoupçonnées du polar pour dire, dans un style loufoque et pimenté, le cadavre de Charcot. Elle démarre d’un cadavre découvert au pied du Cèdre, et dont le spectre hantera les habitants de la cité. Danielle laisse dérouler, dans une veine réaliste, le film de sa mémoire où s’entremêlent les souvenirs de Charcot et ceux de Péguy où vécut sa mère tandis que Michèle explore, par des récits de vie, la mémoire de Chenôve en confrontant le destin de plusieurs familles qui se sont retrouvées dans cette ville. J’étais littéralement abasourdi d’apprendre de la bouche de Michèle que c’est la première fois qu’elle se livrait à pareil exercice. La qualité, la structure et la fluidité stylistique de sa nouvelle m’auraient pourtant autorisé à supposer que c’est plutôt une personne largement habituée à taquiner la muse.&lt;br /&gt;Anne Philippe me subjugue comme à son habitude en adoptant, cette fois, le registre de l’étrange et les ressorts d’un genre tout à fait inattendu, la science-fiction, pour aborder le sujet. Elle choisit « la Terre de Charcot », (territoire au reste authentique comme le démontre la biographie du commandant Charcot) comme théâtre de son récit en se lançant dans une espèce de conte écologique aux accents catastrophistes. Impressionnant !&lt;br /&gt;Roza, elle, a choisi d’inscrire sa nouvelle sous l’angle du déracinement à partir de la situation d’un père et d’un fils qui appréhendent différemment la démolition de Charcot. Pour le père, c’est un triste événement quand il songe aux 40 ans de vie passés dans l’immeuble et le confort relatif qu’il y a trouvé. Il se consolera en songeant que ses vraies racines, son vrai confort, en définitive, sont là-bas, au bled, dans son Algérie antique. Il finit d’ailleurs par retourner au pays profiter de la maison qu’il y a bâtie. Le fils, lui, se réjouit de la disparition de cette cité HLM qu’il a toujours maudite parce qu’il s’y sentait parqué comme un paria, lui qui veut une intégration entière, sans concessions, et qui, sans vouloir couper les ponts avec le pays d’origine, entend vivre pleinement sa vie dans son pays d’accueil sans se sentir coupable ni redevable envers qui que ce soit.&lt;br /&gt;A la fin de la séance, je demandai à Aurélie de lire sa nouvelle, un texte sans titre. Je voulais qu’elle le lise intégralement. Je voulais qu’elle dispose de tout le temps utile pour le lire. C’est un texte extrêmement poignant, largement autobiographique, centré sur un événement douloureux vécu par Aurélie et que nous avons partagé ce soir avec elle, émotion, pensées et larmes à l’appui : la perte de sa chère maman. C’était son Charcot à elle. Son texte nous a bouleversés.&lt;br /&gt;J’aimerais souligner, pour finir, que nous avons eu le plaisir d’avoir avec nous aujourd’hui Elisabeth Huard, journaliste au quotidien &lt;em&gt;Le Bien Public&lt;/em&gt;. Elle a consacré tout un reportage à notre atelier d’écriture. Elle tenait absolument à nous faire prendre une photo de famille in situ, devant les décombres de Charcot, à l’ombre du cèdre tutélaire. Ce n’était pas une mauvaise idée. Ah, que de choses n’as-tu pas remuées en nous, ce soir, sacré Charcot ! Que de secrets, de non-dits, de choses tues, refoulées, des choses parfois pénibles, de vieilles casseroles, des cadavres empuantis, n’as-tu exhumés de nos placards intimes, Charcot ! Rien que pour cela, ta disparition n’aura pas été vaine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil.&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-7174064827299209487?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/7174064827299209487/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=7174064827299209487' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/7174064827299209487'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/7174064827299209487'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/photo-de-famille-avec-le-cdre-chaque.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SA57QvcLXHI/AAAAAAAAARY/J6Au5Vk3VWQ/s72-c/Charcot+Nouvelles+081.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-4793770745788143948</id><published>2008-04-22T16:46:00.000-07:00</published><updated>2008-04-23T02:39:37.148-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SA56hPcLXGI/AAAAAAAAARQ/0tuJUTtm5xI/s1600-h/Charcot+Nouvelles+127.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5192222131903749218" style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center;" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SA56hPcLXGI/AAAAAAAAARQ/0tuJUTtm5xI/s400/Charcot+Nouvelles+127.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Textes fabuleux de Anne Philippe&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un haïku pour Chenôve&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;div align="justify"&gt;Saute mouton&lt;br /&gt;De barre en barre ou de pont en pont&lt;br /&gt;D’un coin de ciel nuageux en carré d’herbe sage&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chat perché, chat botté de ciment&lt;br /&gt;Gardien du temple d’une vie rangée&lt;br /&gt;Fin observateur de nos passages au regard confiant&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ville en haut Ville en bas&lt;br /&gt;Ville qui s’empile, ville mise bas&lt;br /&gt;De barre en barre ou de pont en pont&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Anne Philippe&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Murs cont'aminés&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Heureux et optimiste, le spécialiste livre le secret de l’opération : ce que nous voyons là sont des murs aminés. Le jargon est technique, précis, le néophyte dans l’art de la déconstruction un peu moins et sa perplexité à l’échelle de l’œuvre ! Murs aminés ? Murs protéinés ? Murs vitaminés ?&lt;br /&gt;Ça doit être ça : murs vitaminés, de l’énergie en barre ! Une énergie toute concentrée dans la chute : des murs vite à miner, des murs vite à tomber.&lt;br /&gt;Pourtant, ils ont connu l’animation, ces murs, les bruits, les musiques, les voix, les portes qui claquent, les fenêtres qu’on ouvre, les couleurs, les traces, les fissures… Puis plus rien, du silence ponctué de coups de burin.&lt;br /&gt;Murs inanimés avez-vous donc une âme ?&lt;br /&gt;Soyez heureux, vous laisserez la place aux vignes et aux arbres. Le clic d’un appareil photo, une focale qui se ferme puis s’ouvre et c’est la libération, l’ouverture, une nouvelle respiration pour un quartier. On peut enfin voir derrière, voir plus loin. Les murs sont devenus transparents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Anne Philippe&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-4793770745788143948?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/4793770745788143948/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=4793770745788143948' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/4793770745788143948'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/4793770745788143948'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/textes-fabuleux-de-anne-philippe-un.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SA56hPcLXGI/AAAAAAAAARQ/0tuJUTtm5xI/s72-c/Charcot+Nouvelles+127.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-5756035063929215827</id><published>2008-04-21T05:29:00.000-07:00</published><updated>2008-04-21T07:06:47.717-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAyeTXxOMZI/AAAAAAAAARI/P7S1KgaYe9Y/s1600-h/DSC00701.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5191698526086508946" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAyeTXxOMZI/AAAAAAAAARI/P7S1KgaYe9Y/s400/DSC00701.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAyKoHxOMXI/AAAAAAAAAQ4/uWhHWU0RWcQ/s1600-h/Rachid+Habbachi.JPG"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;                 RACHID HABBACHI, &lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;L’écrivain qu’y &lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;bessif on aim’&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;                                                 (En tchapagate dans le cœur)&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Rachid Habbachi est arrivé à Chenôve en 1996. Il est originaire d’Algérie, plus précisément de Bône, Annaba, « la Coquette ». C’est, entre autres, la ville de Nedjma, l’héroïne du roman éponyme de Kateb Yacine, mythique égérie de tout un peuple, le mien. Annaba est à 650 kms d’Alger, complètement à l’est, à un jet de fleurs des frontières tunisiennes. Rachid est venu en France « &lt;em&gt;pour raison médicale&lt;/em&gt; » précise-t-il. « &lt;em&gt;Je suis très fatigué, très malade. J’ai été opéré à plusieurs reprises&lt;/em&gt; » confie-t-il. Rachid habite du côté du boulevard Maréchal de Lattre, à la lisière du Mail. Homme de culture, d’un don avéré pour l’écriture, Rachid Habbachi est quelqu’un d’absolument délicieux. Un artiste. C’est un homme de cœur sensible et plein d’humour, de cet humour gouailleur purement méditerranéen. Je l’ai connu lors de la soirée littéraire organisée en mon honneur le 18 mars dernier à l’Espace culturel. Il était venu me parler avec beaucoup de sympathie, et son amitié m’a touché. J’eus le sentiment de le connaître depuis belle lurette. A ma grande surprise, je découvris que nous avions un ami commun : notre cher Kamel Belabed, lui aussi Bônois comme Rachid. Kamel avait débarqué il y a de cela quelques mois à la rédaction &lt;em&gt;d’El Watan&lt;/em&gt;. Il était venu nous sensibiliser sur le phénomène des « harraga », ces jeunes qui prennent la mer par milliers dans l’espoir de gagner l’Eldorado européen en empruntant des barques de fortune. Ils sont ainsi des centaines à laisser leur vie en mer. Une véritable hémorragie qui endeuille des milliers de familles en Algérie, au Maroc et dans plusieurs pays africains. Kamel a lui aussi un fils qui a tenté de gagner l’Italie dans les mêmes conditions. Il est sans nouvelles de lui depuis l’été 2007. Il milite pour pousser le gouvernement à réagir et offrir une alternative meilleure pour les jeunes que le choix entre la mer et la mort, et moi je le soutiens de toutes mes forces dans son combat. Rachid avait justement lu un de mes papiers consacrés à Kamel en sa qualité de porte-parole du collectif des familles de harragas de la région d’Annaba, et c’est cela qui l’amena à venir me parler ce soir-là.&lt;br /&gt;Mohamed Rachid Habbachi est né en 1939 à Skikda, anciennement Philippeville, une splendide ville balnéaire de l’est algérien, distante d’à peine une centaine de kilomètres d’Annaba. « &lt;em&gt;Mais j’ai passé toute mon enfance et mon adolescence à Bône. Je suis arrivé à Annaba très jeune après avoir fait ma sixième à Constantine. J’ai continué au Lycée Saint-Augustin de Bône&lt;/em&gt; » raconte Rachid. « &lt;em&gt;J’ai été renvoyé du lycée en classe de seconde pour affaire politique après avoir pris part à la grève des huit jours&lt;/em&gt; » poursuit-il, faisant allusion à la grève générale qui, à l’appel du FLN, avait mobilisé pêle-mêle commerçants, travailleurs et étudiants, et qui avait paralysé tout le pays à partir du 28 janvier 1957. « &lt;em&gt;Une année après, je me suis mis à travailler dans les PTT. Ensuite, j’ai été un peu vagabond, un peu nomade. J’ai été embauché comme employé à l’hôpital avant de me retrouver fonctionnaire à la Préfecture. Après, j’ai été enrôlé pour le service militaire. Je suis sorti et j’ai repris mon travail à la Préfec&lt;/em&gt;ture ».&lt;br /&gt;Peu après l’indépendance, en 1964, Rachid part à Strasbourg avec l’intention de reprendre ses études. « &lt;em&gt;Je me suis inscrit en études de droit mais je ne suis pas allé bien loin. On faisait tout le temps la bringue&lt;/em&gt; » avoue-t-il. En 1967, retour au bercail. Il se voit alors recruter à la SNS : la Société Nationale de Sidérurgie, un mastodonte de l’industrie de l’acier basé sur le site d’El Hadjar, près de Bône (l’usine qui emploiera 18 000 travailleurs au temps de sa gloire a été rachetée, signe des temps, par…Arcelor-Mittal Steel, le géant indien de la sidérurgie). Rachid termine chef du personnel filière avant de claquer la porte. Il s’engage dans une autre société, l’Encopharm, et y reste jusqu’en 1986. Il est promu directeur de l’administration puis directeur régional, « &lt;em&gt;mais n’étant pas de tempérament lécheur&lt;/em&gt; » comme il dit, il démissionne là encore. Et il se fait…marchand de légumes. Je vous le disais : c’est un artiste, tonton Rachid.&lt;br /&gt;Père de cinq enfants, il n’est pas peu fier de ses gamins. « &lt;em&gt;L’une est licenciée ès lettres françaises, une autre en lettres étrangères, un troisième fait maths sup et informatique à Paris&lt;/em&gt; » dit-il, avant d’ajouter : « &lt;em&gt;Tous mes enfants sont ici, en France, sauf le benjamin. Il a préféré rester en Algérie, à El Hadjar, le patelin où j’habite&lt;/em&gt; ». « &lt;em&gt;Il est très attaché au pays, nous aussi d’ailleurs. Je fais toujours le va-et-vient entre Chenôve et Bône. Je vais là-bas au moins deux fois par an.&lt;/em&gt;» insiste-t-il. Sa maladie, il l’appréhende avec courage, et, surtout, avec beaucoup de philosophie, et sans fatalisme aucun. « &lt;em&gt;Je ne suis pas pratiquant mais je suis croyant. Je prends mon verre de vin quand il y a moyen de le prendre. Par contre, j’évite le hallouf, le porc. Mais le petit verre de vin, j’aime bien ! &lt;/em&gt;» sourit-il. Une attitude qu’il partage avec nombre de nos compatriotes. Pourtant, le pinard aussi bien que le « &lt;em&gt;hallouf&lt;/em&gt; » sont formellement prohibés dans la religion musulmane. J’ai demandé l’explication de ce paradoxe à Rachid : « &lt;em&gt;J’estime qu’il faut se démarquer un petit peu. Moi, quand je vais à l’hôpital, je demande le régime (alimentaire) musulman. C’est une question de personnalité. Ce n’est pas cultuel, c’est culturel. J’ai une personnalité, je la respecte, et je veux qu’on la respecte. Qui plus est, à mon âge, la charcuterie ne me dit rien, surtout qu’il y a un ersatz de charcuterie hallal. Il y a tout un rayon boucherie traditionnelle chez ED. Je prends du jambon de dinde, c’est aussi bon.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;Rachid Habbachi précise qu’il n’est pas « installé » en France mais simplement « vivant » en France. « &lt;em&gt;Installé est un bien grand mot. Je vis à Chenôve, je n’y suis pas installé. Il y a toute ma famille qui est ici. J’ai l’avantage d’être binational. Mon père avait la nationalité française.&lt;/em&gt; » dit-il. De quoi vit ce poète irréductible, cet éternel insoumis ? « &lt;em&gt;Je vis de ma pension de retraite. J’ai une retraite misérable en Algérie, et j’ai une retraite encore plus misérable ici, en France. Les deux misères additionnées font comme le moins et le moins qui donne plus »&lt;/em&gt; ironise-t-il&lt;em&gt;. « Disons que je m’en sors comme je peux. J’avais fait valider mes années de travail pendant la colonisation et mes boulots à Strasbourg et ailleurs après l’indépendance. En Algérie, c’est la misère. Il n’y a pas d’échelle mobile des salaires. Quelqu’un qui faisait 6000 DA à l’époque, ce qui était une bonne paie, se retrouve aujourd’hui sur la paille. Un simple balayeur qui touche 20 000 DA, et qui sort à la retraite, se retrouve avec une meilleure pension que la mienne. Ça ne tient pas debout. Et puis, mes dépenses sont plus importantes que celles d’un jeune parce que moi, il me faut faire face à la maladie, il faut que je subvienne aux besoins de mes enfants. On ne tient pas compte de tout ça. M’enfin. On ne va pas changer le DESORDRE des choses, hein ?!&lt;/em&gt; »&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A présent, j’aimerais vous parler de Rachid l’écrivain. Rachid Habbachi, il faut le dire, a un univers à part. Doué d’un immense talent littéraire, il s’est totalement voué à faire revivre une culture aujourd’hui quasiment disparue qui est celle de la région de Bône, avec ses différentes confluences, notamment pied-noir. Ce faisant, il s’est dédié à la promotion et à la défense d’une langue tout à fait spéciale, un français créolisé, et, ma foi, absolument succulent. Il s’agit de ce français pied-noir de l’est algérien qu’on appelle le « &lt;em&gt;tchapagate &lt;/em&gt;», et qui fait pendant au « pataouète », le français pied-noir algérois. Oui. C’est cette veine-là qui a décidé à sortir de sa bouteille le djinn prosateur qui sommeille en lui. « &lt;em&gt;Ma passion pour l’écriture tient en premier lieu au fait que, sans vouloir me vanter, j’ai toujours été bon en français. Entre guillemets, j’ai fait la nique à des Français et pas des moindre quand j’étais écolier&lt;/em&gt; » dit-il. Mais il a fallu attendre des années plus tard pour que l’écrivain se mette sérieusement à l’ouvrage. « &lt;em&gt;Comme j’étais marchand de légumes à l’époque, je me mis à l’écriture. Et j’écrivais en tchapagate, dans la langue des pieds-noirs, quoi !&lt;/em&gt; » Je lui demande à quoi tient ce nom étrange, et il m’explique, en citant un spécialiste adoubé par l’université de Rome, que cela avait à voir avec les premiers immigrés italiens qui s’étaient installés à Bône. Il me raconta que Rome, la ville éternelle, avait été à un moment donné, au 18ème ou au 19ème siècle, en proie à une invasion de rats, et les autorités engagèrent des « ramasseurs de chats » pour combattre les méchants rongeurs. D’ailleurs, je dois noter que « &lt;em&gt;gate&lt;/em&gt; » en arabe signifie effectivement « chat », et que « tchapagate », si je devais oser une interprétation toute naïve fondée uniquement sur la signification des sons, pourrait phonétiquement résonner comme une déformation linguistique de l’injonction « &lt;em&gt;ne tuez pas les gate&lt;/em&gt; », autrement dit, « ne tuez pas les chats ». L’expression étant évidemment italienne, je suis complètement à côté, je divague. Sauf que le sens général est à peu près celui-là. Ce sont donc ces mêmes « tchapalegato », ces « ramasseurs de chats », qui introduisirent cette langue qui était la leur, et qui se mélangea par la suite à l’arabe et au français pour donner naissance, plusieurs années plus tard, à ce sabir épicé. Dans l’un de ses ouvrages écrit en tchapagate, et dont le titre résume parfaitement la joyeuse étrangeté et les sonorités folâtres de cette langue, jugez plutôt : « &lt;em&gt;Là où t’y as des mots, bessif t’y en as des gros&lt;/em&gt; », je lis en quatrième de couv’ : « &lt;em&gt;Plein des pléonasmes, rien que des erreurs, de saint-axe et d’orthografle, aucun imparfait ni en dedans, ni en déhors le subjonctif avec, en plusse, un wagon des désaccords en dedans des verbes mariés à des impératifs passés qu’y se mélangent avec le présent. Tu ois, c’est tout ça le tchapagate, châtié et correct qu’il a fait par le verbe seulement et sans lettre à Arthur la réputation de Bône la coquette, c’est la meilleuse des langues que tu t’la parles comme tu t’la sens et si que par hasard, tu t’la sens pas, que t’y es enrhumé, t’en fais pas va ! C’est les z’aut’ qui’y s’la sentent pour toi alors, n’as pas peur, tu te respires un bon coup et juste avant que tu t’affogues, tu te lâches le premier mot, comme ça, d’un coup, comme tu fais avec un schkoll quan c’est que tu veux t’empogner quèqu’un et laisses que les z’aut’ y suivent dedans ces mots où bessif, t’y en as des gros.&lt;/em&gt; » T’y t’la sens quèque choz’ ? Non ? Alors, je vais devoir te livrer une autre définition du tchapagate, du même Habbachi, mais dans un style on va dire…plus conventionnel, et cette fois, bessif t’y vas comprendre. Dans le même opus que je viens de citer, il y a une partie (peut-être un livre à part ?) intitulée : « &lt;em&gt;Le Cyclope y dit&lt;/em&gt; » où l’auteur donne tout un glossaire du vocabulaire tchapagate. A la lettre « t », il définit le tchapagate comme suit : « &lt;em&gt;Le langage bônois est plus qu’un parler. Il est assimilable à une véritable culture tant il a su puiser dans les langues, les idiomes, des dialectes connus ou inconnus une quantité extraordinaire de règles grammaticales qu’il a reléguées au placard pour les faire briller de leur absence, absence érigée elle-même au rang de règle. On a bien dit qu’avec notre tchapagate, on pouvait se permettre de faire revenir La Fontaine dans de l’huile d’olive avec une pointe d’ail et une cuillerée d’harissa. Et dire qu’il en est encore qui le confondent avec le pataouète. &lt;/em&gt;»&lt;br /&gt;Rachid Habbachi me confie qu’il prend un malin plaisir à puiser dans les trésors de la culture populaire : « &lt;em&gt;Le véritable Algérien, même s’il est illettré, il est philosophe. Moi, j’ai appris beaucoup de choses avec les illettrés. J’ai connu des poètes dans l’oralité. Des poètes magnifiques. Demandez à celui-là de répéter cinq minutes après, ce qu’il a dit, il en est incapable.&lt;/em&gt; » Gouailleur, narquois, pittoresque, tous les adjectifs de la famille du « truculent » et du « savoureux » ne suffisent pas pour dire la richesse et la gaieté de cette langue, et rendre justice à cette œuvre délectable et la veine jubilatoire de son auteur en qui je découvre un grand maître du calembour et du jeux de mot, moi à qui l’on a tellement reproché – et l’on continue – d’user de ces libertés de la langue. Il est, par ailleurs, remarquable de découvrir dans cette œuvre des performances linguistiques plus étonnantes que celles des meilleurs rappeurs et des meilleurs slameurs d’aujourd’hui. Qui plus est, Mohamed Rachid Habbachi réalise la prouesse de jongler avec les mots dans une langue peu écrite, presque totalement orale ; une langue qui tend à disparaître avec la disparition de l’héritage pied-noir.&lt;br /&gt;Où peut-on acquérir les livres de Rachid Habbachi ? C'est là que le bât blesse. « &lt;em&gt;On ne peut pas trouver mes bouquins, malheureusement&lt;/em&gt; » se désole-t-il. Rachid est vraiment un écrivain courageux et pugnace, lui qui, depuis l’an 2000, et narguant la désaffection des éditeurs, publie ses ouvrages à compte d’auteur. « &lt;em&gt;C’est moi qui compose, fais la mise en page, dessine, imprime, relie, fais tout ! &lt;/em&gt;» dit-il, presque à regret. N’était sa générosité, je n’aurais point eu le bonheur de goûter à ces précieux opus. Rachid Habbachi compte au jour d’aujourd’hui quatre ouvrages publiés, à l’actif de sa bibliographie personnelle. Ils sont tous écrits en tchapagate ou presque, et ont tous peu ou prou le prodigieux humus bônois comme cadre. De sa prolifique production, retenons « &lt;em&gt;Des bônnoises…à de bon&lt;/em&gt; », « &lt;em&gt;Les Bônoises d’après&lt;/em&gt; », « &lt;em&gt;Un schkoll dedans la tête&lt;/em&gt; », (schkoll signifiant cailloux) et « &lt;em&gt;Là où t’y as des mots, bessif y’y en as des gros&lt;/em&gt; ». Outre ses activités littéraires, Rachid Habbachi collabore à une gazette paraissant sur le Net qui s’appelle &lt;em&gt;La Seybouse&lt;/em&gt; (&lt;a href="http://www.seybouse.info/"&gt;www.seybouse.info/&lt;/a&gt; ) dirigée par Jean-Pierre Bartolini, un ancien pied-noir bônois. Elle doit son nom à la rivière qui irrigue la région de Bône.&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;J’ai édité mon premier recueil « Les Bônoises d’après » à compte d’auteur parce qu’il n’y avait pas moyen de faire autrement. L’Algérie, il ne faut même pas y compter. On va me parler de nostalgie, tout ça (comprendre : nostalgie de l’époque coloniale). Quand un pied-noir dit « oualou », « Aboublèche », où est-ce qu’il est allé chercher ça ? Dans la langue arabe, évidemment. Donc, cette culture nous appartient autant qu’elle lui appartient. J’ai ainsi sorti à mes frais ce premier recueil, ensuite, j’ai publié un autre recueil que j’ai appelé « Des Bônoises…à de bon », c'est-à-dire les vraies Bônoises, quoi. J’ai beaucoup lu Edmond Brua et ses fameuses « Fables Bônoises ». C’est un Philippevillois comme moi. Il est un peu trop littéraire à mon goût, il fait référence à Voltaire, tout ça, alors que le tchapagate, lui, ne connaît ni Voltaire ni Azrine. Il va te dire qu’est-ce que c’est que cette terre qui vole ? Après, j’ai fait éditer un autre recueil, toujours à compte d’auteur, beaucoup plus élaboré que le premier, avec plus de littérature&lt;/em&gt; ».&lt;br /&gt;Echaudé, Rachid Habbachi change de stratégie : « &lt;em&gt;Par la suite, je ne te cache pas, je montrais mes bouquins à un cercle restreint de pieds-noirs que je rencontre une fois l’an à Uzès, dans le Gard.&lt;/em&gt; » Rachid me raconte alors, par le menu, avec son verbe généreux et ses yeux vifs et pleins d’enchantement, cet événement qui se tient une fois l’an dans la ville d’Uzès, et qui réunit toute la tribu tchapagate, en évoquant l’ambiance des retrouvailles colorées entre anciens Bônois. « &lt;em&gt;Uzès est située près de Nîmes. Beaucoup de pieds-noirs s'y retrouvent une fois pas an, et les Bônois s'y donnent rendez-vous à cette occasion.&lt;/em&gt; » Que fait-on exactement lors de cette rencontre festive, demandé-je à Rachid ? « &lt;em&gt;Ce qu’on fait ? On « célèbre » la Saint-Couffin&lt;/em&gt; » rigole-t-il, avant de m’expliquer : « &lt;em&gt;Tout le monde ramène un couffin chargé de victuailles. On met tout sur la table et on fait ripaille. On mange et on boit à volonté. Moi, comme je suis très connu dans le milieu Internet, je suis invité un peu à toutes les tables. Le webmaster, le rédacteur en chef de la gazette (Bartolini), lui, il me kidnappe littéralement. La fête dure une journée. Ça commence le matin, très tôt, et ça se termine au crépuscule. Il y a pas mal d’animation, il y a un orchestre, des interventions, des discours, tout le monde se prend la pêche, mange plus que de raison, boit beaucoup, et l’on s’amuse ainsi toute la journée.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;Rachid Habbachi organise depuis 2005 des « pèlerinages » de pieds-noirs à Bône, Hippone ou « Annabône » comme il l’appelle dans l’un de ses textes, contraction de l’ancienne et de l’actuelle ville, mais toujours coquette bien sûr, quelle que soit « l’orthografle », l’époque ou la dénomination. « &lt;em&gt;Tous les ans, une bande de Bônois se déplace sur Bône. Je suis à l’origine de cet « exode ». Au début, on me disait « tu y vas, tu n’as pas peur ? » Mais de quoi j’aurais peur ? J’ai vécu les années les plus chaudes en Algérie et je n’ai pas eu peur, et vous voulez que j’aie peur maintenant que ça s’est arrangé ? Les premiers se sont déplacés en 2005, ensuite il y a eu un autre groupe en 2006 et un autre en 2007. Le 9 avril, il y a eu encore un groupe qui devait débarquer là-bas.&lt;/em&gt; » Expliquant ses motivations, Rachid Habbachi plaide pour la réintégration de l’héritage pied-noir dans le spectre culturel algérien, avec toutes ses composantes qui en font la diversité et la richesse. « &lt;em&gt;Je voulais renouer les liens. Certes, l’histoire, on ne peut pas l’oublier, mais il faut tourner la page. » dit-il. « Quand tu vois des gamins de 10 ans qui ont quand même subi un lavage de crâne, qu’on le veuille ou non, et qui, quand ils les rencontrent dans la rue, leurs lancent bienvenue chez vous, franchement, ça fait plaisir. Ça prouve que l’Algérien est hospitalier. Il peut souffrir à mort mais il tourne la page. Sans oublier.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;Rachid devait rentrer à Bône le lendemain de notre entretien. Je l’ai laissé préparant son voyage. Il était heureux comme un gosse de retrouver la ville de ses amours. Je me risquai à lui demander indiscrètement quel était son chantier littéraire du moment ? « &lt;em&gt;J’ai beaucoup de choses encore en instance&lt;/em&gt; » me dit-il, avant de me confier : « &lt;em&gt;En ce moment, je suis en train de faire une étude comparative entre la langue de « Mon-Lierre » comme je l’appelle et la langue de « Mon-Palmier ». C’est un essai où j’assimile la langue française à un lierre qui grimpe au palmier. Et le palmier qui dit en substance au lierre : si je n'étais pas là pour que tu t’agrippes à mes palmes, tu n’aurais pas existé. &lt;/em&gt;»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Post-scriptum:&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;1)- J’aimerais reproduire ici un poème que Rachid Habbachi a eu la bonté de m’offrir, un poème écrit, une fois n’est pas coutume, dans la langue de Molière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Ma vie, méandres&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;J’ai vécu ma vie à l’envers&lt;br /&gt;Et vécu mes cuites de travers&lt;br /&gt;Mêlant mes années aux alcools&lt;br /&gt;Pour un résultat pas toujours drôle&lt;br /&gt;Fait d’échecs et de réussites&lt;br /&gt;Intimement liés dans une suite&lt;br /&gt;Sans variations&lt;br /&gt;Comme dans le thème d’une mauvaise chanson&lt;br /&gt;J’ai bien tenté une vie à l’endroit&lt;br /&gt;Mais à chaque fois&lt;br /&gt;Je me suis heurté de front&lt;br /&gt;Au difficile choix des tons&lt;br /&gt;Où les bleus, trop anciens&lt;br /&gt;Ne rimaient plus à rien&lt;br /&gt;Car ils faisaient tache d’huile sur une mer&lt;br /&gt;Couleur d’hématome, azur de misère&lt;br /&gt;Et puis, un jour, j’ai réalisé&lt;br /&gt;Que tout avait changé&lt;br /&gt;La vie avait suivi son cours&lt;br /&gt;Et je n’avais rien fait pour&lt;br /&gt;La suivre dans ses méandres&lt;br /&gt;Où tout est bon à prendre&lt;br /&gt;Le beau comme le laid&lt;br /&gt;Le bon comme le mauvais&lt;br /&gt;Et faire ensuite la part des choses&lt;br /&gt;La vie étant belle&lt;br /&gt;Même si elle n’est pas toujours rose.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Rachid Habbachi&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;2)- Je reproduis également, ci-après, une lettre entièrement écrite en tchapagate, que Rachid m’a adressée pour me livrer ses sentiments suite au café littéraire de la soirée du 18 mars où nous nous sommes rencontrés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;A la rencont’ d’un artiste du côté d’à chez nous z’aut’&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;Tu ois pas, ô beurre, l’aut’ jour, j’étais à la maison en train de lire ça que moi j’l’écris et que toi tu le lis comme un « schkoll dedans la tête » que bessif, c’est toi que tu l’as et t’y as remarqué que j’ai pas dit chez moi pasque, comme tu sais, chez moi c’est à Bône. Comme j’te disais, y’alors j’étais à la maison quan le téléphone y se met à sonner ; eh ouai ! j’ai le téléphone, le portable et l’insupportable, çui-là qu’il est fixe et qu’y sonne quan t’as pas l’envie.&lt;br /&gt;Le téléphone y sonne donc et y a une voix en pur patos qu’elle me parle en dedans pour me dire si que par hasard, j’voudrais pas assister à une soirée qu’elle est animée par un auteur (rien que t’y arrêtes, t’y as là ni quillage et ni baliyage et encore moins les bizagates) qu’il est en même temps journalisse, poètre, drame arthur et en plusse, tiens-toi bien, y nous vient à tout droit, de là-bas, d’à chez nous z’aut’mais oilà, il est d’Alger, le pauv’, il est pas de Bône m’enfin, je m’ai dit qu’à défaut des merles, on va se contenter des perdrix. Et j’ai été à cette soirée ousque, j’ai pas l’habutude d’y aller. Purée de baouèle, tu vas pas croire dès ! J’ai pas regretté le déplacement à la bibliothèque (là, t’y auras jamais une fôte d’horthographle à cause qu’avant d’écrire le mot, je jette un œil par la fenêtre et il est écrit en gros à l’entrée du bâtiment que j’te parle) qu’elle est ) qu’elle est seulement à vingt mètres de la maison qu’encore une fois, c’est pas mon chez moi.&lt;br /&gt;Ce Monsieur avec une lette que bessif elle re vient majuscune, y nous a parlé de son oeuv’, la rome antique (non, pas la ville éternelle) et aussi la poésique et même si que j’ai pas tout compris de ça qu’il a dit à cause que comme tu sais, ma comprenance elle est difficile, j’ai qu’à même aimé pasque tout ça qu’il a dit, y te touche à ce madone de beau pays qu’à tous, y nous donne du chaud au cœur.&lt;br /&gt;Cet auteur, qu’allez ouah ! Je vais dire le nom pour pas qu’y en a qu’y vont aller chez Tadeau sans connaîte et rester joubasses ; j’ai parlé de Mustapha Benfodil et si que tu le connais pas, c’est pas ma faute si qu’en dedans ta cervelle, t’y as un casier de vide et si que tu veux l’remplir des soges qu’elles veulent dire quèque soge, vite fait, bien fait, tu t’lis au moins « Archéologie du chaos (amoureux) » et me demande surtout pas pourquoi l’amoureux il est entre tarentaises. Si que, par le plusse pire des z’hasards tu comprends rien pasque c’est pas écrit en tchapagate mais en dedans la langue de « Mon lierre », tu fais ni une ni deux, tu t’l’anvites chez toi pour la fin d’la semaine et là, y se f’ra un plaisir de s’espliquer ça que toi tu l’auras pas compris c'est-à-dire tout le liv’.&lt;/em&gt; »&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Rachid Habbachi&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-5756035063929215827?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/5756035063929215827/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=5756035063929215827' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/5756035063929215827'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/5756035063929215827'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/lcrivain-quy-bessif-on-aim-en.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAyeTXxOMZI/AAAAAAAAARI/P7S1KgaYe9Y/s72-c/DSC00701.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-8607839772962192319</id><published>2008-04-19T04:38:00.000-07:00</published><updated>2008-04-19T04:54:50.235-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAna3nxOMSI/AAAAAAAAAQQ/Q82ATSIHJPU/s1600-h/1.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5190920694624301346" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAna3nxOMSI/AAAAAAAAAQQ/Q82ATSIHJPU/s400/1.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAna33xOMTI/AAAAAAAAAQY/RCJ52YB_cZI/s1600-h/2.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5190920698919268658" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAna33xOMTI/AAAAAAAAAQY/RCJ52YB_cZI/s400/2.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAna4XxOMUI/AAAAAAAAAQg/0ZLLOoTEHjA/s1600-h/3.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5190920707509203266" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAna4XxOMUI/AAAAAAAAAQg/0ZLLOoTEHjA/s400/3.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAna43xOMVI/AAAAAAAAAQo/V37mFUnKS8o/s1600-h/4.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5190920716099137874" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAna43xOMVI/AAAAAAAAAQo/V37mFUnKS8o/s400/4.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAna5XxOMWI/AAAAAAAAAQw/C8U4_pJuois/s1600-h/5.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5190920724689072482" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAna5XxOMWI/AAAAAAAAAQw/C8U4_pJuois/s400/5.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Le village vertical&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 18 avril 2008.&lt;/strong&gt; Septième séance de l’atelier d’écriture. Je me réjouis aujourd’hui de voir le groupe presque au complet en dépit d’un temps pourri. Je note le grand retour de Michèle. L’atelier s’est même étoffé de nouvelles têtes, à l’instar de Danielle ainsi que Bruno, le demi-frère de Michèle.&lt;br /&gt;Il convient de signaler que depuis la séance du mardi 15 avril, l’atelier est dédié exclusivement au travail sur les nouvelles qui constitueront « &lt;em&gt;Le Roman de Charcot&lt;/em&gt; ». Lors de l’atelier précédent, les premières trames prenaient forme, et nous eûmes même le plaisir de cueillir un premier texte déjà prêt, très bien emmené, composé avec talent et délicatesse par Nadine. Son titre : « &lt;em&gt;SAJ, Momo, Thérésa et les autres&lt;/em&gt; ». La même Nadine « récidivera » en nous gratifiant d’une deuxième nouvelle écrite dans un autre registre, le tout en un temps record. Force m’est de reconnaître que Nadine est vraiment douée. Elle a une parfaite maîtrise du sujet, elle qui a un sens aigu de la « diégèse », c'est-à-dire l’art de raconter le monde chez Aristote. Il faut croire que ses talents de conteuse décuplent son « pouvoir narratif » et l’étendue de son imagination. Elle a une totale possession de son art. Au reste, j’ai la chance de compter dans mon atelier de vrais talents littéraires à qui ne manque qu’un éditeur hardi et lucide.&lt;br /&gt;Avant de nous replonger dans nos contes respectifs esquissés antérieurement, je jugeai utile d’inviter les participants à dire quelques mots, chacun, sur l’événement de la veille qui marquera longtemps, j'en suis certain, la mémoire collective de Chenôve. Je pense à la disparition de l'immeuble du Commandant Charcot. J’avais prévu d’inviter tout le monde à un ultime « pèlerinage » sur les décombres de Charcot, histoire de se recueillir sur ses restes, de chercher l’inspiration dans un détail comme ce fut le cas pour Michèle dont l’attention fut attirée par un évier de cuisine qui était resté intact sur sa montagne de gravats, et qui devait résonner encore de toutes les scènes de ménage et les odeurs affriolantes de bœuf bourguignon ou de couscous au mulet, c’est selon, dont sa mémoire en aluminium était chargée. Le pèlerinage était même annoncé dans &lt;em&gt;Le Bien Public&lt;/em&gt;. Malheureusement, les conditions météo nous en empêchèrent.&lt;br /&gt;Fatima parla la première. « &lt;em&gt;Je marchais et je le cherchais du regard. Par moments, je le perdais de vue, ensuite, je le retrouvais entre les barres, et de nouveau, il s’éclipsait&lt;/em&gt; » dit-elle en nous livrant son angoisse aux ultimes instants avant la disparition de Charcot du paysage. « &lt;em&gt;Je me frayais un chemin entre les gens. Ils étaient émus, beaucoup retenaient difficilement leurs larmes. &lt;/em&gt;» poursuit-elle. Fatima évoquera aussi le cas d’une famille qui avait longtemps vécu à Charcot. « &lt;em&gt;Les parents sont partis tout récemment en Algérie pour un petit séjour. Je crois qu’ils ne voulaient pas assister à l’explosion. Ils ont délégué leur fille Rachida pour y assister&lt;/em&gt; » Elle relève à la suite de Pascale l’idée avancée par Rachida d’organiser un repas entre anciens de Charcot.&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;Le cèdre m’a paru un peu sonné&lt;/em&gt; » enchaîne Chantal, avant de s’attarder sur la célérité avec laquelle on tourne la page. « &lt;em&gt;Généralement, j’oublie vite. D’ailleurs, il est surprenant de voir oublié au bout d’une demi-heure quelque chose qui a mis autant de temps à se construire&lt;/em&gt; » souligne-t-elle. Comme Fatima, elle a une pensée pour le « passage Charcot », ce corridor qu’empruntaient les passants à l’ombre de l’imposant immeuble. « &lt;em&gt;Oui, ce couloir, c’était quelque chose&lt;/em&gt; » acquiesce Fatima. Chantal note que la démolition a littéralement atomisé le bâtiment en faisant remarquer, à juste titre, que «&lt;em&gt; le grignotage, c’est pire&lt;/em&gt; ». « &lt;em&gt;Symboliquement, c’est comme si l’engin mangeait votre appartement. Vous voyez encore les lambeaux de papier peint. Vous reconnaissez votre chambre ou votre cuisine. C’est cruel.&lt;/em&gt; » Chantal évoque aussi cette réflexion entendue dans la bouche de certains qui, prenant la chose avec philosophie, faisaient observer que Charcot constituait tout de même une barrière entre le Vieux Bourg et la ZUP, les Cheneveliers du haut et ceux du bas comme on dit, et que désormais, cette barrière est tombée.&lt;br /&gt;Nadine nous invite, quant à elle, à tempérer notre émotion en rappelant le dur quotidien des cités HLM. « &lt;em&gt;C’est vrai qu’il y a toute cette émotion, mais au-delà de l’aspect poétique des choses, il faut dire aussi que ce n’était pas tout rose dans ces cités. J’avais toujours l’impression qu’on y amenait les gens et qu’on les jetait là-dedans. Ce n’est peut-être pas le cas de Charcot mais certains immeubles sont complètement à l’abandon, et les gens qui y vivent s’en plaignent vraiment. Il y a des immeubles où, pendant que nous, on regarde le côté poétique, les habitants, eux, ils y bavent terriblement !&lt;/em&gt; » Danielle abonde dans le même sens en soulignant le côté lugubre et invivable de ces ghettos lézardés et vétustes.&lt;br /&gt;Pour sa part, Michèle s’accroche à une certaine image douceâtre de la vie dans ces immeubles où les rapports sont réputés plus chaleureux, tant et si bien qu’on eût dit des « villages verticaux » où tout le monde connaît tout le monde. Roza, elle, a eu une pensée pour les travailleurs en bâtiment « &lt;em&gt;dont nombre d’entre eux ont laissé leur vie dans les chantiers de construction&lt;/em&gt; ». « &lt;em&gt;Je connais plein de Maghrébines qui ont perdu leur mari dans ces chantiers. J’en connais une à Chevigny qui est devenue veuve à 27 ans. Une autre a son mari paralysé à vie&lt;/em&gt; » témoigne-t-elle. Roza parla aussi de son mari qui refusa d’assister au spectacle de la démolition de Charcot, et pour cause : « &lt;em&gt;Cela lui rappelle les tremblements de terre qui font des ravages en Algérie. Il est traumatisé par le séisme de Chlef du 10 octobre 1980, et dans lequel il avait perdu plein de copains&lt;/em&gt; » confie-t-elle avant de lancer : « &lt;em&gt;Par malheur pour lui, chaque fois qu’il retourne en Algérie, il y a un séisme. Ça a été encore le cas lors du terrible séisme du 21 mai 2003.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;Pour finir, Marie-Luce s’est fendue d’un témoignage féroce sur Charcot, un immeuble qu’elle connaît de près puisqu’il lui a toujours barré la vue au point, dit-elle, qu’elle en était venue à concevoir une haine teigneuse à son encontre. « &lt;em&gt;Je n’arrêtais pas de le maudire, et j’en voulais beaucoup à ma mère d’avoir emménagé dans cette HLM où, avec toutes ces tours alentour, j’avais l’impression d’être dans une cour de prison&lt;/em&gt; » tonne-t-elle. Pourtant, avoue Marie-Luce, quand le jour fatidique est arrivé, ses sentiments changèrent du tout au tout à l’endroit de Charcot. « &lt;em&gt;J’ai passé toute la soirée d’avant la démolition à aller et venir entre le séjour et le balcon. Toutes les dix minutes, j’allais le prendre en photo. C’était une soirée bien tristounette&lt;/em&gt; ». Et de renchérir : « &lt;em&gt;Pourtant, je n’avais aucun lien affectif avec ce bâtiment. A part ma sœur qui y vécut quelques mois il y a de cela très longtemps, je ne ressentais rien pour lui. Pour tout dire, pendant longtemps, je ne connaissais même pas son nom&lt;/em&gt; ». Mais les ruptures sont toujours pénibles, même les plus bénéfiques, n’est-ce pas ? « &lt;em&gt;De le voir comme ça m’a profondément chagrinée. J’en avais la chair de poule. Et j’ai fini par avouer à mon fils que finalement, cette vue dégagée ne m’apportait strictement rien. Après l’avoir maudit, je me suis surprise à dire que c’était finalement pas mal, avec Charcot en face. C’était notre rempart. On se sentait protégé avec Charcot. Maintenant, je me rends compte que je suis en plein centre-ville, au milieu des feux rouges, moi qui fuyais l’animation des villes. Charcot, c’était quand même une bonne compagnie. Maintenant, il me manque.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-8607839772962192319?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/8607839772962192319/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=8607839772962192319' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/8607839772962192319'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/8607839772962192319'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/le-village-vertical-vendredi-18-avril.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAna3nxOMSI/AAAAAAAAAQQ/Q82ATSIHJPU/s72-c/1.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-6263581689930794985</id><published>2008-04-17T14:06:00.000-07:00</published><updated>2008-04-18T02:07:12.000-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAfLxAbJ8wI/AAAAAAAAAPo/6zGu07vYTR4/s1600-h/1.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5190341138355712770" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAfLxAbJ8wI/AAAAAAAAAPo/6zGu07vYTR4/s400/1.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAfLxgbJ8xI/AAAAAAAAAPw/bg3d-fv0NaE/s1600-h/2.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5190341146945647378" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAfLxgbJ8xI/AAAAAAAAAPw/bg3d-fv0NaE/s400/2.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAfLxwbJ8yI/AAAAAAAAAP4/ww8QW8pN9lg/s1600-h/3.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5190341151240614690" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAfLxwbJ8yI/AAAAAAAAAP4/ww8QW8pN9lg/s400/3.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAfLyAbJ8zI/AAAAAAAAAQA/DqtM6bN4dCo/s1600-h/4.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5190341155535582002" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAfLyAbJ8zI/AAAAAAAAAQA/DqtM6bN4dCo/s400/4.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAfLyQbJ80I/AAAAAAAAAQI/nQfKtxewZ0I/s1600-h/5.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5190341159830549314" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAfLyQbJ80I/AAAAAAAAAQI/nQfKtxewZ0I/s400/5.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Elégie pour Charcot&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;                                                                     &lt;/div&gt;&lt;div align="right"&gt;"&lt;em&gt;Je suis comme un explorateur qui avance vers le vide&lt;/em&gt;."&lt;/div&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;strong&gt;Enrique Vila-Matas.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;strong&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;Le Cèdre est debout ! Le Cèdre est debout !&lt;/em&gt; » exultait une voix. Eternel, indestructible, le cèdre qui voisinait avec l’immeuble surgissait plus beau que jamais d’un gros nuage de poussière tandis que Charcot, en un battement de cil, n’était plus que gravats. Je suivais tout cela du toit de l’Espace Culturel aux côtés de Jean-Marc Bordet qui était derrière l’une des nombreuses caméras qui filmaient l’implosion. Ce jeudi 17 avril donc, Charcot alla rejoindre le preux commandant dont il avait hérité du nom, au paradis des justes, après 40 ans de vie.&lt;br /&gt;Dès mon arrivée, ici, à Chenôve, je me précipitai au centre-ville faire connaissance avec Charcot. D’entrée, cet immeuble de neuf étages qui abritait quelques 79 familles me fascina. La SMD, la Société Méditerranéenne de Démolition, en charge de l’accompagner dans sa mort, était déjà à pied d’œuvre pour préparer le chantier. Je ne me lassais pas de le prendre en photo. Je suivais son évolution de jour en jour, sa décrépitude surtout. Il était chaque jour un peu plus décharné, plus évidé de l’intérieur, tel un organisme vivant atteint d’un méchant cancer qui le viderait graduellement puis précipitamment de ses viscères. Argument technique : en plus du travail de désamiantage inéluctable pour les anciennes constructions, il s’agissait d’alléger la structure du bâtiment de ses composantes lourdes (portes, volets, baignoires…), pour que le jour de l’implosion, il tombe sans faire de résistance. J’ai ouï-dire à ce propos qu’une opération de démolition d’un vieil immeuble d’une usine de Kodak (appelé le bâtiment GL20) qui eut lieu le 9 décembre dernier à Chalon-sur-Saône, avait mal tourné, l’immeuble ayant miraculeusement survécu à l’implosion.&lt;br /&gt;17 avril. C’est le jour J. J’avais une petite boule, je l’avoue, en voyant arriver le rendez-vous fatidique. Pour avoir appris à travailler sur Charcot, je cultivai une sorte d’attachement pour ce building fantomatique. Une espèce d’affection compassionnelle, de celle que l’on éprouve pour un mourant qu’on assiste dans ses derniers jours. Mardi, nous avons consacré la séance de notre atelier d’écriture à la mise en place des textes de fiction que nous allons dédier à Charcot. Ainsi, chaque pas fait en direction de Charcot, de ses gens, de sa mémoire, nous rapprochait un peu plus de cette cité HLM. Cela a créé une proximité peut-être factice avec le bâtiment, mais un lien en tout cas s’est formé. Nous aurions voulu assister d’ailleurs tous ensemble à l’opération.&lt;br /&gt;En sortant donc ce jeudi matin dans le quartier avec ma femme, le Mail était déjà solidement encadré par les policiers, les CRS et autres agents municipaux. 250 hommes en uniforme ont été mobilisés dès 7h du matin. Un périmètre de sécurité a été délimité auparavant pour organiser la circulation aux abords de Charcot. 2500 personnes issues des immeubles alentour sur un rayon de 200 m ont été évacuées, réparties sur trois sites d’accueil. L’implosion est prévue à 11h. Une pléthore de journalistes, de cameraman et de photographes ont accouru dès les premières heures pour couvrir l’événement. Un véhicule estampillé « &lt;em&gt;Bien Public&lt;/em&gt; », le grand quotidien bourguignon basé à Dijon, était là, devant la bibliothèque, avec une équipe de reporters à la clé. Un bon nombre d’agents en badge quadrillaient le quartier, chargés tous de veiller au bon déroulement de l’opération. Un chapiteau a été installé place Coluche. Aux portes de la bibliothèque François Mitterrand, il y avait foule. Le merveilleux personnel de la bibliothèque était là depuis tôt le matin lui aussi pour préparer un petit-déjeuner convivial à l’attention du public qui allait affluer à cette occasion.&lt;br /&gt;Côté population, il y avait une fébrilité inhabituelle dans le parc attenant à la barre Lamartine, ainsi qu’en bas des tours Renan et tout autour des immeubles voisins. L’émotion se lisait sur tous les visages. Des barricades empêchaient les badauds de s’aventurer plus près de Charcot. Le centre commercial Saint-Exupéry baissait rideau. Le moment avait quelque chose de solennel. Presque un moment de recueillement. Chacun se cherche une place pour suivre au mieux l’événement. Tout le monde lorgne un endroit surélevé. Les habitants des cités se cramponnent à leurs balcons, les autres se dépêchent en direction des vignes, sur le Plateau, ce qui leur permettrait d’avoir une vue imprenable sur la ville. Quant à moi, je suivis Azzedine et Jean-Marc sur le toit de la bibliothèque. Je m’en suis mis plein la vue de ces dernières images qui allaient bientôt disparaître du paysage. Cette ultime image d’un Charcot encore debout, flanqué des autres bâtiments, ses frères de béton et d’amiante dans cette incroyable aventure humaine et urbaine qu’ils eurent à partager près d’un demi siècle durant. Il est encore debout, mais il a le corps frêle, la mine fatiguée, le visage pâlichon. Une large banderole le recouvre de bout en bout dans le sens de la largeur. Ce sont les insignes de la SMD. Avec ses bâches blanches qui le langent de part en part, il a l’air d’un macchabée à qui l’on a fait la toilette mortuaire avant de l’emballer dans un linceul.&lt;br /&gt;10h59. Une voix annonce dans un mégaphone le début du compte à rebours. Le cœur de la foule bat la chamade. Tout le monde retient sa respiration. Bientôt, j’entends la voix de Brigitte Lemoine, une ex-locataire de Charcot qui a la délicate mission d’appuyer sur le bouton fatidique. Elle réprime difficilement son émotion. J’avais lu un poignant témoignage d’elle dans &lt;em&gt;Le Bien&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Public&lt;/em&gt; d’hier. Assistante maternelle, Brigitte Lemoine a habité Charcot pendant quatorze ans, de 1994 jusqu’au 4 avril 2007. A ce titre, il a été fait symboliquement appel à elle pour actionner le processus fatal. Elle sera ainsi l’une des rares personnes admises dans la salle des opérations. Le PC est installé au pied d'un autre bâtiment, à un jet de pierre du centre commercial Saint-Exupéry. Seules 25 personnes y auront accès. « &lt;em&gt;Quand j'ai appris que j'allais faire ça, je ne voulais pas y aller. Parce que je sais que je vais pleurer. Ce sont tous mes souvenirs que je vais tuer&lt;/em&gt; » confie Brigitte, selon le reportage du &lt;em&gt;Bien Public&lt;/em&gt;. De fait, au moment d’enclencher le compte à rebours, j’ai eu des frissons en entendant la voix de Brigitte étouffant un sanglot au moment d’appuyer sur le bouton létal. Je me mis à sa place. Ce devait être un geste insensé, quelque chose de très dur.&lt;br /&gt;Dans le même reportage, Brigitte livre quelques bribes de ses années paisibles passées dans l’immeuble du commandant Charcot, précisément dans la cage d’escalier n°5 où elle logeait. « &lt;em&gt;Elle se souvient encore avec beaucoup d'émotion des rires de Sandrine au 9e étage, de Denise au 6e, ou de Leila au 4e »&lt;/em&gt; note l’auteur de l’article&lt;em&gt;. « Si vous saviez comme on a pu toutes faire les folles ensemble sur Internet ! De vraies gamines. On était bien dans cet immeuble parce qu'on se sentait tous protégés. Quand ça n'allait pas, on montait ou on descendait chez l'une ou l'autre, même en chemise de nuit. Juste pour parler et boire le café&lt;/em&gt;.» témoigne encore Brigitte&lt;br /&gt;Et le journaliste de reprendre : « &lt;em&gt;Et puis, elle n'oublie guère ses longues discussions autour du déroulement d'un feuilleton à la télévision. En 2003, à l'occasion de la canicule, elle répète à l'envi que sa voisine de palier, Aicha, avait installé une piscine gonflable pour se rafraîchir. »« Bref, cette assistante maternelle a partagé une formidable expérience, relative au vivre ensemble, entre les murs de son trois pièces, loué 150 euros à l'Opac de Dijon. Un appartement qu'elle décrit comme très bien chauffé. Ces années passées, ainsi qu'elle aime à le souligner, étaient celles d'une belle histoire d'amour, d'amitié et d'affection. Alors quand elle a su, voilà trois ans, que Charcot serait démoli, que son domicile serait réduit à l'état de simples gravats, elle a pleuré pendant trois jours. Elle avait compris que c'était un peu de cette franche camaraderie qui serait vouée à une disparition certaine et inéluctable. Mais jamais, elle ne pourra effacer cette joyeuse tranche de vie.&lt;/em&gt; » Le reportage ne manque pas de souligner la nouvelle vie de Brigitte Lemoine. Tout à fait fortuitement, je pus voir furtivement sa nouvelle demeure près du Clos du Roy, un joli petit pavillon avec jardin niché dans un quartier flambant neuf et donnant sur les beaux vignobles entourant Chenôve. Le reportage le dit : « &lt;em&gt;Et pourtant elle a toujours rêvé de cette petite maison avec un jardin qu'elle occupe à présent à Chenôve. Mais depuis que le bâtiment a été dépossédé de ses composantes, des volets aux baignoires, elle passe quelquefois au pied de l'édifice. Histoire d'entendre ces voix du bonheur de jadis. Demain sera une journée très difficile pour Brigitte. Elle le sait bien. « Parce que ce n'est pas n'importe quoi de casser un immeuble. Pour les gens, ça fait mal ! C'est comme un deuil. &lt;/em&gt;» conclut l’article. Je tenais à reproduire ces paroles parce qu’elles disent tout le chagrin et toute la peine que peut susciter la disparition d’un immeuble qui grouillait d’autant de vie et qui respirait la chaleur et la solidarité populaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avant de poursuivre mon compte-rendu sur cette journée exceptionnelle, j’aimerais consigner quelques notes biographiques à propos de ce fameux Charcot qui affubla l’immeuble de son nom. Ce n’est pas pour rédiger une oraison funèbre mais simplement pour rendre à César ce qui appartient à César, comme on dit, et à Charcot ce qui appartient à Charcot.&lt;br /&gt;D’abord, il faut retenir qu’il ne s’agit pas de Charcot père, Jean-Martin Charcot (1825-1893) le célèbre neurologue spécialiste de l’hystérie et de l’hypnose à qui nombre d’établissements hospitaliers doivent leur nom de baptême, mais de Charcot fils. Jean-Baptiste Charcot. Selon une biographie publiée par Wikipedia, celui que l’on désignera sous le titre du commandant Charcot naquit le 15 juillet 1867 à Neuilly-sur-Seine. En sus d’être médecin comme son père, il était également océanographe et explorateur, l’un des premiers spécialistes de l’antarctique et pionnier dans l’exploration du cercle polaire. Dans sa jeunesse, il fait tous les sports : boxe, escrime mais surtout le rugby. Il remporta même le titre de champion de France de rugby en 1894 avec l’Olympique de Paris. En 1896, il épouse Jeanne Hugo qui n’est autre que la petite-fille de Victor Hugo. Entre temps, notre aventurier se fait construire son premier bateau qu’il baptise d’un nom pour le moins original : &lt;em&gt;Le Pourquoi-Pas ?&lt;/em&gt; Il y en aura quatre ou cinq versions. Le choix d’une telle appellation en dit long sur le caractère de l’homme et son goût du défi. Le voici d’ailleurs sur les mers. En 1902, il atteint l’Islande et franchit pour la première fois le cercle polaire avant de pousser plus loin l’année suivante en montant la première expédition française à destination de l’Antarctique. Il hiverne pendant deux ans dans la péninsule antarctique et fait des découvertes surprenantes : 1 000 km de côtes nouvelles découvertes et topographiées, 3 cartes marines élaborées, 75 caisses d'observations, de notes, de mesures, collectionnées. Le tout sera légué au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris.&lt;br /&gt;On ne peut pas énumérer ici tous les exploits et toutes les découvertes scientifiques attribués au vaillant commandant Charcot, véritable pionnier et précurseur dans cette étrange quête qui fut la sienne, et qui fera un émule de renom en la personne du commandant Cousteau. Il suffit de noter que notre baroudeur infatigable a même un bout de terre à son nom à la suite d’une énième expédition polaire : « la Terre de Charcot ».&lt;span style="color:#000000;"&gt; En &lt;/span&gt;&lt;a title="1912" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1912"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;1912&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;, le &lt;/span&gt;&lt;a title="Pourquoi-Pas ?" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pourquoi-Pas_?"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Pourquoi-Pas ?&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt; IV devient&lt;/span&gt; le premier &lt;a title="Navire-école" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Navire-Ã©cole"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;navire-école&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt; de la marine.&lt;br /&gt;Le 3 &lt;/span&gt;&lt;a title="1936" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1936"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;septembre 1936&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;, de retour d’une mission au &lt;/span&gt;&lt;a title="Groenland" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Groenland"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Groenland&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt; où il s’était rendu pour prêter main forte à son illustre collègue &lt;/span&gt;&lt;a title="Paul-Émile Victor" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul-Ãmile_Victor"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Paul-Émile Victor&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;, le &lt;/span&gt;&lt;a title="Pourquoi-Pas ? IV" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pourquoi-Pas_?_IV"&gt;&lt;em&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Pourquoi-Pas ? IV&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt; fit escale à &lt;/span&gt;&lt;a title="Reykjavik" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Reykjavik"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Reykjavik&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt; pour réparer la chaudière du bateau. Le 15 septembre, il mit le cap sur &lt;/span&gt;&lt;a title="Saint-Malo" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Malo"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Saint-Malo&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;, mais le lendemain, le bateau est pris dans une violente tempête cyclonique et se fourvoie près des récifs d'&lt;/span&gt;&lt;a title="Alftanes" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Alftanes"&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;Alftanes&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="color:#000000;"&gt;. Il bateau percute de plein fouet les récifs escarpés et coule. Le naufrage fait 23 morts et&lt;/span&gt; 17 disparus. Il n’y aura, de cette malheureuse expédition, qu’un seul survivant, un certain Eugène Gonidec dit &lt;em&gt;Pingouin&lt;/em&gt;. Ce dernier racontera que le commandant Charcot, voyant sa fin approcher, libéra de sa cage une mouette qui était la mascotte du bord. Mort en mer le 16 septembre 1936, la dépouille de Jean-Baptiste Charcot sera rapatriée et enterrée à Paris, au cimetière de Montmartre, le 12 octobre 1936. Il eut droit à des funérailles nationales.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je reviens à présent à la biographie de l’immeuble Charcot, ce bâtiment de neuf étages construit en 1968 dans la foulée des grands ensembles urbains destinés à offrir dare-dare un parc logement aux flux de populations de toute sorte (cheminots, pieds-noirs rapatriés d’outre-mer et autre travailleurs immigrés) qui affluaient vers Chenôve. Quarante ans plus tard, le contexte social, économique, urbanistique, a totalement changé. Les sociologues, les politiques et les urbanistes préconisent à l’unisson la nécessité de démonter ces ghettos. Qui plus est, la ville de Chenôve aspire à une meilleure organisation de son cadre bâti. La nécessité de se doter d’un véritable centre-ville se fait sentir. Il était donc inévitable que l’immeuble soit sacrifié pour les besoins de cet ambitieux programme de renouveau urbain.&lt;br /&gt;Toujours est-il que les visages que j’ai croisés ce matin au pied de Charcot, étaient des visages fermés. A l’heure de l’implosion, nous avons tous eu le souffle coupé, ceux qui ont connu Charcot aussi bien que ceux, comme moi, qui étaient juste de passage. De la terrasse de la bibliothèque François Mitterrand, la scène était spectaculaire. La voix de Brigitte Lemoine qui égrenait le compte à rebours était fortement émue. Je n’avais pas eu le temps de tout voir que l’immeuble était plié. En deux temps, trois mouvements, la bâtisse rectangulaire avait disparu du paysage. Il a fallu tout de même 800 charges de dynamite, soit plus de 100 kilos d’explosifs, pour y arriver. Un épais nuage de poussière s’éleva aussitôt dans le ciel. Une traînée d’oiseaux pris son envol pour sauver ses ailes. Scène apocalyptique. Impression d’un mini 11 septembre contrôlé. Tout le monde eut une pensée pour le cèdre, cet arbre qui est arrivé à Chenôve avant tout le monde, lui qui affiche 150 ans d’âge. Qu’est-il advenu de lui ? Suspense. Tout le monde avait les yeux rivés sur le champignon de poussière qui progressait encore. Il faisait froid. Mais il ne pleuvait pas. La pluie eût été la bienvenue pour dissiper ce brouillard de béton pulvérisé. Ce sera inutile. Les démolisseurs ont fait un vrai travail de pros. La preuve : la silhouette du cèdre apparaît peu à peu, intacte, miraculeuse, majestueuse, se découpant dans le nuage ocre et dardant ses branches plantureuses sur le Mail telle un soleil vert. Tout le monde pousse un ouf ! de soulagement. Mais la stupeur est là. Je la lis sur toutes les lèvres. « &lt;em&gt;Oh mon Dieu !&lt;/em&gt; » « &lt;em&gt;C’est incroyable ! &lt;/em&gt;» susurre-t-on, incrédules. Je n’ai pas vu de larmes autour de moi, mais, croyez-moi, il y en a eu. Moi-même je retenais à grand-peine une petite goutte mélancolique. J’eus un vrai pincement au cœur. Je me sentais un peu chose. J’ai eu à un moment donné une pensée pour la tour où je fus élevé à Boufarik, immeuble de 13 étages qu’on appelle « &lt;em&gt;La Citi Touila&lt;/em&gt; », littéralement « la longue cité », et je me demandai ce que j’aurais éprouvé si ma « &lt;em&gt;citi touila&lt;/em&gt; » avait subi le même sort. En une fraction de seconde, Charcot n’était plus là. Il était pourtant bien imprimé là, dans mon petit Sony numérique. Tel un touriste Japonais, je n’arrêtais pas de le bombarder de mes clics, comme si cela pouvait prolonger sa vie et proroger ses battements de cœur avec chaque clic provoqué. Le nuage de poussière se dissipa totalement au bout de dix minutes. Un travail de pros. Impression d’un Manhattan sans les Twin Towers. J’avais vu un court métrage comme ça où sur un plan-séquence braqué sur les deux tours, on les voyait bien dressées au-dessus du monde, et, le temps qu’une peluche traversât l’Hudson en occultant le panoramique par devers la caméra, il n’y avait plus rien. Sur les photos prises après l’implosion, Charcot n’était déjà plus là. Il avait rejoint l’épave du &lt;em&gt;Pourquoi-Pas ?&lt;/em&gt; L’immeuble n’était plus à présent qu’un monticule de gravats et un monceau de souvenirs. Des souvenirs en béton, ça, je peux vous le garantir. Et ce n’est pas un jeu de mots !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;*&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;Le Cèdre est debout ! Le Cèdre est debout !&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;Toujours est-il qu’il est difficile de contenir son émotion après un tel spectacle. En fait, j’étais en proie à des sentiments mitigés où se mêlaient la stupeur, l’émoi, la tristesse, l’odeur de la mort, un absurde soulagement et puis, de l’étonnement face à la démolition (démonstration ?) de haute technicité à laquelle je venais d’assister. Le temps d’un étourdissement et le match était plié. Il faut le faire. Ce sont vraiment des pros, les gars de la SMD, je vous le disais. Chapeau bas, Messieurs ! Pas facile de réussir une telle prouesse. Aux alentours de la bibliothèque, il n’y avait pas de poussière. Mon blouson pourtant sombre était clean. C’est le mot. C’est un travail clean. Propre. Rasage - après rasage. Les voici d’ailleurs arrosant le site à grande eau pour ramener la poussière à terre, sous le regard hagard du cèdre qui semble un peu ailleurs tout de même. Il aura de quoi, de qui, s’occuper en tout cas. Il y a encore un immeuble à côté, le François-Rude. Deux ans de sursis avant de passer lui aussi à la dynamite.&lt;br /&gt;Dans la salle de l’Espace Culturel, conférence publique dirigée par le maire de Chenôve, M.Jean Esmonin. A la tribune officielle, il y avait aussi M.Dominique Bur, préfet de la Région de Bourgogne et préfet de la Côte d’Or, François Rebsamen, maire de Dijon et président de la communauté de l’agglomération dijonnaise, Mme Maddy Guy, présidente de l’OPAC de Dijon ainsi que d’autres personnalités, représentant plusieurs institutions qui, chacune, revenait sur cette opération en en expliquant la portée et les retombées socio-économiques.&lt;br /&gt;Je filai ensuite au gymnase Gambetta pour voir les premiers rushs de l’implosion filmés par Jean-Marc Bordet et son équipe. Les images étaient dures à regarder. Charcot était déjà au passé, avait déjà été relégué dans la case « souvenir ». En guise d’ultime hommage, nous nous rendîmes ma femme et moi sur le site. Dernières photos avant le grand balayage. Le cèdre était là. Imposant. Imperturbable. Toisant le monde du haut de ses 25 mètres. Et tout autour, du vide. Une béance. Peut-être l’écho de mon gouffre intérieur…Regard circulaire sur le centre commercial et les bâtiments autour, d’habitude grouillant de vie, résonnant des piaillements des gamins et des clameurs des jeunes, et qui, à cet instant-là, ne résonnaient plus que des bruissements du deuil et des sifflements stridents produits par les rafales de vents froid qui cinglaient contre ces hauts murs encore debout alentour, ceux probablement des prochaines déconstructions. Des engins s’affairaient à nettoyer. Des ouvriers de la SMD, généreux, fabuleux, continuaient à s’occuper du lieu comme s’ils y avaient vécu. Remarquez, ils y ont vécu d’une certaine manière, eux qui sont là depuis plusieurs mois, qui ont rencontré des anciens de Charcot, qui sont entrés dans chaque appartement, qui ont eu à démonter des salles de bain et raboter des kilomètres de papier peint. En voilà d’ailleurs, un pan de papier peint, gisant parmi les pierres. Amina s’approche de l’un des ouvriers en casque et tenue fluor. Elle souhaitait garder une pierre de Charcot, elle qui adore les musées, et qui aime collectionner les vieilles reliques. Nous nous emparâmes d’un bout de carrelage aux motifs kitch et fîmes nos adieux à Charcot, le père, le fils, l’immeuble et l'épave du &lt;em&gt;Pourquoi-Pas ?&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;a href="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2d/Jean-Baptiste_Charcot.jpg"&gt;&lt;/a&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-6263581689930794985?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/6263581689930794985/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=6263581689930794985' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/6263581689930794985'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/6263581689930794985'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/elgie-pour-charcot-le-cdre-est-debout.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAfLxAbJ8wI/AAAAAAAAAPo/6zGu07vYTR4/s72-c/1.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-916522691556737508</id><published>2008-04-17T14:00:00.000-07:00</published><updated>2008-04-18T02:09:37.186-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAfK-AbJ8vI/AAAAAAAAAPg/H7rsHez1DgM/s1600-h/DSC01317.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5190340262182384370" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAfK-AbJ8vI/AAAAAAAAAPg/H7rsHez1DgM/s400/DSC01317.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;Le soleil sur le toit&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;&lt;em&gt;A la mémoire de Charcot,&lt;br /&gt;le savant voyageur et son arche en brique&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Compte à rebours&lt;br /&gt;Je compte jusqu’à trois&lt;br /&gt;Je ferme les yeux&lt;br /&gt;J’éternue&lt;br /&gt;Le ciel gronde&lt;br /&gt;Le temps ouvre grande&lt;br /&gt;Sa gueule&lt;br /&gt;Une brèche dans le mur du son&lt;br /&gt;Le temps d’ajuster mon appareil photo&lt;br /&gt;Je t’ai vu soleil&lt;br /&gt;Je t’ai vu poussière&lt;br /&gt;Une traînée de corbeaux et de mouettes&lt;br /&gt;Comme sur le pont du &lt;em&gt;Pourquoi-Pas ?&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Ton rafiot impavide&lt;br /&gt;Qui tutoyait l’ours polaire&lt;br /&gt;Une montagne de cendres&lt;br /&gt;De souvenirs en béton&lt;br /&gt;S’éleva sur tes racines&lt;br /&gt;Et des larmes muettes&lt;br /&gt;Coulaient sur le cèdre&lt;br /&gt;Coluche te remerciait&lt;br /&gt;Pour ce ghetto du cœur&lt;br /&gt;Bâti avec le sang&lt;br /&gt;Et la sueur amiantée&lt;br /&gt;Des damnés de la terre&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-916522691556737508?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/916522691556737508/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=916522691556737508' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/916522691556737508'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/916522691556737508'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/le-soleil-sur-le-toit-la-mmoire-de.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SAfK-AbJ8vI/AAAAAAAAAPg/H7rsHez1DgM/s72-c/DSC01317.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-6300213727432329858</id><published>2008-04-15T05:14:00.000-07:00</published><updated>2008-04-15T05:20:14.170-07:00</updated><title type='text'></title><content type='html'>&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SASdawbJ8uI/AAAAAAAAAPY/ON2WBaPk8js/s1600-h/La+Route+des+Vins+094.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5189445753638613730" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SASdawbJ8uI/AAAAAAAAAPY/ON2WBaPk8js/s400/La+Route+des+Vins+094.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SASdEgbJ8tI/AAAAAAAAAPQ/TziYBn-golM/s1600-h/DSC00581.JPG"&gt;&lt;/a&gt;&lt;div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style="font-size:180%;"&gt;                          Sur la route des Grands Crus&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Dire que la Bourgogne est synonyme de vins exquis est presque un pléonasme, une tautologie. Et l’on ne peut pas être en Bourgogne sans faire la fameuse route des Grands Crus dont Chenôve constitue, convient-il de le souligner, la première étape. Depuis que je suis ici, j’ai eu le plaisir de visiter à plusieurs reprises la splendide campagne bourguignonne et ses magnifiques domaines viticoles. Je pus mesurer la beauté de tous ces petits villages qu’on croirait posés là tels des maquettes ou des décors de cinéma. Et chaque fois que je fais cette belle route vicinale qui fraye à travers un paysage bucolique, c’est le même enchantement, et la magie est invariablement au rendez-vous. J’ai eu ainsi à découvrir tout un chapelet de hameaux de toute beauté dominés par des châteaux irréels dont le seul spectacle vous comblerait d’aise.&lt;br /&gt;Je parcourus avec ravissement ce pan de la route des vins allant de Chenôve à Beaune en passant par Marsannay-la-Côte, Brochon, Vougeot, Vosne Romanée, Les Nuits Saint George et Savigny-les-Beaune. Une fois, ma femme et moi poussâmes même jusqu’à Châlons-sur-saône. Les caves pittoresques et autres boutiques de dégustation se succédaient avec une frénésie orgiaque. Florilège de noms de domaines et autres marques de vins qui doivent certainement avoir une réputation bien assise pour nombre d’entre eux. Ils durent connaître de glorieux millésimes. Les vignobles sont nus en cette période de l’année. On ne voit que les plants de raisins qui laissent deviner en pointillés les grappes plantureuses qui pendouilleraient à leur cou à l’automne. Le tableau de ces interminables champs de vigne s’étendant à perte de vue est vraiment impressionnant. Les vignobles fantasmés se muent dans mon imagination en une grandiose féerie bachique. Je me plais à me représenter l’ambiance à la fois laborieuse et festive qui enflammera ces champs à l’heure des vendanges, au mois de septembre. Le calme qui règne sur ces belles plaines cèdera vite, alors, à la fébrilité des grandes récoltes. A quoi ajouter les flux de touristes appâtés par les premières pressées. D’ailleurs, il est remarquable de noter le nombre de résidences qui offrent des chambres d’hôte à des prix raisonnables pour accueillir ces inconditionnels des plaisirs de la Côte d’Or.&lt;br /&gt;Parmi les nombreuses images qui retinrent mon attention au cours de ces escapades dionysiaques, une vente aux enchères qui s’était déroulée au château du Clos de Vougeot. Le lieu a l’allure d’une abbaye. D’ailleurs, je lis que le vignoble du Clos de Vougeot est l'oeuvre de l'abbaye de Cîteaux, fondée en 1098. Le château quant à lui fut bâti par Dom Jean Loisier, 48ème abbé de Cîteaux, en 1551. Inutile donc de préciser que l’édifice est un véritable monument historique. Il abrite depuis 1945 la confrérie des Chevaliers du Tastevin. Née le 16 novembre 1934 dans le "Caveau Nuiton" de Nuits-Saint-Georges comme elle le précise sur son site Internet, la confrérie s’inscrivait en droite ligne des anciennes confréries bachiques des 17ème et 18ème siècle dont elle se veut la résurrection. Lors de sa création, la confrérie présentait son action comme une réponse à la morosité économique mondiale consécutive au crash de 1929 dont le vin faisait fatalement les frais.&lt;br /&gt;C’est donc dans ce château pittoresque aux pressoirs éblouissants que j’assistai à une vente aux enchères de vins de marque. C’est la première fois que je me trouvais témoin d’une telle cérémonie. Celle-ci se déroula en présence de Stéphanie Fugain, la femme de Michel Fugain, au nom de l’association Laurette Fugain de lutte contre la leucémie. Les vins se négociaient à des prix « enivrants » où se bousculaient les zéros à coups de 3000 et 4000 euros pour des cuvées, on l’imagine, précieuses. Moi qui ne suis pas œnologue pour un sou, je restai coi devant ce spectacle où les bouteilles à l’estampille d’or s’arrachaient au prix fort, de quoi vous donner le tournis sans avoir avalé une lampée d’alcool. J’eus l’occasion de visiter au passage l’un des plus beaux sanctuaires vinicoles de toute la Bourgogne. Les pressoirs de Chenôve ne doivent pas être différents. Je devinai ainsi tout l’art et l’ardeur que mettaient les cavistes de l’époque dans leur ouvrage.&lt;br /&gt;Un autre jour, je fis un bon parcours du circuit des Hautes Côtes des Nuits Saint Georges grâce à mon amie Valérie de la bibliothèque de Chenôve que je remercie infiniment. Nous roulâmes en compagnie d’Aurélie et de Amina ma femme jusqu’au village de Chateauneuf en Auxois. Le château, là aussi un monument de haute lignée, date du 12ème siècle. Il est l’œuvre de Jean de Chaudenay qui y fonda une seigneurie, à ce que je pus lire dans un prospectus. Le périple s’apparente, à cet égard, à un voyage dans le temps, sur les traces de l’épopée des Ducs de Bourgogne et toutes les péripéties que connut leur règne. C’est étrange de se retrouver ainsi, dans des lieux aussi fantastiques. Impression de se mouvoir dans un conte médiéval ou dans un roman de cape et d’épée. La campagne alentour fleure bon l’air frais et l’insouciance, la paix de l’âme et la joie des sens. Exit le stress. Evacué mon marasme urbain profond. Des parterres de tulipes multicolores manquent faire perdre raison à Amina qui aurait volontiers élu domicile au milieu de ces partitions florales baroques si le choix lui en était donné. Quant à moi, j’avoue que j’étais totalement transporté, projeté en plein dans quelque roman de chevalerie ou un épisode des Trois Mousquetaires. Cela dit, je ne me voyais pas dans la peau d’un preux capitaine courant sauver une princesse kidnappée, mais plutôt dans celle d’un Don Quichotte s’escrimant avec des spectres par lui inventés et autres moulins à vent menaçants, épousant une forme humaine. Je me sentais diablement revigoré en tout cas par cette plongée exquise aux sources du meilleur des vins : le vin de la liberté.&lt;br /&gt;Je ne pus m’empêcher, en admirant ces vignobles vigoureux et pleins de vie, d’avoir une pensée chagrine pour les vignes de mon pays dont quantité de coteaux ont été bêtement et tout bonnement sacrifiés dans les années 1970 au nom d’un rigorisme d’Etat avant que le puritanisme assassin du FIS et autres séides de droit divin ne massacrent le reste. Résultat des courses : la désertification lamine le Tell, la partie nord de l’Algérie.&lt;br /&gt;Je m’étais risqué dans les années 1990 à réaliser un reportage sur les anciennes caves de la région de Médéa, ravagée par le terrorisme, et je pus mesurer le courage de cavistes téméraires qui continuaient presque clandestinement à tirer le vin sans le boire, et à traire la vigne au nez et à la barbe des barbus sanguinaires, au péril de leur vie. Pour cette raison, je promenais sur ces paradis viticoles de Bourgogne un regard par moments chargé de désolation et je songeai in petto au carnage écologique dont mon pays est le siège, à la fois sous les coups de boutoirs de l’impéritie de nos gouvernants et l’incivilité de mes compatriotes.&lt;br /&gt;Moi qui bois peu – voire pas –, je fais tchin-tchin à la santé des bacchantes sanglantes qui irriguèrent les veines des cimetières de mon pays et firent avaler à la terre assoiffée le calice des infantes pures. Terre maudite, craquelée, arrosé au sang des innocents jusqu’à la lie. La carotide est tranchée, il faut la boire. Sanglants millésimes pour de nouvelles noces de Cana. Navré pour cette cène cruelle. Nous voici bien loin de la route des Grands Crus et ses châteaux médiévaux. Nous voici engagés sur la route, infiniment moins touristique, de la mortification christique de ma province écorchée. Ma douloureuse route des Chairs Crues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Mustapha Benfodil&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-6300213727432329858?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/6300213727432329858/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=6300213727432329858' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/6300213727432329858'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/6300213727432329858'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/sur-la-route-des-grands-crus-dire-que_15.html' title=''/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SASdawbJ8uI/AAAAAAAAAPY/ON2WBaPk8js/s72-c/La+Route+des+Vins+094.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-6625829009107987263</id><published>2008-04-15T04:09:00.000-07:00</published><updated>2008-04-17T08:45:44.322-07:00</updated><title type='text'>Galerie photos Grands Crus 1</title><content type='html'>&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SASY6gbJ8oI/AAAAAAAAAOo/4UXdckbS0-A/s1600-h/Aminou+122.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5189440801541321346" style="DISPLAY: block; 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MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SASY7gbJ8sI/AAAAAAAAAPI/zPvOaoHSaBY/s400/DSC00668.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://bp0.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SASNfQbJ8lI/AAAAAAAAAOQ/P8IlBivgX4o/s1600-h/La+Route+des+Vins+094.jpg"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SASNfgbJ8mI/AAAAAAAAAOY/jPYZCERdvL8/s1600-h/La+Route+des+Vins+217.jpg"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SASNfgbJ8nI/AAAAAAAAAOg/2CukEWs9IrM/s1600-h/DSC00668.JPG"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/7491219611317570600-6625829009107987263?l=benfodilchenove.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/feeds/6625829009107987263/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=7491219611317570600&amp;postID=6625829009107987263' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/6625829009107987263'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/7491219611317570600/posts/default/6625829009107987263'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://benfodilchenove.blogspot.com/2008/04/blog-post_2589.html' title='Galerie photos Grands Crus 1'/><author><name>Benfodil</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12389382436522132914</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='24' height='32' src='http://bp3.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/R-DzQH5Fr9I/AAAAAAAAABU/bUKAd4rbehw/S220/Copie+de+Benfodil+1.JPG'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SASY6gbJ8oI/AAAAAAAAAOo/4UXdckbS0-A/s72-c/Aminou+122.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-7491219611317570600.post-5486271667184483538</id><published>2008-04-15T04:01:00.000-07:00</published><updated>2008-04-17T08:46:48.574-07:00</updated><title type='text'>Galerie photos Grands Crus 2</title><content type='html'>&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_PL4Rt1tPovs/SASLwgbJ8gI/AAAAAAAAANo/f3M1R6Lfa2U/s1600-h/La+Route+des+Vins+081.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5189426336091468290" style="DISPLAY: block; 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